Manuelle Calmat est l'auteur de la fiction "Blaise Cendrars, à feu et à sang" diffusée le dimanche 25 mars 2018 dans l'émission "Autant en emporte l'Histoire". Ce portrait est aussi l’occasion de découvrir la réalisation d'une fiction radiophonique dans les studios de la Maison de la Radio.

L'auteur Manuelle Calmat
L'auteur Manuelle Calmat © Joëlle Dollé

Itinéraire sensible d'un auteur pour les fictions de Radio France, ce portrait illustre les étapes de la création d'une fiction radiophonique.

Plongée dans les voix

Petite fille, Manuelle Calmat est bercée par les ondes de la voix de Gérard Philipe lisant Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry.

Depuis, l’auteur garde une sensibilité particulière aux voix des comédiens, vouant une profonde admiration pour l’acteur et metteur en scène, Jean-Luc Boutté.

Manuelle Calmat :

Son élégance, sa précision, sa puissance m'ont fait aimer le théâtre, l'énergie du jeu, l'économie du geste. On l'écoutait autant qu'on le regardait jouer.

Plongée en littérature

Lors de ses études de lettres à la Sorbonne, Manuelle Calmat s’immerge voluptueusement dans la poésie, le théâtre, les récits et les idées, à travers des auteurs aussi divers et formateurs qu’Arthur Rimbaud, Joseph Kessel, Albert Camus, Milan Kundera, sans oublier Dante, Shakespeare ou Molière.

L’imprégnation fut si forte et le compagnonnage si intense, quotidien autant que multiforme, qu’elle se risqua un beau jour, elle aussi, à écrire…

Plongée dans l’action

Manuelle Calmat affectionne les auteurs impliqués dans ce qu’ils vivent, traversent et ce dont ils témoignent. Joseph Kessel, Albert Camus, Blaise Cendrars. Elle a choisi ce dernier pour écrire la fiction Blaise Cendrars, à feu et à sang, spécialement pour l’émission Autant en emporte l’Histoire.

Ce qui est écrit n'est jamais figé.

Partant de ce postulat, Manuelle Calmat se passionne pour les récits d'actions,  récits où se concentrent émotions, sentiments contradictoires, mais aussi solitude et possible fusion. Lorsque Blaise Cendrars choisit de s'engager dans la Légion étrangère, il ne se doute pas que cette intensité tragique lui imposera le silence et le mutisme sur ce qu'il traverse. 

Albert Camus au sujet de Meursault, dans L'Étranger : 

Il y a un conflit entre l'appel de vie et la découverte de la mort. Il ne veut jamais dire plus qu'il ne sent. 

Cendrars a eu tant de mal à raconter sa guerre, la perte de son bras et d'une bonne part de croyances, qu'il oubliera un temps, que les mots sont susceptibles de relancer le pouls du monde.

Manuelle Calmat :

Rendre l'action audible, c'est convoquer nos sens de lecteur et d'auditeur, c'est partager un moment intense en une poignée de secondes.

Pour écouter un extrait de la fiction, Blaise Cendrars, à feu et à sang, en avant-première, c’est ici !

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Blaise Cendrars, à feu et à sang

Par Manuelle Calmat

Plongée en radio

Après avoir été successivement assistante de production, puis reporter pour des émissions rattachées au programme de France Inter, la journaliste fait une rencontre décisive en la personne de Patrick Liegibel, producteur pour la chaîne des émissions Nuits Noires, Nuits Blanches et Au Fil de l’Histoire.

Encouragée par le producteur, Manuelle Calmat tente quelques fictions courtes et saisissantes pour Nuits Noires, puis se lance dans des scénarios plus conséquents pour l’émission de fictions historiques, Au Fil de l’Histoire. Ainsi, cette Odyssée de l'Endurance, en 2011, qui raconte les exploits du navigateur britannique Ernest Shackleton à la découverte du continent Antarctique.

Manuelle Calmat découvre que, non seulement :

La fiction radio c'est merveilleux, ça donne des ailes à celui qui écrit comme à celui qui écoute.

mais de plus, elle prend conscience que :

Le son est un amplificateur d’émotions.

Plongée dans l’écoute de soi et du monde

Pour l’auteur, peurs inavouées ou désirs bouillonnants ne sont que prétextes pour l'écriture. Il suffit pour elle d’ouvrir son imaginaire et de prendre la mesure de l’air du temps. Ses sujets sont liés aux passions qui l'ont structurée et façonnée, comme le sport, avec Muhammad Ali, une vie de combat, ou comme le dessin, avec Alberto Giacometti

La vérité est qu’il n’existe pas de hasard dans le choix de ses sujets.

Manuelle Calmat :

Je pense sincèrement que toutes mes fictions sont des morceaux de moi-même.

Et comme, en bonne sportive, elle met la barre assez haut, Manuelle Calmat aime l'idée d'écrire des fictions sur des sujets impossibles !

Ainsi, en 2016, la fiction, Joseph Merrick, l'Homme Eléphant, une adaptation d'Elephant Man pour l’émission de Stéphanie Duncan, Autant en emporte l'Histoire, l’a amenée à puiser en elle-même des ressources insoupçonnées de créativité. 

Puis en 2017, la fiction Opération Frankton, une histoire méconnue qui relate une opération commando en pleine Seconde Guerre mondiale.

Plongée dans l’écriture d’une fiction

Manuelle Calmat semble fascinée par les exploits de toutes sortes ; c'est aussi pour cela qu’elle a publié en 2009 un livre chez Robert Laffont, GIGN, Les Experts du Danger.

Figure imposée avec ses contraintes de temps et d'espace, la fiction radiophonique, en tant que structuration d’un récit, est un passage essentiel pour rendre l’histoire audible. Elle permet une forme de créativité nouvelle dans laquelle l’auteur cherche aussi à imaginer le ressenti de l’auditeur.

Manuelle Calmat :

Nos habitudes radiophoniques ont beaucoup changé, on ne se met plus souvent sur pause pour écouter la radio et je ne vois pas pourquoi il en serait autrement pour les fictions !

L’auteur apprécie aussi la diversité des sujets proposés aux producteurs de fictions radio, que ce soit pour Autant en emporte l'Histoire, présenté par Stéphanie Duncan, ou pour Affaires Sensibles et ses fictions du vendredi, coordonnées par Christophe Barreyre.

Ainsi, Manuelle Calmat a flirté avec les forces telluriques pour écrire Haroun Tazieff, l'Oracle des Volcans, qui raconte l'exploration du Niragongo, un volcan africain encore en activité, par le père de la volcanologie contemporaine.

Elle a eu également envie de rendre hommage à Albert Londres, car il incarne le grand reportage comme tous les journalistes rêvent d'en faire, et dans l'émission Affaires Sensibles.

Manuelle Calmat écrivant une fiction
Manuelle Calmat écrivant une fiction / Joëlle Dollé

Albert Londres n'affirmait-il pas :

Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie.

Plongée dans l’enregistrement d’une fiction

Et précisément pour la fiction sur Albert Londres, l'enfer du bagne, nous avons retrouvé quelques images et une vidéo, illustrations d’un beau travail d’équipe dans l’un des studios de la Maison de la Radio. La mise en ondes d’une fiction, pour Manuelle Calmat, correspond à une étape du processus qui bouillonne de vie et lui apporte un plaisir à chaque fois renouvelé !

Manuelle Calmat :

J'aime cette idée que l'auteur radio n'est jamais seul. Le temps de l'écriture, il est face à un personnage, une histoire, un monde. Et puis, lorsqu'il passe le relais, il assiste, inquiet et amusé, aux autres phases de la création.

(Dans cet extrait vidéo, le bruiteur Bertrand Amiel assiste efficacement les comédiens à l’enregistrement, pendant qu’au fond, Manuelle Calmat n’en perd pas une miette !)

L’enregistrement ! Ce moment de haute densité au cours duquel l'auteur assiste à un « concert » dont il serait à l'origine ; le réalisateur jouant sa partition, les comédiens plongeant dans ce bain de mot et lui donnant une couleur particulière, le bruiteur, orfèvre des sons, renforçant et densifiant cette mixture singulière. 

Pour Manuelle Calmat, il s’agit d’une véritable alchimie qui prend corps à ce moment-là.

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