Popularisé à l'époque antique par les écrits du philosophe grec Platon, le mythe de l'île de l'Atlantide continue d'enflammer les imaginations, les hypothèses et la machine à fantasmes. À tel point que pour de nombreux passionnés, la frontière est extrêmement ténue entre mythe et réalité.

Statue de Poséidon au quai de Gagra en République d'Abkhazie sur les bords de la mer Noire
Statue de Poséidon au quai de Gagra en République d'Abkhazie sur les bords de la mer Noire © AFP / ALEXANDER VILF / SPUTNIK

Le géohistorien, Christian Grataloup, le producteur de l'émission "Le Cours de l'histoire", sur France Culture, Xavier Mauduit, et le philosophe et écrivain Roger-Pol Droit étaient les invités de Daniel Fiévet, dans l'émission "L'été comme jamais". Ils interrogeaient l'importance que pouvait représenter un mythe dans la construction d'une civilisation ancienne. Ils évoquèrent un instant comment le mythe de l'Atlantide avait contribué à affirmer la puissance de la civilisation grecque, notamment la puissance de la Cité-État athénienne. 

L'occasion de revenir sur les origines historiques et mythologiques des Atlantes, et pourquoi ils fascinent toujours autant aujourd'hui. 

Le mythe de l'Atlantide 

L'Atlantide et les Atlantes sont d'abord connus, dans l'imaginaire collectif, pour descendre de la mythologie gréco-romaine. S'il faut évoquer les protagonistes majeurs auxquels nous identifions la légende (ceux qui ont permis à celle-ci de perdurer jusqu'à aujourd'hui) : il faut nommer Platon et Diodore de Sicile, les deux penseurs antiques qui ont popularisé cette soi-disant "civilisation disparue". Quant aux personnages mythologiques essentiels qui portent avec eux l'Atlantide, nous verrons qu'ils sont au nombre de quatre dont les Atlantes eux-mêmes (sans compter leurs failles qui auront raison d'eux), Poséidon, Clito et Atlas. 

  • L'histoire 

Diodore de Sicile, historien grec du Ier siècle av. J.-C, consacre l'un de ses paragraphes aux Atlantes, dans son œuvre Bibliothèque historique (Livre III), dans lequel il rapporte une histoire universelle du mythe des Atlantes et véhicule une version dont la véracité demeure toujours une énigme aujourd'hui. Impossible de ne pas l'évoquer tant il est l'historien le plus proche à avoir écrit sur ce thème-là après le grand Platon (né vers 428 et mort en 348 av. J.-C.) dont le récit est la pièce-maitresse de ce que nous connaissons aujourd'hui sur le mythe. Comme le rappelle Roger-Pol Droit, "ce mythe du continent disparu figure dans le Timée et le Critias, deux des œuvres du célèbre philosophe athénien". 

Comme à son habitude, le philosophe grec fait parler son maître, Socrate, qui aurait rapporté une histoire vieille de neuf mille ans, prenant la forme d'un récit qui aurait d'abord été transmis au célèbre législateur athénien Solon (considéré comme l'un des sept sages de la Grèce et surtout, le père des institutions grecques au premier rang desquelles la Démocratie). 

C'est un prêtre égyptien qui, vers le début du VIe siècle av. J.-C, aurait raconté à ce dernier qu'une cité, ancêtre d'Athènes, aurait détruit il y a longtemps une très grande puissance maritime qui marchait impétueusement sur l'Europe et l'Asie, dont le cœur impérial se serait situé dans l'océan Atlantique, devant le détroit de Gilbraltar identifié à l'époque comme "les colonnes d'Héraclès" et formant un continent à part entière. Il évoque ainsi une puissance orgueilleuse qui aurait fini par être vaincue dans son expansion par les ancêtres des Athéniens, une défaite sévère qu'ils auraient subi, suivie d'un effroyable cataclysme perpétré par les dieux de l'Olympe pour punir définitivement les Atlantes de leur arrogance. 

  • La mythologie 

C'est là que la mythologie entre en jeu, comprenant avec elle toutes ses ramifications et les multiples interprétations qu'elle a suscitées au gré de l'histoire, moins par réelle croyance que par une réelle machine à fantasmes excitant l'imaginaire. 

Il faut savoir qu'à l'origine, d'après le mythe, lorsque les dieux de l'Olympe se partagent les terres primitives, c'est à Poséidon que revient le contrôle de cette île. Celle-ci est connue pour regorger d'un nombre incalculable de richesses naturelles, animales, minérales et végétales, ce qui lui vaut d'être toujours assimilée aujourd'hui aux nombreux "paradis perdus" tels l'Eldorado Inca, qui continuent à faire l'objet d'une quête indicible chez de nombreux historiens, géographes, ou autres passionnés. 

C'est sur cette île que Poséidon tombe amoureux d'une jeune orpheline, une mortelle Atlante avec qui il fera 10 enfants. L'aîné s'appelle Atlas. Ce dernier divise l'île en plusieurs secteurs de pouvoirs qu'il partage avec ses autres frères. Mais - et c'est là une des grandes contradictions qu'il existe dans le rapport hommes/dieux issu de la mythologie - en plus des atouts naturels dont est remplie l'île, viennent s'ajouter les dons de Poséidon qui offrent aux Atlantes la puissance maritime et l'opulence. 

Au début, les Atlantes font preuve d'une incomparable sagesse, s'efforcent de vivre honorablement et harmonieusement en édifiant une société exemplaire. Mais, très vite, le goût du pouvoir et de la richesse finissent par avoir raison de leur éthique et de leur pacifisme. Ils s'en prennent à la cité athénienne ancestrale qui leur afflige un premier sérieux revers. C'est ainsi que leur arrogance et leur esprit belliqueux aurait attiré sur eux la foudre des dieux de l'Olympe, rompant même leur culte pour Poséidon. Indigné par leur insolence, Zeus provoque l'ensevelissement fatal de l'éternelle Cité maritime. 

  • L'imaginaire, entre réalité et mythe 

Depuis Platon, l’Atlantide n’en finit pas d’exciter les passions. Même l'un des plus grands philosophes de l'Antiquité cède à la tentation, récupère le mythe et construit son propre imaginaire qui consiste à faire de l'Atlantide l'anti-Athènes. Le récit de cette cité légendaire permet à Platon de vanter les institutions de la Grèce, en particulier celles d'Athènes. 

Comme l'explique Roger-Pol Droit, "le mythe revient ensuite au XVIIe siècle avec Francis Bacon qui invente "la Nouvelle Atlantide", un Suédois qui s'appelait Olof Rudbeck en 1679 fait de l'Atlantide la patrie de la Scandinavie, le mythe de la race aryenne, nordique, etc

Les Atlantes n'ont jamais existé, sauf dans le rêve de ceux qui y croient

Certains les ont cherchés archéologiquement comme ils le peuvent et les Atlantes n'arrêtent pas d'habiter, même encore aujourd'hui, des bandes dessinées, la science-fiction, des films de fantaisie, des jeux vidéo (pensons à Assassin's Creed Odyssey dans laquelle l'étonnante cité est reproduite). 

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Ce à quoi Christian Gratalou ajoute que "l'Atlantide a aussi été une hypothèse pour essayer de dresser un pont géologique entre l'Amérique et l'Afrique quand on s'est aperçu, non seulement que les formes s'emboitaient, quand on a cartographié au XVIe siècle, mais que les roches étaient les mêmes lorsque le jésuite Athanasius Kircher, au XVIIe siècle, a montré que les roches étaient les mêmes au Brésil et en Afrique, déduisant une continuité géologique certaine qui pourrait placer l'île entre les deux continents".

 Gravure d’après une description d’Athanasius Kircher (1602-1680), prêtre jésuite allemand et scientifique.
Gravure d’après une description d’Athanasius Kircher (1602-1680), prêtre jésuite allemand et scientifique. © Getty / Print Collector / Contributeur

Jusqu'à aujourd'hui, nombreux sont les explorateurs et naturalistes convaincus qu’ils vont trouver la trace du continent englouti dans les profondeurs de l’Atlantique en rassemblant notamment des données géologiques présentes avec celles qui ont pu être signalées dans le récit platonicien. 

Aller plus loin

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