108 ans après le terrible naufrage, le Titanic continue de fasciner. Invités de La terre au Carré, l'océanographe Paul-Henri Nargeolet et l'archéologue Stéphane Pennec nous éclairent sur le destin de l'épave que certains jugent menacée.

L'épave du Titanic dans les Abysses
L'épave du Titanic dans les Abysses © Getty / James Cameron

Dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, le Titanic heurte un iceberg et sombre, provoquant la mort de 1500 âmes

En 1912 le Titanic prenait le fonds après avoir pércuté un iceberg
En 1912 le Titanic prenait le fonds après avoir pércuté un iceberg © AFP / Leemage

Sa carcasse et son "contenu" reposent par 3800 mètres de fond au large des côtes canadiennes de Terre-Neuve. Le destin tragique de ces voyageurs a été immortalisé en 1997 par le réalisateur James Cameron qui s'est passionné pour le Titanic. 

Titanic au cœur de l’épave, le documentaire de Thomas Risch, s'intéresse, quant à lui, aux incroyables expéditions parties à la découverte du paquebot .

La reine des épaves découverte en 1985 

Responsable d'expéditions et auteur d'une trentaine de plongées autour du Titanic, l’océanographe Paul-Henri Nargeolet répond aux questions de Mathieu Vidard. Et l'on apprend que l'on aurait pu ne jamais mettre la main sur l'épave.

"C'est une équipe franco-américaine qui a découvert l'épave, les principaux acteurs de cette expédition faisaient des essais de matériels pour l'armée américaine et pour l'Ifremer. Il faut rappeler qu'à l'époque, il n'y avait pas de GPS et les signaux SOS envoyés par le Titanic étaient loin d'être exacts… Les premières recherches effectuées n'avaient rien donné, la zone à sonder faisait tout de même 400 km2."

Aujourd'hui, la nature reprend ses droits sur le paquebot

Chaque plongée est l'objet de découvertes, on traverse un champ de débris et l'on prélève de nouvelles choses. Les dégâts sur la coque sont de plus en plus visibles.

Une ombre dans les profondeurs
Une ombre dans les profondeurs © Maxppp / Keystone

L'archéologue Stéphane Pennec n'a effectué qu'une seule plongée mais il se souvient avec émotion de cet incroyable moment : 

"On descend pendant deux heures dans une bulle de 2 mètres de diamètre en titane, on coupe les batteries pour économiser l'énergie. Il fait un noir profond et un silence total, quand on arrive au fond on remet les batteries et on allume les lampes… 

Lorsqu'on découvre enfin la coque du Titanic éclairée, le visage collé au hublot, c'est magique, exceptionnel ! 

La "Big piece", une partie de la coque, est exposée au musée de Las Vegas
La "Big piece", une partie de la coque, est exposée au musée de Las Vegas © Getty / Franck Mullen

Paysage sous-marin

Il faut savoir que la carcasse du paquebot est scindée en deux (plus de 600 mètres séparent la proue de la poupe), explique Mathieu Vidard, tout un écosystème s'est développé autour de l'épave. Des micro-bactéries capables de résister à des conditions extrêmes seraient responsables de son érosion et les plus pessimistes annoncent qu'il pourrait bientôt disparaître totalement.

Extrait du documentaire : 

En sombrant, le Titanic a déversé des milliers de bactéries, comme si la vie avait brutalement débarqué sur la surface lunaire.

"Un biologiste a plongé avec nous dès 1994, il a très vite pensé à la présence de bactéries sur l'épave et a alors installé des pièges à bactéries avec du film argentique. Aujourd'hui, on en est à 26 bactéries différentes observées. Ces grappes de bactéries (on les appelle Rusticles en raison de leur statut rustique) ressemblent à des stalactites capables de manger entre 300 et 500 kilos de métal par jour !" 

Il n'y a pas que les bactéries qui entament l'épave : "les courants fatiguent les tôles et participent à leur usure" explique l'océanographe. Mais face aux récits catastrophistes (certains annoncent la disparition de l'épave en 2030), il temporise… 

Lourde de 50 000 tonnes, la carcasse du Titanic n'est pas prête de disparaître.

Des objets prélevés et leur histoire  

Chaussures retrouvées dans l'épave du Titanic
Chaussures retrouvées dans l'épave du Titanic © Maxppp / Le dauphine

Plus de cent ans après le drame, des chercheurs continuent de prélever et d'analyser les traces du paquebot (sacs en cuir, documents papiers…). L'archéologue Stéphane Pennec témoigne : "Sur le Titanic, on a une conservation assez remarquable des matériaux organiques, tel papier, cuir, textile… dûe au fait que l'épave n'est pas si ancienne, et puis les valises, et les sacs en cuir les ont préservés". 

La partie prélevée est infime, c'est comme si on s'attaquait à un site énorme à la pince à épiler. 

"On comptabilise à peu près 7 000 objets remontés de l'épave" explique l'archéologue, "sur un bateau de cette taille-là, c'est très peu. De nombreux objets demeureront sur site. Les bactéries ne s'attaquent pas encore au verre ou à la céramique." 

Je me souviens d'un sac de charpentier contenant des outils, il ne restait que les manches en bois, la partie en acier avait disparu ! 

A-t-on retrouvé le manuscrit des Rubaiyat d'Omar Khayyam, s'interroge un auditeur. Les Rubaiyat (quatrains en arabe) sont d'illustres poèmes signés du poète persan du XIème siècle  

Stéphane Pennec : "On sait que ce manuscrit était à bord, malheureusement pour la culture mondiale, on ne l'a pas retrouvé." 

Objet retrouvé à bord du Titanic
Objet retrouvé à bord du Titanic © Getty / John Lamparski

Quelles traces des vivants ? 

Paul-Henri Nargeolet le confirme, il y avait des animaux à bord du Titanic : "Des chevaux de courses peut-être, un chenil avec de nombreux chiens en toute certitude". En revanche, pas de traces de restes de corps humains. "Au moment du naufrage, beaucoup de corps sont remontés à la surface, ceux restés coincés à l'intérieur de l'épave ont été soumis à une décomposition extrêmement rapide." 

Il n'y a aucune chance de retrouver des squelettes, mais on trouve des cuirs et leur contenu, le cuir ayant été traité chimiquement a résisté aux bactéries." 

Les deux chercheurs ont été profondément touchés par certains des objets qu'ils ont trouvés, Stéphane Pennec, plus particulièrement par des écrits.

Les cahiers, des poèmes, des lettres, parce qu'ils nous mettent en proximité avec leurs auteurs, c'est très émouvant.

Et par l'histoire d'un survivant  japonais : l'archéologue évoque le singulier destin de Masabumi Hosono, seul passager japonais à bord du paquebot qui réussit à atteindre un canot de sauvetage et à échapper à la noyade. Loin d'être perçu comme un héros à son arrivée au Japon, il fut au contraire déshonoré jusque dans les manuels scolaires. Une exposition réhabilita sa mémoire des années plus tard. 

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