La justice administrative française a autorisé le chercheur François Graner à consulter les archives du défunt président François Mitterrand sur le Rwanda, au coeur de la longue controverse sur le rôle de la France pendant le génocide de 1994. Une victoire pour l'histoire et la démocratie.

Le président François Mitterrand à Kigali, aux côtés de son homologue rwandais Juvenal Habyarimana, en 1984
Le président François Mitterrand à Kigali, aux côtés de son homologue rwandais Juvenal Habyarimana, en 1984 © AFP / Georges Gobet

La justice administrative a donné son feu vert pour l’ouverture des archives de François Mitterrand sur le Rwanda. Elle a autorisé le chercheur François Graner à consulter les notes de l’ancien président français sur le génocide de 1994. Certains reprochent à la France d’avoir soutenu les dirigeants Hutus dans leur politique de génocide contre les Tutsis.

Cette victoire en forme de jurisprudence devrait permettre de mieux comprendre le rôle exact de la France en Afrique durant cette période. Il aura fallu cinq ans de bataille judiciaire pour qu’enfin un chercheur indépendant soit autorisé à travailler sur les archives rwandaises du président François Mitterrand.

Autant dire que la victoire est importante car elle permet aussi, aux autres chercheurs qui le souhaiteraient, de consulter ces documents. Entretien avec François Graner, auteur du livre L’État français et le génocide des Tutsis au Rwanda, aux éditions Agone. 

FRANCE INTER : Cette décision de la justice fait suite à un long combat ?

FRANÇOIS GRANER : "Il y a eu beaucoup de demandes, de pressions de chercheurs, d'historiens, de journalistes, d'associations depuis des années pour avoir accès à ces archives. C'est ainsi qu'en 2015, François Hollande a cédé à la pression et a annoncé qu'il voulait ouvrir tout aux chercheurs avant la fin 2016, et qu'il fallait que le débat soit public, transparent.

Moi, j'avais fait, dans la foulée, une demande d'accès et ça a été refusé. C'est comme cela que je suis parti pour cinq ans de procédure judiciaire. Cela m'a amené à la Commission d'accès aux documents administratifs, au Tribunal administratif, au Conseil d'État, Conseil constitutionnel, retour au tribunal administratif, au Conseil d'État, Cour européenne des droits de l'homme. Donc, c'est une longue procédure qui se termine aujourd'hui, positivement, puisque tous nos arguments ont été retenus par la justice."

Que peut-on peut espérer trouver dans les documents auxquels vous allez avoir accès ? 

"Il faut savoir que la plupart des choses, on les connaît déjà. Il y a certaines archives, même les plus emblématiques, qui ont fuité et qui sont déjà disponibles. Mais c'est très important de les avoir de façon officielle. Cela permet de pouvoir les utiliser. 

Mais surtout l'important est d'avoir un fonds d'archives. Par exemple, je demande à avoir accès aux dossiers du conseiller Afrique de l'époque de François Mitterrand. Il s'agit de savoir par qui passaient effectivement toutes les informations sur le génocide des Tutsis avant, pendant et après. 

"C'est important de ne pas avoir des dossiers partiels pour faire un travail de fond, pour comprendre exactement qui savait quoi, quand, qui a pris quelle décision, à quel moment..." 

L'autre chose, c'est évidemment la portée beaucoup plus large de cette décision, puisque le Conseil d'État dit qu'il faut me donner ces archives. Il donne des principes de droit qui montrent que notre action est légitime, que le débat est important, que ça prime sur la protection des secrets des gouvernants. Cela veut dire que si je veux faire maintenant des demandes sur d'autres archives concernant ce débat là ou si d'autres gens ou chercheurs, veulent faire des demandes semblables, ils sont dans leur droit."

Peut on s'attendre à des révélations ? 

"Je ne cherche pas nécessairement le scoop. Il y en aura peut être un, c'est tout à fait possible parce que des fois, on est très étonné de trouver dans des archives, telles ou telles choses passées inaperçues et qu'un travail de fond permet, en mettant en lien différents documents, de faire émerger de façon vraiment intéressante.

Après, on veut parler du fond. En gros, la France est accusée de complicité de génocide avant, pendant et après, mais aussi d'avoir soutenu les extrémistes qui commettaient ce génocide. Cela ne veut  pas dire nécessairement qu'il y avait l'intention de la part de la France de commettre le génocide. Cependant, le travail sur les archives permettra de savoir précisément, quels ont été les décideurs, quelles sont leurs responsabilités, mais aussi qui savait quoi.

Ce sont des choses importantes pour comprendre le passé mais aussi pour éviter qu'un tel génocide soit possible demain. On veut faire de la prévention, comprendre les mécanismes de décision et faire de la prévention pour le futur."

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