Par leur contribution essentielle au devoir de mémoire, des témoins parlent, écrivent et relatent l’insoutenable réalité des années de guerre et de la résistance des juifs polonais dans le ghetto de Varsovie. Parmi eux, Jan Karski, sujet de la fiction de l'émission "Autant en emporte l’Histoire", dimanche 27 mai 2018.

Varsovie assiégée par l'armée allemande en janvier 1940
Varsovie assiégée par l'armée allemande en janvier 1940 © Getty / Collection photographique LIFE

Aujourd'hui, l'Histoire s'enrichit encore d'archives retrouvées qui sont autant de nouveaux témoignages sur le ghetto de Varsovie, le plus important ghetto juif d'Europe occupé par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Après le ravageant silence des années d'après-guerre, tout ce qui peut être encore analysé et commenté, ajoute à la mémoire collective des éléments de compréhension face au désastre qu'est la Shoah. 

Le réalisateur Claude Lanzmann évoque une sensation singulière au cours de la première étape de son projet de film Shoah :

Mais, dès le commencement de mon travail, j’étais si hanté par l’immensité et la réalité de la destruction que je me persuadais intérieurement que tout le monde — les victimes, les témoins, les bourreaux eux-mêmes — avait péri. 

En 1985, Claude Lanzmann sort son film, Shoah, fruit de douze années de travail autour de la parole des protagonistes des camps d'extermination et des camps de concentration. Jan Karski est l'un de ceux qui accepte de témoigner dans ce film monumental.

Jan Karski

Ce diplomate et résistant polonais œuvre très tôt pour dénoncer la solution finale par les nazis, mais se heurte à l'incrédulité des Alliés. En 1985, c'est-à-dire 35 ans après la Seconde Guerre mondiale, il accepte de témoigner dans deux films de Claude Lanzmann, Shoah et le court-métrage qui lui est consacré, et qui sortira en 2010, Le Rapport Karski.

L'histoire de Jan Karski nous est racontée dans l'émission Autant en emporte l'Histoire. Pour enrichir la fiction radiophonique, la productrice Stéphanie Duncan s'entretient avec l'historienne Annette Becker, qui, depuis les années 1990, étudie le trauma, les enjeux mémoriels et les violences extrêmes contre les civils ainsi que les génocides, d'une guerre mondiale à l'autre. 

Jan Karski :

Ce n’était pas l’humanité, c’était une sorte… une sorte d’enfer…

Vous pouvez écouter, en avant-première, un extrait de la fiction, 1942, Jan Karski témoin de l'innommable, écrite par Christine Spianti et réalisée par Christophe Hocké :

1'55

1942, Jan Karski, témoin de l’innommable

Par Christine Spianti

Emanuel Ringelblum

Dès 1941, dans le ghetto de Varsovie, des intellectuels et des militants ont compris le sens de la ségrégation des Juifs et des « camps de travail ». Autour de l'historien Emmanuel Ringelblum, un groupe se constitue, Oneg Shabbat, destiné à collecter et surtout archiver cette mémoire de la culture et de l'Histoire du peuple juif du ghetto de Varsovie.

Dans son émission de janvier 2018, La Marche de l'Histoire, Emanuel Ringelblum et les archives du ghetto de Varsovie, Jean Lebrun s'entretient avec Judith Lindenberg, chercheuse à l’EHESS, sur ces archives, retrouvées partiellement en 1946 et 1950, conservées à l'Institut Juif de Varsovie, et classées Mémoire du Monde par l'UNESCO.

Judith Lindenberg :

L'Histoire n'est pas seulement un savoir pour intellectuels, mais une discipline qui va aider les Juifs polonais à prendre conscience de leur propre identité.

Irena Sendlerowa

Déclarée « Juste parmi les Nations » en 1965, Irena Sendlerowa, résistante et militante polonaise, fut l’une des grandes héroïnes de la Seconde Guerre mondiale, sauvant près de 2500 enfants juifs du ghetto de Varsovie.

Laetitia Gayet, journaliste sur France Inter :

Iréna, la bande dessinée de Jean-David Morvan et de David Evrard est d'une justesse rare.

Le tome 1 d'Iréna décrit l'évolution de l'employée modèle jusqu'à la résistante. Le tome 2, lui, raconte l'épopée qui conduira Iréna à sauver  2 500 enfants grâce à son réseau de résistance en Pologne.

Roman Polanski

Enfant, le cinéaste a vécu dans le ghetto de Cracovie, l'un des cinq principaux ghettos créés par le Troisième Reich dans le Gouvernement Général en Pologne occupée, lors de la Seconde Guerre mondiale. Pour témoigner de son enfance juive, il adapte le roman autobiographique de Władysław Szpilman, Le Pianiste, dans lequel celui-ci raconte la façon dont il a survécu dans le ghetto de Varsovie, jusqu'à l'insurrection de la résistance polonaise et l'invasion soviétique.

Le résultat sera Le Pianiste, Palme d'Or à Cannes en 2002, césarisé et oscarisé en 2003, et que Roman Polanski considère comme le long-métrage le plus important de sa filmographie.

Dans ce document audiovisuel, Roman Polanski raconte aux jeunes son enfance à Cracovie, l'attaque allemande et les bombardements qu'il a vécus à Varsovie, la vie dans le ghetto de Cracovie, sa fuite et son parcours après la guerre pour devenir cinéaste. La dernière partie est consacrée au lien entre ses souvenirs et la réalisation du Pianiste.

Roman Polanski :

Les gens avaient de moins en moins à manger et ils étaient de plus en plus désespérés et souffrants car on leur avait enlevé une partie de leur famille.

La dernière partie est consacrée au lien entre ses souvenirs et la réalisation du film Le Pianiste, dont voici la bande-annonce :

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