Bave de crapaud, cœurs d'enfants morts, maléfices et chapeau pointu. Au-delà des clichés devenus chapelet d'images récurrentes et obsédantes, la sorcière a traversé le temps.

Sorcière
Sorcière © Getty / Eva Carollo

Aujourd'hui, les sorcières nous effraient-elles encore ? Non, tout au moins ceux qui ne croient pas un instant à leur réalité. Mais certains continuent à éprouver un mélange de crainte et de fascination bien naturel. Comme pour le loup, toute une littérature s'est édifiée dans notre imaginaire, et les siècles, sombres ou lumineux, n’auront pas apporté grand-chose, au fond, à cette histoire venue du fond des temps.

La Sorcière fabriquée par l'Inquisition

Avec moult détails, les chroniqueurs du temps ont rapporté les minutes des procès pour sorcellerie, mais qu’ont-ils vraiment dit des sorcières elles-mêmes ? Les aveux sous la torture n’ont depuis longtemps plus aucune valeur et l’Inquisition apparaît maintenant comme le plus sûr moyen de se débarrasser d’une puissance inquiétante, celle des femmes. La plupart des procès en sorcellerie se sont tenus entre 1580 et 1630, élaborant un stéréotype de la sorcière au XVIe siècle. Ce n'est qu'au début du XIXe siècle que disparaîtra l'Inquisition en France !

"La Sorcière" de Jules Michelet (1862)

Dans cet essai remarquable (ici en PDF) de l’historien le plus important du XIXe siècle, nous réussissons par empathie, à nous mettre à la place de ces femmes proches de la Nature.

"Nature les a fait sorcières — C’est le génie propre à la Femme et son tempérament. Elle naît Fée. Par le retour régulier de l’exaltation, elle est Sibylle. Par l’amour, elle est Magicienne. Par sa finesse, sa malice (souvent fantasque et bienfaisante), elle est Sorcière, et fait le sort, du moins endort, trompe les maux."

Jules Michelet approche le personnage de la femme avec curiosité et bienveillance, même si certains lui ont reproché trop de romantisme. L’auteur aborde même la belle idée d’une émancipation féminine qui ouvrirait un espace pour l’éclosion d’un nouvel humanisme.

Vraie ou fausse sorcière ?

Née à Paris aux alentours de 1640, Catherine Deshayes dite la Voisin, fut impliquée dans L’Affaire des Poisons qui défraya la chronique sous le règne de Louis XIV. Diseuse de bonne aventure, pratiquant des avortements illégaux, elle vendait ses potions « magiques » aux femmes de la haute-société et s’enrichissait de ce commerce. L’Affaire des Poisons signera sa fin puisqu’elle sera brûlée vive en 1680 ; une exécution relatée par Madame de Sévigné dans la correspondance qu’elle entretenait avec sa fille.

L'Affaire des Poisons, film de Henri Decoin en 1955
L'Affaire des Poisons, film de Henri Decoin en 1955 © Getty / Keystone France

"À cinq heures on la lia ; et, avec une torche à la main, elle parut dans le tombereau, habillée de blanc : c'est une sorte d'habit pour être brûlée. Elle était fort rouge, et on voyait qu'elle repoussait le confesseur et le crucifix avec violence…" (lettre du 23 février 1680)

Pour en savoir plus sur cette fameuse Affaire des Poisons, retrouvez l’émission Autant en emporte l’Histoire, ce dimanche 18 septembre 2016 à 21h, dans laquelle Stéphanie Duncan accueillera l’historien Jean-Christian Petitfils.

Vous pouvez écouter dès maintenant un extrait de la fiction, Louis XIV et l’Affaire des Poisons, d'Isabelle Polin qui sera également diffusée au cours de cette émission.

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