Découvrez l'histoire de Pierre-Esprit Radisson, ce coureur des bois qui a contribué à l'exploration du continent nord-américain, particulièrement du Canada, à travers ses aventures dignes d'un roman de Fenimore Cooper.

Peinture représentant Pierre-Esprit Radisson et son beau-frère Médars de Groeilliers (au centre) en expédition avec des indiens, peinture de Frederic Remington (1861–1909)
Peinture représentant Pierre-Esprit Radisson et son beau-frère Médars de Groeilliers (au centre) en expédition avec des indiens, peinture de Frederic Remington (1861–1909) © Getty / Fine Art

Pierre-Esprit Radisson n'est probablement pas le français le plus célèbre de son époque. Son nom n'évoque probablement rien pour vous sauf si vous êtes Canadien. Et pourtant, le destin de cet homme est intimement lié à la France, l'Angleterre et la conquête de l'Amérique du nord au XVIIe siècle. Pour Le temps d'un bivouac, l'auteur de L'exploration de l'Amérique du Nord, Louis-Marie Blanchard, racontait aux auditeurs l'histoire de Pierre-Esprit Radisson. Ce coureur des bois, comme on appelait ces aventuriers qui commerçaient pour les fourrures, aurait eu toute sa place dans le "Dernier des Mohicans" de Fenimore Cooper.

Un coureur des bois, qu'est ce que c'est ?

Imaginez le nord de l'Amérique vers 1660. Le territoire est recouvert de forêts. Vous pouvez marcher des semaines sans croiser personne. Sauf peut-être, un coureur des bois. Il y a de fortes chances qu'il soit un Canadien-français. En effet, les Anglais ne deviennent eux-mêmes coureurs des bois que très tardivement et en petit nombre. Ce sont ces premiers coureurs qui vont découvrir les deux tiers de l’Amérique du nord. Ils arrivent par le fleuve Saint-Laurent pour s’installer sur Québec, Trois-Rivières, la future Montréal. De là, grâce aux canoës d’écorces et leurs alliances avec les Indiens, ils vont descendre les rivières et les fleuves, traverser les lacs. Ils vont descendre même au-delà du Mississippi. 

Le plus indien des Européens

Sans les alliances avec les Indiens, Pierre-Esprit Radisson n'aurait sûrement pas survécu lors de ses expéditions. Malouin par sa mère, et Avignonais par son père, il est arrivé vers 1646 en Nouvelle-France. C'est un adolescent quand il est fait prisonnier par la tribu iroquoise des Mohawks. 

A l'époque, si vous êtes Français, il ne fait pas bon croiser un Iroquois car ces derniers se sont alliés aux Anglais. De leurs côtés, les Français se sont alliés aux Hurons, ennemis des Iroquois. 

Pierre-Esprit Radisson devient otage. Il est torturé et ne doit finalement sa vie que grâce à son adoption par une famille indienne, comme cela se faisait à l'époque. C’est une femme iroquoise qui avait perdu son fils dans une bataille qui l'a recueilli. Chez les Indiens, beaucoup d’hommes mourraient au combat , on pouvait donc adopter les hommes des tribus adverses pour remplacer les guerrier tombés. 

Hutte en écorce de boulot et raquette à neige - Exposition "Nous les premières nations" au Musée de la civilisation de Québec - 2010
Hutte en écorce de boulot et raquette à neige - Exposition "Nous les premières nations" au Musée de la civilisation de Québec - 2010 © AFP / PHILIPPE ROY / Aurimages

Il passe deux ans avec eux. Il apprend leur langue, les techniques de chasse et de pistage, les coutumes et la géographie de la région. Au bout de deux ans, il s’échappe. Il se fait reprendre et reste à nouveau trois ans avec eux. Malgré cette trahison, il n'est pas tué. Les Indiens ont un sens de la liberté phénoménal. Pour eux, un homme qui est prisonnier dans une tribu, et qui tente de s’échapper accomplit un acte d’honneur. C’est probablement ce qui lui a permis de s’en sortir. 

Il n'est pas le seul dans cette situation. Certains se sont même portés volontaires pour intégrer des tribus indiennes. Il est vrai que contrairement aux conquistadors espagnols, les Français se sont vraiment mêlés aux tribus indiennes et aux coutumes, se mariant et faisant des enfants avec eux. Les Jésuites l’ont bien compris et organisent des truchements en envoyant des jeunes gens s’immerger pendant 5 ou 10 ans dans les tribus pour après être capable de parler la langue, connaître le territoire et permettre aux missionnaires d’avancer. 

Un personnage controversé

Radisson utilisera plus tard le même système que les Jésuites pour des questions bien éloignées de la religion. Pour le compte de son beau-frère Médard Chouart des Groseilliers, il embauche des hommes qui, comme lui, se sont immergés dans les tribus indiennes. Il les incorpore dans des trains de canoës dans la région des grands lacs. Avec leur savoir, ils peuvent aller très loin chercher des cargaisons de fourrures

Problème : Pierre-Esprit Radisson a organisé son commerce sans autorisation royale. Et à l’époque les gouverneurs du Québec doivent rendre des comptes au Roi de France, Louis XIV. D'un autre côté, les autres commerçants qui ont payés des charges et qui veulent toucher des subsides voient l'opportuniste coureur des bois d'un très mauvais oeil.

Il est condamné par la couronne de France et ses cargaisons sont confisquées. Il passe alors du côté des Anglais, beaucoup plus ouverts à la chose commerciale. Ayant entendu parler de tribus qui ont des territoires à fourrures phénoménaux dans le nord du Canada, Radisson part avec  Médard des Groseilliers. Et tout se passe si bien qu’il crée en 1670 une compagnie de fourrure concurrente des Français : la Compagnie de la baie d’Hudson, compagnie qui existe encore aujourd'hui. Elle prévoit dans ses objectifs : le commerce des fourrures, des minéraux et l'exploration des territoires de l'ouest.

Un trappeur vient vendre ses peaux à la Compagnie de la Baie d'Hudson en février 1946. Cette compagnie a été fondée en 1670 par  Pierre-Esprit de Radisson et Médard Chouart des Groseilliers à Londres.
Un trappeur vient vendre ses peaux à la Compagnie de la Baie d'Hudson en février 1946. Cette compagnie a été fondée en 1670 par Pierre-Esprit de Radisson et Médard Chouart des Groseilliers à Londres. © Getty / Bert Garai / Hulton Archive

Mais quatre plus tard, en 1674, Radisson et Groseilliers vont revenir au service de la France et du ministre Colbert. On ne sait s'il s'agissait là de patriotisme ou d’appât du gain mais le doute est mince, et la veste doublée de peau de castors. De plus, sa femme, anglaise, ne suit pas Radisson dans ce retournement de veste et reste du côté anglais. Pendant 10 ans, il va successivement servir la Marine Française, travailler pour la compagnie de la Baie du Nord et batailler contre les Anglais. Mais là encore, pour des histoires de taxes, Radisson se trouve lésé et sans protection. Colbert n'est plus. La décision de revenir chez les Anglais n'est pas simple mais c'est la seule viable selon lui. Il change à nouveau de camps, et lutte à nouveau contre les Français. Au point que Louis XIV lui-même demande sa tête en 1687.

Pierre-Esprit Radisson, ruiné, finit ses jours à Londres, comme sujet de la couronne britannique. Sans le savoir, il fut un des premiers à réaliser un travail d'ethnologue auprès de la nation indienne en consignant par écrits ses mémoires. 

Le Canada n'oublie pas celui qui a participé à la construction de cette nation et son nom traverse les époques que ce soit à travers le nom de l'équipe de Hockey des jeunes de Québec, la station de métro de Radisson. Une ville et chaîne d'hôtel porte même son nom. De 1957 à 1959, Radio Canada lui consacra un feuilleton télévisé.

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