Pendant la guerre 14-18, la France et le Royaume Uni vont manquer de main d'œuvre. 140 000 ouvriers chinois sont recrutés et vont participer à l'effort de guerre dans les ports, les usines d'armement... jusque dans les tranchées qu'ils creusent et réparent.

Su Sen Kiou, travailleur chinois arrivé en France en 1917
Su Sen Kiou, travailleur chinois arrivé en France en 1917

Combler la pénurie de main d'oeuvre

En 1916 un accord est passé avec la Chine pour envoyer dans l'hexagone 140 000 ouvriers chinois. Environ 100 000 seront sous contrat avec les Britanniques, 40 000 avec la France. C'est le cas de Su Sen Kiou, grand-père de Philippe SU

Mon grand-père est né le 10 mars 1895 dans la province d'An Hui. Il a été recruté en avril 1917 à Pékin par le colonel Truptil. Et après 3 mois de voyage en mer, il rejoint la France pour ne plus jamais la quitter. A son arrivée, il est envoyé à l’usine d’armement de Bassens près de Bordeaux où il a travaillé comme manœuvre durant toute la guerre."

Contrat de travail de Su Sen Kiou à l'usine d'armement de Bassens (avril 1917)
Contrat de travail de Su Sen Kiou à l'usine d'armement de Bassens (avril 1917) © Radio France / Philippe Su

Parmi ces 140 000 travailleurs venus de Chine, certains n'atteindront pas l'Europe. C'est le cas de ces 543 Chinois morts noyés avec les membres d'équipage de l'Athos, paquebot torpillé par un sous-marin allemand en février 1917. Pour les survivants arrivés en Europe, c'est la guerre qui les attend. Car même si leurs contrats de travail stipulent que les travailleurs chinois n'ont pas à s'acquitter de tâches militaires, ils sont nombreux affectés au déminage, à la livraison d'équipements militaires et aux usines d'armement.

L'accord avec la France prévoit des contrats de 5 ans et un salaire d'1,50 franc par jour pour les ouvriers non-qualifiés (1/10ème du salaire ouvrier français de l'époque) et jusqu'à 6 francs pour les travailleurs qualifiés. Côté anglais, le contrat est de 3 ans pour un salaire d'1 franc par jour pour les non-qualifiés, 1,50 franc pour les qualifiés.

D'importants problèmes de communication surviennent comme le souligne Ma Li, maître de conférence à l'université du Littoral (Pas de Calais) dans l'ouvrage qu'elle a dirigé Les travailleurs chinois en France dans la Première Guerre mondiale

L'écrasante majorité ne comprenait pas les ordres donnés. Pour que les ouvriers se pressent, les officiers anglais hurlaient "Go! Go! Go!"  ce qui en mandarin signifie "Chien ! Chien! Chien!" et a donné lieu à des grèves, à des incidents entre Chinois et Anglais

Des travailleurs interdits de tout contact avec la population locale, gardés dans des camps à Boulogne-sur -Mer, Saint-Omer, Calais, Dunkerque. Leurs allées et venues sont contrôlées. Des arrêtés militaires français interdisent même "l'accès des estaminets aux travailleurs indigènes chinois".

Selon les autorités françaises 1500 travailleurs seraient décédés pendant la première guerre mondiale. 2000 côté britannique. Un chiffre critiqué par Ma Li qui déplore la disparition de 27000 travailleurs chinois. Ils sont plus d'un millier enterrés dans dix-sept cimetières du nord de la France. Tous entretenus par la Grande-Bretagne...

A la fin de la guerre, ils ne sont que 2000 à demeurer en France. C'est le cas de Su Sen Kiou qui recevra la médaille commémorative de la Grande Guerre en 1920 et épousera une Alsacienne qui lui donnera 5 enfants. 

Le brevet de la médaille commémorative de la Grande Guerre reçue par Su Sen Kiou en 1920
Le brevet de la médaille commémorative de la Grande Guerre reçue par Su Sen Kiou en 1920 © Radio France / Philippe Su
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