Emmanuel Macron a annoncé mardi l'entrée au Panthéon l'an prochain de l'écrivain Maurice Genevoix et, "à titre collectif", de "ceux et celles de 14", afin de rendre hommage à "l'armée victorieuse" de la Grande guerre".

Maurice Genevoix, en 1979, un an avant sa mort.
Maurice Genevoix, en 1979, un an avant sa mort. © AFP / GEORGES BENDRIHEM

"Je souhaite que l'an prochain, ceux de 14, simples soldats, officiers, engagés, appelés, militaires de carrière, sans grade et généraux, mais aussi les femmes engagées auprès des combattants, car ceux de 14 ce fut aussi celles de 14, toute cette armée qui était un peuple, tout ce grand peuple qui devint une armée victorieuse, soient honorés au Panthéon", a déclaré le chef de l'Etat aux Eparges (Meuse), théâtre de combats dantesques en 1915.  

Je souhaite qu'ils franchissent ce seuil sacré avec Maurice Genevoix, leur porte-étendard.

Cette panthéonisation collective est une première même s'il existe déjà au Panthéon une plaque d'hommage aux Justes de France, qui s'étaient distingués en protégeant des Juifs pendant la Seconde guerre mondiale. Emmanuel Macron tenait à saluer aux Eparges la mémoire de Maurice Genevoix, l'un de ses écrivains préférés, qui y a été blessé et en a fait le récit saisissant dans son recueil Ceux de 14.  

Genevoix, un homme de lettres au cœur de la guerre

Ayant à peine fini ses études à l'École normale supérieure, le sous-lieutenant Genevoix du 106e régiment d’infanterie participe à plusieurs batailles dans la région de Verdun. 

Blessé en 1915, il réintègre l’École normale après une longue convalescence. Il se met à écrire pour témoigner "avec la volonté constante d’être véridique et fidèle".  C’est en 1949 que ces récits ont été réédités et rassemblés en quatre volumes, titrés Ceux de 14.

Ceux de 14 est considéré comme l’un des témoignages les plus importants sur la Grande guerre, par sa précision et ses qualités littéraires. Il y décrit le détail de la vie sous les bombes, dans les tranchées, toutes les sensations dont il se souvient.  Son premier écrit, Sous Verdun, paru alors que la guerre n'est pas terminée, sera en partie coupé. 

Maurice Genevoix, Ceux de 14, Sous Verdun, « Mercredi 9 septembre », Flammarion, 1916, réédition Points Seuil, collection « Grands romans », p. 45 à 47.
Maurice Genevoix, Ceux de 14, Sous Verdun, « Mercredi 9 septembre », Flammarion, 1916, réédition Points Seuil, collection « Grands romans », p. 45 à 47. © AFP / .

Comme témoin incontournable de la Grande guerre, il est porteur d'une vision que n'aurait pas dénié l'intellectuel pacifiste Romain Rolland. Maurice Genevoix a estimé que l'influence de Romain Rolland, qui avait publié le texte Au-dessus de la mêlée, contre la guerre entre Français et Allemands, s'est révélée marginale pour lui et ses hommes sur le terrain, par rapport à une réalité effroyable. C'est seulement dans un second temps, qu'il a pu rejoindre la pensée de Rolland.

Maurice Genevoix est aussi connu pour ses romans réalistes régionalistes et ses romans poèmes. En 1927 son Raboliot lui vaut le prix Goncourt. Il s'installe dans le Val-de-Loire. Élu à l'Académie Française en 1946, il en a été le Secrétaire perpétuel à partir de 1958. Il sera aussi parmi les premiers de la Société des artistes et poètes de France.

L'hommage de Bernard Marris

Cette entrée de Genevoix au Panthéon, au milieu des grandes figures de la Nation, était souhaitée par la famille de l'auteur de Raboliot, décédé en 1980.  "Maurice Genevoix s'est imposé petit à petit comme le porte-parole des soldats de 1914, donc à travers lui rentrent tous les soldats de 1914" (au Panthéon)", s'est réjoui Julien Larere-Genevoix, le petit-fils de l'écrivain.

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Julien Larère-Genevoix

Par Jade Peychieras

Bernard Maris, économiste et éditorialiste à France Inter, avant de disparaître dans l'attentat contre Charlie en janvier 2015, avait épousé  la fille de Maurice Genevoix. Il avait fondé avec elle l'association "Je me souviens de Ceux de 14". Dans son essai de 2013 L’Homme dans la guerre, Bernard Maris comparait Genevoix à un autre auteur capital pour la mémoire de la Grande guerre, l'écrivain allemand Ernst Jünger, auteur du livre D'orages et d'acier. 

La vérité des textes de Genevoix et de Jünger atteint parfois à celle d’Homère

"La vérité des textes de Genevoix et de Jünger atteint parfois à celle d’Homère, mais par des prismes différents, écrivait Maris [.... ] Sylvie souhaitait que par contraste la passion de son père pour la vie apparaisse au-delà de ses écrits de guerre, et que nous offrions au lecteur cette passion née du charnier et affirmée plus tard dans ses ouvrages qui furent autant d’odes à la nature, aux animaux, au vivant […] Et je souhaitais, grand lecteur des Chasses subtiles, que la pensée de Jünger dans ses écrits d’après la Deuxième Guerre, son amour de la nature et des forêts le fissent se rapprocher de l’auteur de La forêt perdue ou La dernière harde. Ainsi, il n’y aurait eu ni vainqueur ni vaincu."

Consultez les originaux des écrits de Maurice Genevoix sur le site Centenaire.

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