Pourtant, nous aurions tendance à être rapidement trompés par le caractère similaire des deux hommes. Si Lyndon B. Johnson et Donald Trump sont deux Présidents aussi rudes et vulgaires l'un que l'autre, Johnson reste résolument progressiste, alors que Trump, lui, s'attache au conservatisme et à la réaction.

Pourquoi Lyndon B. Johnson et Donald Trump sont les deux présidents américains qui se ressemblent le moins ?
Pourquoi Lyndon B. Johnson et Donald Trump sont les deux présidents américains qui se ressemblent le moins ? © Getty / The Washington Post / Contributeur

Lyndon B. Johnson, un président résolument sinon fermement progressiste 

Trente-sixième Président des États-Unis, Lyndon Baines Johnson succède directement à John Fitzgerald Kennedy, assassiné le 22 novembre 1963. Johnson était présent au moment du drame, un évènement qui l'aura à tout jamais marqué, même si les deux hommes étaient rivaux au sein du même Parti démocrate. 

Homme politique affûté, Johnson connaît extrêmement bien les rouages constitutionnels et administratifs, faisant preuve, en même temps, d'une maîtrise remarquable du jeu parlementaire. 

Il est connu pour avoir été l'un des Présidents américains les plus populaires et appréciés au moment de son mandat, tant on retient son vaste bilan intérieur et les larges avancées progressistes qui sont les siennes. On pourrait le comparer à une sorte de continuateur de Franklin Delano Roosevelt et du New Deal.

Pourtant, il est aussi connu pour avoir été un homme politique imbuvable, doté d'un ego surdimensionné, avec un comportement rude, vulgaire, malmenant son entourage politique. Nombreux ont été les moyens contestables dont il fit usage pour faire appliquer ses convictions politiques. 

Une personnalité et des méthodes largement compensées par son sens de la justice pour tous et ses idéaux progressistes. Au premier rang desquels le combat en faveur de l'obtention des droits civiques des Noirs, c'est le fameux Civil Rights Act, signé le 2 juillet 1964 en présence de Martin Luther King. 

C'est aussi le combat pour l'obtention du droit de vote des Noirs (le Voting Rights Act entre mars et août 1965) suite notamment aux marches de Selma à Montgomery menées par Martin Luther King. Sans oublier son projet d'assurance maladie et son projet de "Grande Société". 

Le 15 mars 1965, son discours, La Promesse de l'Amérique, sera l'un des moments les plus forts de sa Présidence, exprimant à nu tous les grands combats qu'il souhaite mener.

Mais, toutefois, la guerre du Vietnam sera le spectre le plus fatal à son héritage politique. D'un simple engagement limité au début des années 1960, l'Amérique du Président Johnson généralise son intervention dans le conflit qui oppose le Nord et le Sud du Vietnam, en vue de contrer aussi la propagation du communisme. 

La Guerre du Vietnam devient son obsession, il multiplie les opérations contre le Vietcong et conduit inexorablement l'opinion publique à se retourner contre lui. Son image en reste encore aujourd'hui fortement entachée.

Le président américain Lyndon Baines Johnson, 2 décembre 1963
Le président américain Lyndon Baines Johnson, 2 décembre 1963 © Getty / Keystone / Intermittent

Entretien avec Corentin Sellin

Lyndon Johnson sur une échelle comparative avec Donald Trump 

"On lui donnerait une très mauvaise note car il n'y a aucun point commun entre ces deux hommes. Aussi bien sur les origines que sur le parcours. Aucun point commun sur les idées, sur les doctrines. Johnson reste encore aujourd'hui un des derniers, sinon le dernier, grand Président progressiste d'une gauche Rooseveltienne (keynésienne)".

Comparé au libéralisme de Trump, cela n'a absolument rien à voir.

Un caractère assez limite, comparable mais employé différemment

"Un caractère similaire qui ne se traduit absolument pas de la même manière que l'actuel Président, Donald Trump, puisque Lyndon B. Johnson travaille entre 18 et 20 heures par jour. Il dort extrêmement peu, ce qui inquiète d'ailleurs ses proches parce qu'il faut rappeler qu'il avait fait une crise cardiaque dans les années 1950. C'est ce travail ininterrompu et cette fatigue que l'on peut supposer qui l'amène souvent à des comportements très étranges, assez singuliers, comme, par exemple, le fait de commencer ses réunions alors qu'il est encore en train de faire sa toilette ou cette manie d'employer le téléphone pour un oui, pour un non. 

On sait aussi que c'est lui qui a utilisé ce système d'enregistrement des conversations qui fait qu'aujourd'hui, on a beaucoup de ces conversations qui sont archivées et disponibles et qui livrent un compte-rendu absolument fantastique de ce qu'a pu être sa Présidence. On se dit finalement que c'est pour le bien du peuple américain. 

On va jusqu'à interpeller et questionner des spécialistes sur l'état psychologique du Président qui ne tient absolument pas en place. Mais dans le cas de Johnson, c'est parce qu'il travaillait trop, on craignait qu'il fasse un burn out. Ce qui ne caractérise absolument pas Donald Trump dont on sait que les journées sont assez aérées en termes d'obligations officielles. 

Cela caractérise surtout un homme qui vivait la politique comme une sorte de mission qui l'a emporté sur tout le reste.

Johnson ne faisait que de la politique 24h/24 et, là aussi, c'est très différent de ce que peut être aujourd'hui Donald Trump qui est aussi un homme de spectacle, un homme avec beaucoup de préoccupations. Sauf que Lyndon B. Johnson pense, mange, boit la politique 24h/24".

Contrairement à Trump, Johnson reconnaît ses fautes

Ce qui frappe dans la personnalité de Johnson, c'est à la fois ce côté rude, brutal, mais qui a toujours été mis au service de grands idéaux et, en particulier, la recherche de l'égalité raciale aux États-Unis. Il y a chez lui ce remords très fort qui l'amène à un sentiment presque dépressif à la fin de sa vie, d'avoir compromis ce projet à cause de la seule Guerre du Vietnam. 

Sans vraiment accepter de reconnaître ses faiblesses, Johnson ne se représente pas pour un autre mandat, montrant en cela la reconnaissance de son échec. C'est un point commun très fort avec Donald Trump qui ne reconnaît jamais ses fautes ou ses erreurs. 

Certains schémas très similaires avec les revendications actuelles (combat contre le racisme et réclamation d'une assurance maladie)

Il faut se rappeler que Johnson lui-même avait commandité un rapport resté célèbre, mais malheureusement sans grande suite : le rapport Kerner, établi à la suite des premières émeutes raciales. 

Effectivement, aujourd'hui, l'Amérique de 2020 réfléchit à partir des bases qu'a fondé Lyndon B. Johnson pour espérer retrouver un nouveau compromis progressiste pour enfin obtenir cette égalité raciale. Il n'y a pas que la question de l'égalité entre les Blancs et les Africains-Américains. 

C'est aussi Lyndon B. Johnson qui, avec le Medicare et Medicaid, projets d'obtention d'assurance de santé publique, a lancé cette idée que tout Américain, un jour, pourrait avoir enfin le droit à une assurance santé publique. On voit bien que c'est le débat sur l'Obamacare qui tend aujourd'hui à reprendre et la question de l'obtention d'une assurance santé universelle publique pour tout un chacun". 

Comme Johnson avec le spectre de la guerre du Vietnam, Trump sera lesté du lourd passif de sa gestion du Covid-19

C'est une question pour laquelle Johnson est un véritable modèle, puisqu'il faut rappeler qu’il a été un Président extrêmement populaire, élu triomphalement en 1964, puisque tout a basculé sur la guerre du Vietnam qui l'a rendu inéligible en 1968. 

Aujourd'hui, on a un peu le même phénomène avec un Donald Trump qui avait un bilan économique, certes à nuancer, mais avec un chômage extrêmement bas. Et tout cela a été, d'un coup d'un seul, détruit par la gestion du Covid-19. Il risque de rester, pour les générations futures, le Président de la crise sanitaire et non plus le Président d'une formidable prospérité telle qu'elle s'est traduite dans la première partie de sa Présidence". 

Aller plus loin

🎧 RÉÉCOUTER - Presidents par Fabienne Sintes, accompagnée de Corentin Sellin.

🎧 RÉÉCOUTER - La Grande Société selon le Président Johnson par Jean Lebrun, dans La Marche de l’Histoire du 15/04/2015.

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