Emmanuel Macron et le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ont assisté ce dimanche à Paris aux commémorations du 75ème anniversaire de la rafle du Vél d'Hiv.

Commémoration des 70 ans de la rafle du Vel d'Hiv.
Commémoration des 70 ans de la rafle du Vel d'Hiv. © Maxppp / PIERRE VERDY

C'est l'une des dates les plus sombres de l'Histoire de la France. Les 16 et 17 juillet 1942, pendant la seconde guerre mondiale, 13.152 juifs dont 4.115 enfants sont arrêtés par 9.000 fonctionnaires français dont 5.000 policiers à Paris et dans la région parisienne, parqués au Vélodrome d'Hiver à Paris, avant d'être déportés vers les camps de la mort nazis, à Auschwitz-Birkenau. Moins d'une centaine ont survécu, aucun enfant arrêté ces 16 et 17 juillet n'est revenu en vie. Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu se rend ce dimanche à Paris pour commémorer, aux côtés d'Emmanuel Macron, le 75ème anniversaire de cette terrible rafle.

La négation de la responsabilité de l'État

Mais il a fallu du temps à la France pour assumer ses responsabilités et son rôle dans la déportation des juifs pendant la seconde guerre mondiale. Au total, 42.000 juifs ont été arrêtés en France et déportés, seuls 811 ont survécu et sont revenus des camps.

À la libération puis lors de son retour au pourvoir de 1958 à 1969, le général de Gaulle se refuse à reconnaître la responsabilité de la France. C'est également le cas de ses successeurs Georges Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing, et François Mitterrand. Pour eux, pendant l'occupation allemande, la seule France légitime était la France libre représentée par le général de Gaulle, en exil à Londres.

"Ne pas accepter ce genre de négociations, car on se met au même rang que ceux qui commettent les pires horreurs" - Simone Veil.

Quarante-cinq ans après la rafle, en 1987, Simone Veil, alors députée européenne, participe aux commémorations avec plusieurs autres responsables politiques. Ni le président de la République, ni le Premier ministre ne sont présents. Elle déclare alors que le régime de Vichy s'est rendu complice de crimes.

"Il faut toujours rester stricte sur les principes, ne pas accepter ce genre de négociations, car on se met au même rang que ceux qui commettent les pires horreurs. Aujourd'hui nous devons entendre cette leçon, c'est comme ça que nous resterons fidèles à la mémoire, fidèles au souvenir, en sachant que l'on doit refuser le mal dès qu'il se manifeste. On doit refuser toute haine entre les êtres humains, on doit refuser tout racisme, car de fil en aiguille et de petit compromis en petit compromis, on ne sait jamais quand on arrive au pire", avait déclaré Simone Veil, elle-même déportée dans les camps nazis.

François Mitterrand, le premier président aux commémorations

Le premier président de la République à participer aux commémorations de la rafle du Vél d'Hiv est François Mitterrand, 50 ans après, en 1992. L'État n'a pas encore reconnu sa responsabilité. À l'époque, François Mitterrand estime toujours que la République n'est "pas comptable des actes de Vichy".

"L'État français, si j'ose dire, ça n'existe pas, il y a la République. Ne lui demandez pas de comptes, à cette République, elle a fait ce qu'elle devait. En 1940, l'État français, c'était le régime de Vichy, ce n'était pas la République".

François Mitterrand assiste malgré tout aux commémorations de la rafle du Vél d'Hiv, il est donc le premier président à le faire. Il dépose une gerbe de fleurs mais ne prend pas la parole. Les commémorations sont perturbées par des militants qui demandent que l'État reconnaisse sa responsabilité. Robert Badinter, alors président du Conseil constitutionnel, avait laissé éclater sa colère. "Vous m'avez fait honte ! Les morts vous écoutent ! Taisez-vous ! Ou quittez à l'instant ce lieu de recueillement. Vous déshonorez la cause que vous croyez servir".

Mais les juifs attendent plus, ils attendent cette reconnaissance officielle de la responsabilité de l'État français. "Comment est-il possible qu'un gouvernement français ait pu favoriser l'envoi de 4.000 enfants à la mort", demande un survivant de la rafle sur Antenne 2 en 1992.

Le président François Mitterrand instaure alors en 1993 une journée nationale commémorative des persécutions racistes et antisémites commises sous l'autorité de fait dite "gouvernement de l'État français" (1940-1944), sans parler de reconnaissance officielle. Cette commémoration est fixée le jour de la date anniversaire de la rafle du Vél d'Hiv.

Jacques Chirac, la reconnaissance, enfin

La reconnaissance viendra deux ans plus tard. Pour la première fois, en 1995, le président de la République Jacques Chirac crée la surprise et reconnait la responsabilité de la France dans la déportation et l'extermination de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Il prononce alors un discours historique.

"Reconnaître les fautes du passé, ne rien occulter des heures sombres de notre Histoire, c'est défendre une idée de l'Homme, de sa liberté et de sa dignité. Ces heures noires souillent à jamais notre Histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui la folie criminelle de l'occupant a été, chacun le sait, secondée par des Français, secondée par l'État français".

Deux ans plus tard, en 1997, à l'occasion des commémorations du 55ème anniversaire de la rafle, le premier ministre Lionel Jospin réitère ce message. "Cette rafle fut décidée, planifiée et réalisée par des Français. Des responsables politiques, des administrateurs, des juges, des policiers, des gendarmes y prirent leur part. Pas un soldat allemand ne fut nécessaire à l'accomplissement de ce forfait. Ce crime doit marquer profondément notre conscience collective. Rappeler cela ne nous conduit pas à confondre le régime de Vichy et la République, les collaborateurs et les résistants, les prudents et les justes. Il s'agit seulement de reconnaître avec solennité, comme le fit le Président Jacques Chirac il y a deux ans, qu'un gouvernement et une administration de notre pays ont alors commis l'irréparable".

François Hollande va encore plus loin : "le crime fut commis en France par la France"

Pendant son mandat, Nicolas Sarkozy n'ajoute rien à ce qu'avait dit Jacques Chirac. Mais en 2012, à l'occasion du 70ème anniversaire de la rafle du Vél d'Hiv, François Hollande franchit le pas et va plus loin encore.

"Nous devons aux martyrs juifs du Vélodrome d'Hiver la vérité sur ce qui s'est passé il y a 70 ans. La vérité est que la police française s'est chargée d'arrêter des milliers d'enfants et de familles. La gendarmerie les a escortés jusqu'aux camps d'internement. La vérité est dure, elle est cruelle. Mais la vérité, c'est que pas un soldat allemand, pas un seul, ne fut mobilisé pour l'ensemble de cette opération. La vérité, c'est que le crime fut commis en France, par la France. (...) Mais la vérité est aussi que le crime du Vel' d'Hiv fut commis contre la France, contre ses valeurs, contre ses principes, contre son idéal.

Emmanuel Macron perpétue "le fil tendu par Jacques Chirac"

Ce dimanche, Emmanuel Macron a commémoré, en présence du premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le 75ème anniversaire de la rafle du Vél d'Hiv. Il a rendu hommage à Jacques Chirac, et à son tour déclaré "c'est bien la France qui organisa" la rafle du Vél d'Hiv.

"Récemment encore, ce que nous croyons établi par les autorités de la République, sans distinction partisane, avéré par tous mes historiens, confirmé par la conscience nationale, s'est trouvé contesté par des responsables politiques français prêts à faire reculer la vérité. C'est faire beaucoup d'honneur à ces faussaires que de leur répondre, mais se taire serait pire, ce serait être complice", a déclaré Emmanuel Macron. Le Président a fait référence sans la nommer à Marine Le Pen, qui a réaffirmé pendant la campagne pour l'élection présidentielle que la France n'était "pas responsable du Vel d'Hiv".

"Je le redis ici, c'est bien la France qui organisa la rafle, puis la déportation, et donc pour presque tous la mort, des 13 152 personnes de confession juive, arrachées les 16 et 17 juillet 1942 à leur domicile".

"C'est bien la France qui organisa" la rafle du Vél d'Hiv, a déclaré Emmanuel Macron.
"C'est bien la France qui organisa" la rafle du Vél d'Hiv, a déclaré Emmanuel Macron. © AFP
Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a assisté aux commémorations du 75ème anniversaire de la rafle.
Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a assisté aux commémorations du 75ème anniversaire de la rafle. © AFP
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.