Proche de Proust, Cocteau, Giraudoux, Paul Morand fut un diplomate écrivain qui se compromit avec le régime de Vichy et, de ce fait, n’entra que tardivement à L’Académie Française. Portrait d’un écrivain ambigu et controversé, tout comme Louis-Ferdinand Céline.

Paul Morand, écrivain-diplomate et élégant globe-trotter, en 1928
Paul Morand, écrivain-diplomate et élégant globe-trotter, en 1928 © Getty / Ullstein Bild

Né en 1888 et mort à l’âge de 88 ans, après presque soixante années d’écriture, Paul Morand fut ministre, diplomate, auteur dramatique, essayiste, poète et romancier. 

En 1913, Paul Morand entre dans une carrière diplomatique qui le mène aux quatre coins de la planète. En parallèle, il mène une carrière littéraire fertile puisque son œuvre compte une centaine de chroniques, de nouvelles, de romans mais aussi des essais sur un état des lieux de son temps.

Un écrivain créateur de styles

Marcel Proust, dans sa préface de «Tendres Stocks » de Paul Morand, paru en 1921 chez Gallimard :

Il est certain que le style de Paul Morand est singulier… Même la beauté du style est le signe infaillible que la pensée s'élève, qu'elle a découvert et noué les rapports nécessaires entre des objets que leur contingence laissait séparés.

Ami de Jean Cocteau et de Darius Milhaud, habitué des salons littéraires, Paul Morand incarne l’écrivain d’un monde changeant. Curieux de tout, il va introduire le reportage en littérature, et considérer ses propres romans comme des « feuilles de température » de l’époque dont il est le témoin. 

Pour évoquer Paul Morand, l’écrivain Philippe Sollers, sans ambages, le qualifie rien moins que de troisième meilleur écrivain du XXe siècle, après Marcel Proust et Louis-Ferdinand Céline !

Parfois, Morand semble écrire un peu n'importe quoi, c'est un  surréaliste sec. Il est tout en mouvements, en raccourcis, cavalier  surprenant et sûr… Il suffit de l'entendre, de le voir, de l'entendre parler pour voir avec quelle justesse il décrit par exemple la visite que lui fait Proust, chez lui, un soir…

Grâce à l’INA, nous avons retrouvé cet entretien étonnant, que nous vous faisons partager ici : 

En 1936, Paul Morand s'était porté candidat à l'Académie Française. Il réitéra sa demande en 1958, mais la séance de vote fut mouvementée, à cause de l'hostilité des gaullistes, et le scrutin fut suspendu. 

Ce n'est qu'en 1968 que le général de Gaulle accepta la candidature de Paul Morand, alors âgé de 80 ans. 

Une fiction sur France Inter

Ce dimanche 16 septembre 2018, dans Autant en emporte l’Histoire, Paul Morand se retrouve au cœur d’une fiction évoquant sa carrière diplomatique pendant la Seconde Guerre mondiale.  Pour donner la mesure du zèle pétainiste et de l'antisémitisme de l'écrivain, les deux auteurs, Charles Haquet et Bernard Lalanne, ont joué sur l'expression de L'Homme pressé, roman de Paul Morand, publié en 1941 aux éditions Gallimard.

Paul Morand, l’homme pressé au service de Pétain, une fiction de Charles Haquet et Bernard Lalanne, réalisée par Pascal Deux, dont vous pouvez écouter un extrait en avant-première, ci-dessous. 

Dans cet extrait, Paul Morand, incarné vocalement par le comédien Jean-Luc Porraz s'entretient avec le directeur du cabinet de Pierre Laval, Jean Jardin, personnage ambigu lui aussi, et interprété par le comédien Mathieu Bisson :

2 min

Paul Morand, l'homme pressé au service de Pétain

Par Charles Haquet et Bernard Lalanne

Pour commenter cette fiction, Stéphanie Duncan reçoit Pierre Assouline, journaliste et romancier, auteur d’un ouvrage passionnant sur L'Occupation, Romans et Biographies, publié dans la collection Bouquins en cette fin août 2018.

Pour compléter cette approche délicate de Paul Morand, vous pouvez suivre cette présentation du documentaire, Paul Morand, Contesté et incontestable, où des familiers et spécialistes reviennent sur sa vie et son œuvre, en 2016, à l'occasion des quarante ans de sa disparition et l'évidence de sa mise sous silence aujourd'hui.

L'écrivain et professeur d'université, Jean-Yves Tadié, nous confie dans ce documentaire :

Morand maniait un certain nombre de clichés, malheureusement, qui affaiblissent sa littérature.

Sur France Culture, un portrait en quatre volets

En décembre 2016, France Culture, dans son émission La Compagnie des Auteurs, Matthieu Garrigou-Lagrange nous offre quatre volets passionnants pour découvrir l’auteur remarquable mais très critiqué pour son racisme empli d’ambiguïté. 

Bibliographie sélective des invités de Matthieu Garrigou-Lagrange :

- Paul Morand : Petits certificats de vie, par Michel Collomb, paru aux éditions Hermann en 2007.

- Paul Morand nouvelliste, par Catherine Douzou, paru aux éditions Honoré Champion en 2003.

- Immortel, enfin, par Pauline Dreyfus, paru aux éditions Le Livre de Poche en 2016.

- Paul Morand explorateur des mondes noirs, par Dominique Lanni, paru aux Presses de l'Université Paris-Sorbonne en 2014

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