La cité de Cerveteri

Cerveteri, une métropole au coeur de la Méditerranée antiqueCerveteri, l’antique Caere, était considérée dans l’Antiquité comme « la plus prospère et la plus peuplée des cités d’Etrurie » . Emblématique de l’importance de la civilisation étrusque, elle a occupé une place centrale en Italie et en Méditerranée tout au long du Ier millénaire avant J.-C. Ce sont ces quelque dix siècles d’histoire que l’exposition entend retracer. Elle montre comment des communautés éparses ont progressivement formé une cité ; comment cette cité ouverte sur la mer est devenue l'une des principales puissances méditerranéennes, en constant dialogue avec l’Orient et la Grèce et avec les autres cultures de l’Italie ; comment après avoir rivalisé d’importance avec sa voisine Rome, cette métropole a finalement été dominée par cette dernière ; et comment Rome a mis fin à sa puissance politique, mais a perpétué le souvenir de sa grandeur passée.Le riche patrimoine archéologique, culturel et artistique de Cerveteri émerge peu à peu du sol depuis deux siècles. Aux découvertes du XIXe siècle, qui ont émerveillé les contemporains et qui ont trouvé leur place dans les plus grands musées, il est aujourd’hui possible de confronter les résultats des fouilles systématiques menées ces dernières décennies dans le coeur de la ville antique, mais également dans les nécropoles (aujourd’hui inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco) et sur tout le territoire de la cité.

Fragment du décor architectural, tête de la divinité Leucothée - Milieu du 4e siècle avant J.-C. Production : Cerveteri
Fragment du décor architectural, tête de la divinité Leucothée - Milieu du 4e siècle avant J.-C. Production : Cerveteri © Provenance : Pyrgi, temple A Rome, Musée National Etrusque de la Villa Giulia © SBAEM – Archives photographiques

Plus de 400 pièces archéologiques, issues des principales collections d’Europe, sont ainsi réunies sur 1800 m2. Parmi les oeuvres présentées figurent des chefs-d’oeuvre de l’art étrusque, dont certains ont été restaurés pour l’occasion ; le Sarcophage des époux, fleuron des collections étrusques du musée du Louvre , exposé pour la première fois hors de Paris ; des ensembles dispersés depuis le XIXe siècle et réunis pour la première fois ; des pièces provenant des fouilles les plus récentes, menées à Cerveteri, mais aussi de fouilles d’épaves étrusques découvertes au large des côtes françaises.Cette confrontation inédite permet de dresser pour la première fois le portrait d’une cité qui joua dans la Méditerranée antique un rôle comparable à celui d’Athènes, Carthage ou Rome.Légende photo : Fragment du décor architectural, tête de la divinité Leucothée - Milieu du 4e siècle avant J.-C. Production : Cerveteri Provenance : Pyrgi, temple A Rome, Musée National Etrusque de la Villa Giulia © SBAEM – Archives photographiques

Le parcours de l’exposition est organisé de manière chronologique :

  • La naissance d’une cité (XIIe -VIIIe siècles avant J.-C )

  • Les princes de Cerveteri : l’Étrurie, l’Orient et la Grèce (VIIe siècle avant J.-C )

  • L’apogée : Cerveteri à l’époque archaïque (VIe et Ve siècles avant J.-C )

  • Le renouveau de la cité : Cerveteri et Rome (du IVe au Ier siècle avant J.-C )
Tête d'Achéloos (divinité fluviale) 530-520 av. J.-C.
Tête d'Achéloos (divinité fluviale) 530-520 av. J.-C. © SBAEM – Archives photographiques

Les Étrusques

Situation géographique La civilisation étrusque se développe au centre de la péninsule italienne, sur un territoire délimité au nord par l’Arno, à l’est et au sud par le Tibre et à l’ouest par la mer Tyrrhénienne (qui doit son nom aux Étrusques, Tyrsenoi ou Tyrrhenoi en grec). À la fin du VIe siècle avant J.-C., période où elle connaît sa plus grande expansion, elle s’étend également jusque dans la plaine du Pô et jusqu’en Campanie. L’Étrurie située au centre de l’Italie et au coeur de la Méditerranée doit sa prospérité à la richesse de son sol et de son sous-sol. L’extraction du minerai de fer et le travail du métal lui permettent de s’insérer en effet très tôt dans un vaste réseau d’échanges favorable aux transferts technologiques et culturels.Légende photo : Tête d'Achéloos (divinité fluviale) 530-520 av. J.-C. Production : Cerveteri. Provenance : Cerveteri, Vigna Parrochiale Terre cuite -Rome, Musée National Etrusque de la Villa Giulia © SBAEM – Archives photographiques

Histoire et organisation politique Entre la fin du Xe siècle et le IXe siècle avant J.-C. beaucoup de sites occupés jusque-là sont abandonnés au profit des sites des futures métropoles d’époque historique, sur lesquels se développent des groupes de villages de cabanes, dont les habitants vivent de l’élevage et de l’agriculture : ce sont les premiers indices de formation des futures agglomérations urbaines. Les tombes à incinération, plus rarement à inhumation, ne renferment pendant longtemps que quelques objets personnels distinctifs du sexe du défunt (rasoir, fibules…).

Antéfixe (élément architectural) : tête féminine Fin 6e siècle
Antéfixe (élément architectural) : tête féminine Fin 6e siècle © RMN-GP (musée du Louvre) / Tony Querrec

À partir de la seconde moitié du VIIIe siècle, certains mobiliers se font plus riches. Ils sont le signe d’une hiérarchisation sociale et marquent l’émergence de personnages de rang plus élevé : ils comprennent de la vaisselle, des armes, des bijoux et des objets importés qui témoignent de contacts non seulement avec les autres régions d’Italie, mais aussi avec la Grèce, le Proche-Orient, et les établissements grecs et phéniciens d’Occident.Dès le dernier quart du VIIIe siècle, la culture villanovienne cède la place à la culture orientalisante, qui caractérise alors de vastes zones du bassin méditerranéen : les contacts directs ou indirects avec le Proche-Orient s’intensifient. Les chefs de clan, les « princes », qui se sont enrichis dans ces trafics commerciaux, concentrent dans leurs mains le pouvoir politique et religieux, mettent toutes les formes d’art au service de ce dernier et empruntent aux aristocraties orientales leur mode de vie fastueux.

Légende photo : Antéfixe (élément architectural) : tête féminine Fin 6e siècle - début 5e siècle avant J.-C.Production : Cerveteri Provenance : Cerveteri Terre cuite Paris, musée du Louvre © RMN-GP (musée du Louvre) / Tony Querrec

Alabastre (vase à parfums) 7e siècle avant J.-C.
Alabastre (vase à parfums) 7e siècle avant J.-C. © MRAH

Au début du VIe siècle Le territoire étrusque s’organise en cités-États, à l’image de ce que l’on connaît dans le monde grec. Indépendantes, elles sont toutefois unies par des liens religieux, politiques et culturels. La classe des citoyens aisés, qui s’est faite plus nombreuse, assied son pouvoir sur la maîtrise des activités productives et artisanales et tend à imiter les modes de vie de l’aristocratie, mais cherche en même temps à en limiter la puissance et transfère les insignes de pouvoir qui étaient les siens aux magistratures publiques.Au cours du Ve siècle avant J.-C., alors même que la Grèce connaît son âge d’or, la civilisation étrusque subit une crise, marquée en particulier par la bataille de Cumes en 474 avant J.-C. où la flotte étrusque est défaite par celle des Grecs de Cumes et de Syracuse. Dans les cités d’Étrurie méridionale et côtière, la baisse des importations et l’arrêt des grands chantiers publics sont les manifestations les plus visibles de cette crise relative, qui ne marque pas pour autant la fin de cette grande civilisation.Le IVe siècle avant J.-C. est en effet une période de renouveau économique et culturel pour ces cités qui sont toutefois déjà confrontées à l’expansion de Rome : Véies tombe la première en 396 avant J.-C., Volsinies (Orvieto) la dernière, en 265 avant J.-C. Entretemps Rome crée des routes, fonde des colonies, l’Étrurie se romanise progressivement. Au Ier siècle après J.-C., la langue étrusque ellemême disparaît au profit du latin.

Amphore : deux hommes jouant face à face Vers 520-510 av. J.-C
Amphore : deux hommes jouant face à face Vers 520-510 av. J.-C © MRAH

Art et artisanat Cette civilisation brillante et raffinée s’appuie sur des artisans habiles.Profitant d’importants gisements de fer, les Étrusques se distinguent en premier lieu dans l’art du métal, dans la fabrication d’objets en bronze comme de bijoux en or dont les décors témoignent d’une maîtrise parfaite des techniques du filigrane et de la granulation, mais très tôt aussi dans le travail de l’argile. Dès le milieu du VIIIe siècle avant J.-C. les Étrusques apprennent des grecs l’usage du tour rapide et la technique de la céramique fine à décor peint, dès le milieu du VIIe siècle celle de la sculpture en terre cuite. Les grands décors architecturaux et la sculpture funéraire sont unedémonstration magistrale du talent des coroplathes étrusques (artisans de la terre cuite). Il convient enfin de citer la peinture, domaine dans lequel les artisans cérétains excellent. On doit en particulier à l’arrivée d’artisans grecs le développement dans la seconde moitié du VIe siècle d’une grande école de peinture qui, à la différence de ce que l’on connaît pour les autres cités étrusques, ne se cantonne pas au domaine funéraire mais vient orner aussi les temples et les maisons de l’aristocratie. À la Grèce et à l’Orient, les artisans empruntent des techniques mais aussi tout un répertoire de motifs décoratifs et d’images inspirés en premier lieu de l’épopée homérique et de la mythologie grecque.

Dés - Matière : os - Cerveteri, Museo nazionale Cerite
Dés - Matière : os - Cerveteri, Museo nazionale Cerite © SBAEM – Archives photographiques
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