Les chats n'ont pas toujours été les stars des réseaux sociaux et des familles. Pendant longtemps, le chat a été mal vu. On pensait qu'il portait malheur et on s'en écartait. Tout cela à cause d'un malentendu !

Les chats noirs étaient assimilés au Diable
Les chats noirs étaient assimilés au Diable © Getty

C'est ce qu'explique l'historien spécialiste des animaux Eric Baratay alors qu'il était l'invité, avec le vétérinaire Claude Béata, de l'émission "La Terre au carré" de Mathieu Vidard.

La violence contre les chats

Eric Baratay : "Les gestes violents contre les chats ont toujours existé. Ces animaux pâtissent d'une mauvaise image. Elle est l'héritière d'une vision très noire de l'animal qui s'est construite au Moyen-Âge. A partir du XIIe siècle se met en place la diabolisation du chat en Occident. Cela coïncide avec l'arrivée des hérésies chrétiennes. 

On va croire à l'existence d'une relation entre les chats (catus) et les hérétiques cathares (cathari). Et faire du chat un agent du diable. 

Cette croyance va s'accroitre avec la sorcellerie entre le XIVe et le XVIIe siècle. Les Européens sont persuadés que les sorcières vont au sabbat transportées par des chats. Et que le démon se montre au sabbat sous la forme d'un chat. 

En Europe, court l'idée que la veille de la Saint-Jean (le 24 juin), les chats disparaissent des villes pour suivre les sorcières. Avec elles, ils fomentent de grands plans de lutte contre les humains avec diverses malfaisances. 

Dans toute l'Europe du XVe au XVIIIe siècle, on brûle des chats à la Saint-Jean

Pour plus d'efficacité, on les choisit de préférence noirs, par essence la couleur du diable. Metz est en France la dernière ville à brûler des chats. Cela se fait d'une manière tout à fait officielle. La garnison et la municipalité y assistent. 

On construit un bûcher, on met des chats dans un sac et on les jette au feu.

A la même époque, on emmure les chats pour conjurer une maison contre les maléfices du démon. De la même manière que dans les campagnes, on cloue des chauves-souris ou des hiboux contre les portes des étables pour éviter les maladies. 

Au XIXe siècle, quand on voulait perdre son chat, on le mettait dans un sac que l'on faisait tourner pour lui faire perdre ses repères et qu'il ne retrouve pas son chemin."

Et ce n'est pas fini

Aujourd'hui, en Australie et en Nouvelle-Zélande, les félins sont accusés de tuer trop d'oiseaux. Et on les chasse. Or explique le vétérinaire Claude Béata : "Il existe des moyens très simples d'empêcher un chat de s'attaquer aux volatiles : une clochette autour du cou, des collerettes autour des arbres…

En France, en 2020 le président de la Fédération des chasseurs Willy Schraen a proposé de piéger les chats et éventuellement de les exterminer quand ils étaient à plus de 300 mètres d'une habitation. Or dans notre pays il n'y a pas d'atteinte à la biodiversité par les chats."

Aller plus loin

Avec : 

  • Eric Baratay est membre de l’Institut universitaire de France, professeur d’Histoire à l’université de Lyon, spécialiste de l’histoire des animaux. Il est l’auteur de Cultures félines (XVIIIe-XXIe siècle) Les chats créent leur histoire au Seuil.  Il a notamment publié Bêtes de somme. Des animaux au service des hommes, (Seuil, "Points Histoire", 2011), Le Point de vue animal, une autre version de l’histoire  (Seuil, 2012),  Biographies animales, des vies retrouvées  (Seuil, 2017). 
  • Claude Béata est vétérinaire spécialiste en médecine du comportement. Son dernier livre est  Au risque d’aimer, des origines de l’attachement aux amours humaines (Ed. Odile Jacob) et le prochain, La folie des chats, sortira au mois de juin chez Odile Jacob.