Une chercheuse pense avoir percé le mystère de l'origine des ibis de l'Égypte antique, retrouvés momifiés par millions dans les sépultures des hauts dignitaires égyptiens.

Une scène du Livre des morts, montrant le dieu à tête d'ibis Thot, maître des écrits et du savoir. Il constate le résultat de la pesée des âmes, au moment de la mort.
Une scène du Livre des morts, montrant le dieu à tête d'ibis Thot, maître des écrits et du savoir. Il constate le résultat de la pesée des âmes, au moment de la mort. © Musée égyptien (journal Plos One)

Plus de 2 000 ans après sa chute (autour de 30 avant J.C), l'Égypte antique continue d'intriguer les scientifiques du monde entier. Dernier mystère en date : l'origine des ibis sacrés, retrouvés en très grand nombre dans les sépultures de l'époque. 

Des millions d'ibis momifiés dans les nécropoles antiques

C'était une habitude pour les hauts dignitaires de se faire enterrer avec de nombreux objets et animaux : chats, crocodiles, souris mais aussi, donc, ces fameux ibis sacrés. Les volatiles au long bec, emblèmes du dieu Thot (dieu des Lettres et de la Justice), devaient permettre d'obtenir la faveur des Dieux au moment du passage dans l'Au-delà. Entre 450 et 250 avant Jésus-Christ, le sacrifice d'ibis sacrés est à son apogée : on retrouvera ainsi quatre millions d'ibis momifiés dans la nécropole de Tuna El Gebel, un million 750 000 dans celle de Saqqara. 

Les ibis retrouvés dans les nécropoles avaient deux "fonctions" : soit pour accompagner une prière à Thot, soit pour vénérer ce dieu. Dans le premier cas, ils étaient sacrifiés (souvent par milliers). Dans le second, ils n'étaient momifiés qu'après leur mort naturelle.

Mais comment les Égyptiens se sont-ils procuré autant d'oiseaux sauvages ? Étaient-ils domestiqués, élevés à échelle industrielle ? Les faisait-on venir de tout le pays ? Les Égyptiens pratiquaient-ils la chasse intensive ? Après plusieurs hypothèses évoquées, une équipe de chercheurs pense avoir trouvé la réponse dans les gènes des oiseaux.

Squelette d'ibis égyptien retrouvé momifié
Squelette d'ibis égyptien retrouvé momifié / Revue Plos One

Ni complètement sauvages, ni complètement domestiqués

Pour trancher entre toutes ces théories, Sally Wasef, chercheuse à l'université Griffith en Australie, est partie de l'ADN des oiseaux momifiés. Dans le cas d'un élevage industriel, elle s'attendait à trouver une faible diversité génétique, puisque la reproduction aurait eu lieu avec un nombre restreint d'oiseaux au départ. 

Or, c'est le contraire que la chercheuse a découvert : une diversité génétique semblable à celle d'aujourd'hui, comparable à une population d'ibis sauvages. L'hypothèse serait donc qu'à côté des temples, là où précisément se trouvent les points d'eau (lacs ou zones humides), les oiseaux venaient boire. Ils auraient été "encouragés" à venir massivement vivre autour de ces zones, maintenus par un nourrissage régulier des Égyptiens. Ces concentrations temporaires d'ibis auraient ainsi permis de disposer d'un grand nombre de volatiles prêts à être sacrifiés le moment venu.  

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