La ville spectacle

L’exposition « Paris 1900, la Ville spectacle » invite le public à revivre les heures fastes de la capitale française au moment où elle accueille l’Exposition Universelle qui inaugure en fanfare le 20e siècle. Plus que jamais la ville rayonne aux yeux du monde entier comme la cité du luxe et de l’art de vivre. Plus de 600 oeuvres – peintures, objets d’art, costumes, affiches, photographies, films, meubles, bijoux, sculptures… - plongeront les visiteurs du Petit Palais dans le Paris de la Belle Epoque . Les innovations techniques, l’effervescence culturelle, l’élégance de la Parisienne seront mis en scène comme autant de mythologies de ce Paris dont la littérature et le cinéma n’ont cessé depuis de véhiculer l’image dans le monde entier.

Dans une scénographie inventive intégrant le tout nouveau cinématographe au fil du parcours, le visiteur est convié à un voyage semblable à celui des 51 millions de touristes qui affluèrent à Paris en 1900.Le parcours est organisé autour de six thèmes.

Visite sonore par Stéphane Capron

Parcours de l'exposition

Paris 1900, la Ville spectacle

Après un siècle de soubresauts politiques, la France de 1900 peut célébrer son équilibre retrouvé et envisager l’avenir avec optimisme. Elle est désormais républicaine, économiquement florissante et dotée d’une diplomatie solide qui lui assure des jours tranquilles. Plus que jamais admirée pour son rayonnement artistique et intellectuel, sa capitale sait aussi attirer les puissants et magnats du monde entier pour les plaisirs qu’elle promet à qui apprécie le luxe, la gastronomie et les distractions en tout genre. Tout est en place pour que Paris dame le pion à ses consoeurs et s’érige, le temps d’une Exposition universelle qui marquera le changement de siècle, en capitale du monde....

Paris, vitrine du monde

*1 Affiche de l’Exposition Universelle
*1 Affiche de l’Exposition Universelle © radio-france

Inaugurée le 15 avril 1900, l’Exposition universelle consacre Paris, pour quelques mois, comme centre du monde et vitrine des nations. Décidée en 1896, la manifestation a suscité des travaux qui marquent l’urbanisme parisien. De nombreuses infrastructures, du métropolitain au pont Alexandre III et aux gares des Invalides ou d’Orsay, sont réalisées pour faciliter les accès et la circulation dans les 120 hectares de l’exposition, la plus importante jamais organisée. Adoptant pour thème le « bilan d’un siècle », elle attire 51 millions de visiteurs qui y admirent les chefs-d’oeuvre de toutes les nations, y compris ceux des monarchies qui jusqu’alors avaient boudé la France républicaine. Les attractions prennent le pas sur les démonstrations didactiques, et la fée électricité apparaît plus comme une source d’émerveillement que comme un progrès technique.Accessible depuis la place de la Concorde, l’Exposition s’étend des deux côtés de la Seine jusqu’au Champ-de-Mars et au Trocadéro . Elle comporte une annexe de 110 hectares au Bois de Vincennes dédiée à l’agriculture, à l’automobile, aux maisons ouvrières et aux Jeux Olympiques. Mais c’est à l’angle des Champs-Elysées que la Ville de Paris plante son plus bel écrin : le Petit Palais.

Paris Art nouveau

*2 Mucha - La Nature, 1899-1900.
*2 Mucha - La Nature, 1899-1900. © radio-france

En rupture avec la tradition académique et les styles inspirés du passé, l’Art Nouveau est fondé sur une observation minutieuse du monde naturel qui alimente son répertoire de formes et d’ornements. Ce courant international cultive l’asymétrie et la ligne courbe, dite « en coup de fouet ». Il doit beaucoup à l’art du Japon dont le plus ardent propagandiste à Paris, la maison Bing, rue de Provence, est le promoteur du terme même d’Art Nouveau. Ce mouvement affirme également comme principe l’unité de l’art et influence la plupart des domaines de la création, du plus grand au plus infime : le Castel Béranger d’Hector Guimard , rue La Fontaine, à Paris en est l’expression architecturale majeure à laquelle répondent les somptueux bijoux de René Lalique ou d’Alfons Mucha , dans un sursaut d’inventivité qui s’étend jusqu’aux techniques les plus traditionnelles que sont l’ivoire, la reliure, la tapisserie ou le vitrail.Grâce à l’émulation entre les créateurs venus de Nancy, de Belgique et du reste de l’Europe, favorisée par la présence d’une clientèle d’amateurs aisés et d’artisans pourvus d’un solide savoir-faire, Paris offre un retentissement immense au mouvement Art Nouveau international dans ses diverses variations locales, marquant l’apogée d’un style bientôt qualifié de 1900.

Paris, capitale des arts

*3 Paul Cézanne - Ambroise Vollard, 1899
*3 Paul Cézanne - Ambroise Vollard, 1899 © Paris, Petit Palais / Roger-Viollet

Pour l’Exposition universelle de 1900, la Troisième République érige deux édifices à la gloire des Beaux-Arts au coeur de Paris : le Grand Palais et le Petit Palais. Ils se répartissent un vaste panorama de l’art français des origines à 1900, dans les domaines des arts décoratifs comme de la peinture et de la sculpture, dominée par une rétrospective consacrée à la production des dix dernières années.Choisi parmi les pièces majeures du tournant du siècle, l’échantillonnage proposé dans cette salle ne prétend pas à l’exhaustivité mais illustre la variété des courants en présence, de la survie de la peinture d’histoire académique aux ultimes feux du Réalisme au moment où le Symbolisme connait un regain, l’Impressionnisme sa reconnaissance définitive, qu’Auguste Rodin s’impose au pavillon de l’Alma, et que la génération des Nabis tente de poursuivre son chemin original.Si la création parisienne semble se diluer dans des variations autour de mouvements révolus, l’enseignement qui y est offert continue de séduire les artistes du monde entier, de même que l’espoir d’une reconnaissance officielle sur les cimaises des Salons. Les artistes auront aussi accès à un marché de l’art en plein développement animés par des marchands installés comme Georges Petit ou Durand-Ruel , et des galeristes nouveaux, tel Ambroise Vollard ou Berthe Weill. Ils vont faire se succéder à un rythme intense des expositions de groupe mais surtout monographiques. Elles furent le terreau d’où surgirent, en marge des institutions, les avant-gardes du 20e siècle.

Le mythe de la Parisienne

 *4. Joseph-Marius Avy - Bal blanc, 1903. Huile sur toile, 139 x 219 cm
*4. Joseph-Marius Avy - Bal blanc, 1903. Huile sur toile, 139 x 219 cm © © Paris, Petit Palais / Roger-Viollet

La porte monumentale qui donnait accès à l’Exposition universelle était dominée par une statue. La Marianne républicaine attendue avait laissé la place à une Parisienne habillée par Jeanne Paquin et sculptée par Paul Moreau-Vauthier. Une telle substitution était éloquente et marquait le rôle de cette figure universellement admirée qu’un chroniqueur contemporain définissait ainsi : « la Parisienne diffère des autres femmes par une élégance pleine de tact, appropriée à chaque circonstance de la vie ; ses caractéristiques sont la sobriété, le goût, une distinction innée et ce quelque chose d’indéfinissable que l’on ne trouve que chez elle, mélange d’allure et de modernisme et que nous appelons le chic».Les petites Parisiennes, en particulier les « trottins » chargés de livrer les chapeaux des modistes, incarnent l’essence de ce bon goût tout autant que la comtesse Greffulhe ou la duchesse de Guermantes imaginée par Marcel Proust. Quant aux riches clientes étrangères, elles partaient avec une ombre de cette gloire après leur tournée des principaux couturiers et une pause dans l’atelier d’un portraitiste à la mode chargé de les immortaliser ainsi parées.

Paris, la nuit

 Enseigne du cabaret le Chat Noir, 1881
Enseigne du cabaret le Chat Noir, 1881 © Paris, Musée Carnavalet/ Roger-Viollet

Avec la modernisation de l’éclairage public, la nuit parisienne devient un lieu accessible où le travail cède la place au délassement. Même pour les moins fortunés, du café-concert au music-hall, du bal au cirque, le spectacle se trouve partout dans la ville. Paris développe sa réputation de capitale de la fête, où tentation et corruption provoquent tout autant les frissons du plaisir que ceux du danger .Aristocrates et magnats de l’industrie ou du commerce de l’ancien et du nouveau monde séjournent dans la capitale attirés par l’aura sensuelle et festive des nuits parisiennes qui renforce le mythe de la Belle Epoque. Les femmes en ces heures nocturnes sont autant des ornements que des proies. Les fortunés ne sont pas seuls bénéficiaires de cette ambiance et chacun peut donner libre cours à ses désirs quand la ville entière se transforme en un vaste boudoir. Et le parfum d’interdit va bientôt pouvoir s’exporter lorsqu’avec Le coucher de la mariée , le monde entier peut assister au premier effeuillage du septième art naissant .

Paris en scène

Henri Gervex - Un soir de grand prix au pavillon d’Armenonville, 1905. Huile sur toile, 66 x 98 cm
Henri Gervex - Un soir de grand prix au pavillon d’Armenonville, 1905. Huile sur toile, 66 x 98 cm © Paris, Musée Carnavalet/ Roger-Viollet

Avant de goûter aux nuits parisiennes, il est de bon ton de profiter des plaisirs et des divertissements qu’offre la capitale. Il faut être vu au Pré Catelan ou au Pavillon d’Armenonville , restaurants à la mode où une société mélangée et cosmopolite commence sa parade en attendant l’heure du spectacle. Il n’est, en effet, pas de bon ton d’arriver au moment où celui-ci commence et la salle de l’Opéra Garnier ne se remplit de ses plus fervents habitués qu’au moment du ballet du deuxième acte.Les théâtres sont nombreux, ouverts à toutes les bourses et connaissent alors de profondes transformations. Si la plupart demeurent attachés au « répertoire » ou au « boulevard », d’autres, comme le Théâtre de l’OEuvre ou le Théâtre Libre, promeuvent de auteurs inconnus alors et une interprétation nouvelle.Bien que le cinématographe fasse encore figure d’attraction, des pionniers en perçoivent l’avenir, ce qui n’échappe pas aux stars de la scène, de Sarah Bernhardt à Constant Coquelin qui ne répugnent pas à se laisser filmer sans parole. Par un juste retour, le cinéma allait contribuer jusqu’à nos jours, d’Hollywood à Billancourt, à alimenter ce mythe de la Belle Epoque fait d’optimisme et d’érotisme diffus, dans un étourdissement de musique couvrant tout pressentiment du carnage à venir.

Si le mythe de la Belle Epoque a perduré jusqu’à aujourd’hui, ce n’est pas seulement par contraste avec l’horreur de la Grande Guerre qui lui succéda, c’est bien parce qu’il repose sur un foisonnement culturel réel dont cette exposition veut rappeler la force inégalée. Plus beau joyau architectural subsistant de l’année 1900 à Paris, le Petit Palais consacre enfin à cette époque phare une grande exposition, accompagnée d’un programme événementiel et d’un parcours complémentaire dans les galeries permanentes enrichies de toiles inédites des collections : un juste hommage comme jamais Paris ne l’avait encore proposé.

Crédits des œuvres

1 Affiche de l’Exposition Universelle -Palais de l’optique, 1900. © Paris, Musée Carnavalet/ Roger-Viollet2 Mucha - La Nature, 1899-1900. Bronze doré et argenté, 70,7 x 30 x 32 cm © Karlsruhe, Badisches Landsmuseum3 Paul Cézanne - Ambroise Vollard, 1899. Huile sur toile, 100 x 81 cm © Paris, Petit Palais / Roger-Viollet5 Anonyme d’après Adolphe Léon Willette Enseigne du cabaret le Chat Noir, 1881. Tôle peinte, découpée, 130 x 96 cm © Paris, Musée Carnavalet/ Roger-Viollet

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