Il y a 80 ans, les 18 et 22 juin 1940, au micro de la BBC à Londres, le général De Gaulle appelait les Français ainsi que toutes les forces militaires restantes à poursuivre le combat face à l'Allemagne Nazie. "La Marche de l'Histoire" retrace les circonstances dramatiques de la défaite, durant ces deux mois d'agonie.

Mai-juin 1940 : La France défaite. Le 18 juin 1940, le général de Gaulle lance son appel à la Résistance sur les ondes de la BBC depuis Londres
Mai-juin 1940 : La France défaite. Le 18 juin 1940, le général de Gaulle lance son appel à la Résistance sur les ondes de la BBC depuis Londres © Getty / Keystone-France / Contributeur

L'histoire de la défaite française contre l'Allemagne nazie interroge toujours les circonstances qui ont conduit la France à cette déroute historique : les manquements militaires et politiques ; les budgets dont on a longtemps estimé qu'ils avaient été insuffisamment ou maladroitement employés, cela justifiant une impréparation générale quant aux enjeux de la guerre ; une vraie incohérence aussi entre les décisions diplomatiques et la stratégie défensive interalliée ; une prise de conscience qui n'était pas à la hauteur du désastre qui s'annonçait, en même temps qu'une France divisée de l'intérieur par de profondes divergences d’opinions qui se cristallisent depuis l'entre-deux-guerres et viennent conditionner les causes des événements de mai-juin 1940. 

Durant tout le mois de Juin, au micro de Jean Lebrun, dans "La Marche de l'Histoire", historiennes et historiens, spécialistes de la Seconde guerre mondiale, à l'occasion des 80 ans de la défaite, reviennent sur les nombreuses raisons qui ont conduit le pays au désastre de mai-juin 1940 : 

Le récit d'une déroute militaire française 

  • "La Bataille de France"

À partir du 10 mai 1940, c'en est fini de la "drôle de guerre", commencée en septembre 1939, durant laquelle s'opère la guerre passive, la stratégie d'attente. Les belligérants s’observent plus qu'ils ne s'engagent restant, chacun, cantonnés de part et d'autre de la ligne Maginot et de la ligne Siegfried. 

C'est alors "la Bataille de France" qui s'engage et voit les armées allemandes déferler sur les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et la France, dérobant les Ardennes. C'est la désastreuse percée de Sedan où les Allemands finissent par contourner l'impérissable ligne Maginot. Sedan retentit une fois de plus comme un nom de défaite, après 1870 et 1914.

Les armées alliées se retrouvent très vite impuissantes à stopper l'offensive allemande sur la Somme du 20 mai au 8 juin. L'armée belge capitule laissant les Français et le corps expéditionnaire anglais battre en retraite. Ce sera la défaite stratégique de l'opération "Dynamo" à Dunkerque où rembarquent une grande part du contingent allié. 

  • Un commandement militaire et une stratégie défensive trop vulnérables 

Le haut commandement français reste sur ses acquis et ne cherche pas à optimiser ses moyens. L'historien Max Schiavon explique que "cet état d'esprit de nos généraux - restés arc boutés sur les enseignements de 1918 qui consistent à penser qu'on ne peut vraiment combattre que sur une ligne de défense extrêmement préparée et conquérir par un certain nombre d'obus projetés - fait que la percée allemande annihile et détruit toutes les représentations mentales, toutes les certitudes du commandement militaire français en quelques heures". 

L’armée française est désormais incapable de faire preuve d'une stratégie de défense tactique rapide et efficace pour faire face aux techniques modernes des Allemands. 

Durant ces longs mois d'attente, entre septembre 1939 et mai 1940, si les soldats français restent immobilisés sur notre ligne principale de résistance à l'est, c'est aussi parce que la contre-attaque interalliée ne peut intervenir qu'à partir du moment où l'alliance est parfaitement mise en place et sûre de sa stratégie de contre-offensive, ce qui n'est pas le cas explique l'historien Max Schavion

"Militairement, industriellement et économiquement, la France doit avoir des alliés. Il faut du temps pour que les alliés ne fassent qu'un. Les chiffres de l'époque en matière de production montrent que la France, la Grande-Bretagne, la Belgique, la Hollande ne seraient prêts à s'engager qu'en 1941 ! Depuis le début des années 1930, lorsque la France produit 5 millions de tonnes d'acier, l'Allemagne en produit 16 millions, lorsque nous produisons 40 000 tonnes d'aluminium, les Allemands en produisent 750 millions"... Ce n'est seulement qu'à partir du printemps 1940 qu'un effort permet de rattraper le retard en termes d'armement et de produire massivement, encore que, c'est déjà trop tard... 

Parmi les faiblesses, l'historien cite aussi celle de l’aviation, pourtant capitale pour appuyer le combat au sol : "L'aviation cumule les problèmes. De nombreux désaccords ont eu lieu quant à la doctrine aérienne à adopter : certains sont partisans de l'aviation de chasse, d'autres adeptes du bombardement stratégique dans la profondeur. Toutes ces décisions contradictoires ont abouti à une aviation en partie périmée fasse à une Luftwaffe (aviation allemande) extrêmement moderne. Le 10 mai 1940, la France dispose de 1400 avions (dont 500 reconnaissances totalement périmés), alors que la Luftwaffe en possède 2900".

Même, lorsqu'à partir du 18 mai 1940, le général Weygand remplace le général Gamelin, très critiqué par le gouvernement de Paul Reynaud pour sa trop grande passivité, l'énergie intarissable du nouveau chef d'état major, si elle contribue à remonter le moral des troupes, ne peut réaliser de miracles dans la situation désastreuse dans laquelle sont embourbées les forces françaises. La retraite alliée de Dunkerque est une perte colossale et livre une large partie du matériel allié aux Allemands. L'historien précise qu'il ne reste, le 10 mai, aux Français, que 64 divisions contre 130 au début de la campagne. Elles se retrouvent opposées à 150 divisions allemandes. Ce qui fait du 1 contre 3". 

Des circonstances qui rendent inévitable, le 5 juin, à partir de la Somme, l’anéantissement complet de l’armée française par l'Allemagne et poussant, le 12 juin, le général Weygand à donner l’ordre général de retraite.

Comme l'explique Sylvie Zaidman, directrice du musée de la Libération de Paris, "le 10 juin, le gouvernement Reynaud quitte Paris. Les deux tiers des parisiens prennent à leur tour le chemin l'Exode, c'est le déclenchement de la panique. Paris est déclarée ville ouverte. Le 14 juin, les Allemands gagnent Paris".

Une France divisée de l'intérieur par la guerre

Dans sa "Grande Histoire des Français sous l'occupation", l'historien Henri Amouroux traduit l'état moral des Français en le qualifiant de "peuple du désastre" en 1939-1940. Il va même plus loin en parlant de "quarante et uns millions de Français qui ne s'aiment pas", comme pour représenter cette France coupée en deux quant à l'issue de la politique extérieure formulée vis-à-vis des prétentions de plus en plus ardentes d'Hitler en Europe. 

Depuis la signature des Accords de Munich, en septembre 1938, la France se divise sur les réactions à apporter face au jusqu'au boutisme hitlérien et sa conquête de territoires davantage plus menaçante. Deux France s'opposent : celle qui veut la paix et celle prête à se battre pour dire non à Hitler. Ce renoncement diplomatique à Munich, devant les exigences d'Adolf Hitler au regard de la Tchécoslovaquie, ainsi que le pacte de non agression germano-soviétique, en août 1939, conditionne comme il déchaîne d’avantage les passions politiques françaises jusqu'à ce que les armées allemandes pénètrent en France en mai 1940. 

La débâcle militaire subie par la France trouve ainsi son origine dans ce contexte politique effervescent qui oppose le fort courant pacifiste à l'égard de l'Allemagne et le courant résolu à la combattre fermement et par la guerre s'il le faut. Un climat extrêmement palpable depuis l'époque du Front populaire, en passant par le gouvernement d'Édouard Daladier (avril 1938-mars 1940), et qui atteint son paroxysme avec la démission du gouvernement Reynaud, le 16 juin 1940.

Max Schavion explique que, depuis la fin des années 1930, "les dirigeants politiques n'avaient jamais admis les avertissements récurrents qui venaient des militaires face au péril à venir. Les chefs de l'armée avertissent le gouvernement français avant même qu'Hitler arrive au pouvoir en janvier 1933. Les dirigeants français n'en prennent conscience que tardivement, en 1934-1935 et de nombreux parlementaires continuent à ne pas voter de crédits d'armements".

Édouard Daladier, par exemple, ne voulait pas nommer un ministre de l'armement en temps de paix, alors que les généraux le lui réclamaient depuis longtemps. Ce sera chose faite, mais seulement le 20 septembre 1939, avec la nomination de Raoul Dautry. 

Bénédicte Vergez-Chaignon rend compte de  l'espoir que le nouveau président du Conseil, Paul Reynaud, investi le 21 mars 1940, suscite auprès d'une part des Français dans sa volontéde résister aux allemands : "il refuse jusqu'au bout tout compromis avec l'Allemagne. Dès qu'il arrive à la tête du gouvernement, il conclut un accord avec les Britanniques, un engagement mutuel à ne pas conclure de paix séparée avec l'Allemagne. Il a toujours été porté sur les innovations techniques de l'armée. Son objectif était de redonner du lustre au gouvernement et de faire face aux partisans du cessez-le-feu vis-à-vis de l'Allemagne nazie". 

Mais il reste sans majorité parlementaire et son cabinet, divisé jusqu’au bout, aura raison de lui, le 16 juin 1940, et sur l'issue politique définitive du pays face à l'Allemagne. L'historien Eric Roussel raconte comment Paul Reynaud finit par être "de plus en plus écartelé entre les deux tendances antagonistes, au sein de son gouvernement et au sein de son entourage, entre partisans de l'armistice menés par le maréchal Pétain, vice-président du conseil et le général Weygand". Reynaud démissionne. Le président de la république Albert Lebrun appelle le maréchal Pétain à former le nouveau gouvernement et ce dernier signe l'Armistice avec l'Allemagne le 22 juin. C'est le chemin vers l'Occupation et le régime de Vichy. 

C'est ainsi que le sous-secrétaire d'État à la Guerre et à la Défense nationale, Charles de Gaulle, devient le chef de la France libre et appelle, le 18 juin 1940, les Français à continuer le combat. Cela fait 80 ans aujourd'hui. 

Aller plus loin 

🎧 ÉCOUTER - La Marche de l'Histoire : Série La tragédie de Juin 1940

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