Guy Bedos était l’invité d’une matinale où il était beaucoup question de RDA mais aussi du "foulard islamique" de Creil. 30 ans après la chute du Mur de Berlin, nous vous faisons revivre le fil de cette journée particulière sur l’antenne de France Inter, du matin 07h, jusqu’à l’annonce officielle confirmée à 20h.

Une journée pas comme les autres sur l'antenne d'Inter : réécoutez (une partie) des programmes du 9 novembre 1989, jusqu'à 20 heures et l'annonce officielle de la Chute du Mur de Berlin.
Une journée pas comme les autres sur l'antenne d'Inter : réécoutez (une partie) des programmes du 9 novembre 1989, jusqu'à 20 heures et l'annonce officielle de la Chute du Mur de Berlin. © Radio France

C'est en fin de journée, entre 19h et 20h, que les urgents de l'agence officielle est-allemande ADN, puis de l'AFP ont commencé à annoncer l'ouverture du mur "sans délai". Sur France Inter, l'annonce officielle, confirmée, est relayée à 20h. Parce que nous célébrons cette année le trentième anniversaire de la chute du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989, nous nous sommes plongés dans les bandes d’archives de France Inter et donc dans l’actualité de ce jour particulier ; du petit matin, jusqu’au flash de 20h.  

“Allemagne de l’Est : les changements au sprint”

07h00. Le "Nicolas Demorand" de l'époque s'appelle Jacques Pradel. Il lance le journal, présenté par Denis Astagneau. Dès les premières heures de la journée, l’Allemagne de l’Est fait déjà la “une”. Le présentateur détaille les récents changements à la tête du pays : “Les changements au sprint, Egon Krenz (chef du Parti socialiste) fait le ménage à la tête du pays et nomme un réformateur comme Premier ministre”. Quelques minutes plus tard, on découvre ainsi le “visage de la réforme sinon de la révolution démocratique” en RDA, avec cette nomination de Hans Modrow en remplacement de Willi Stoph. “Partisan de Gorbatchev”, il mêle “autocritique, émotion et réforme”, et “donne un coup de balai à la vieille garde”.

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Denis Astagneau : "Allemagne de l'Est, les changements au sprint"

Par France Inter

Le journaliste évoque la possibilité d’élections libres et les manifestations, dont la reporter à Berlin, Laurence Simon, fait le compte-rendu. Dans ce même journal, France Inter raconte aussi l’arrestation d’un pyromane de Renault 2CV, un ferrailleur qui aurait incendié une centaine de voitures en 15 ans et alimente le débat sur la réforme des PTT : “P d’un côté, T de l’autre ; le projet veut séparer la Poste des Télécoms, les syndicats protestent déjà”, détaille Denis Astagneau.

07h12. C'est l'heure de la météo. René Chaboud prévoit pour ce jeudi matin “un ciel clair et de belles éclaircies”, peu de vent mais “des températures fraîches au petit matin”.

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Jacques Pradel : "Bientôt 07h14 minutes, bonjour, bon réveil"

Par France Inter

07h15. Jacques Pradel fait l’éphéméride. “313e jour de l’année, nous fêtons les Théodores, les Ted, Teddy ; c’est plus moderne. Si vous en avez autour de vous, vous pouvez leur dire qu’ils sont originaux et aimables (...) Un bon anniversaire au passage à Raymond Devos”. Avant de lancer le “dicton du jour” (on vous laissera juge) : “Mieux vaut boire le lait que manger la vache”. Une fois n’est pas (ou plus) coutume, il lance une chanson… d’Annie Cordy.

Egon Krenz (à droite) et Hans Modrow (à gauche) trinquent mi-novembre 1989 après la nouvelle coalition formée à l'Est.
Egon Krenz (à droite) et Hans Modrow (à gauche) trinquent mi-novembre 1989 après la nouvelle coalition formée à l'Est. © AFP / Patrick Hertzog

07h30. Second journal : Hans Modrow, “dernière carte” du régime Est-allemand toujours à la “une” de l’édition présentée par Annette Ardisson. L’éventualité de l’organisation d’élections libres sont évoquées par le reporter d’Inter : “un moyen efficace, le seul peut-être, de convaincre les Allemands de l’Est de la sincérité des intentions de leurs dirigeants et d’arrêter l’exode qui fait que la RDA est un pays exsangue” estime-t-il. “Quand le foulard devient l’objet de tous les débats à l’Assemblée nationale”, relate encore la journaliste, alors que l’affaire des jeunes filles voilées de Creil, survenue à la rentrée 89, agite toujours la sphère politique.

On a l’impression qu’il n’y a plus un pays communiste qui veut être communiste.

07h50. Signe que la guerre froide n’est pas tout à fait terminée, une chronique nommée Est/Ouest est diffusée juste avant le journal de 08h. Elle donne la parole aux deux correspondants de Radio France, à Washington et à Moscou. Priorité aux États-Unis, où Jean-Luc Hees raconte, par liaison téléphone, le difficile sort du Parti communiste américain. “Comment voulez-vous recruter des marxistes convaincus et prêcher pour la lutte finale en Amérique alors même que l'Empire communiste est en train de s’effondrer ?”, interroge-t-il.

Invité d’Inter-Matin ce jeudi, Guy Bedos commente cette actualité : “Ces temps-ci, on a l’impression qu’il n’y a plus un pays communiste qui veut être communiste, c’est quand même très troublant”, juge l’humoriste. “Il paraît que Honecker a expulsé des gens avant de partir... On n'a jamais vu des expulsés courir aussi vite”, ajoute Guy Bedos. Tandis qu’en URSS, Ulysse Gosset raconte ensuite les avis de recherches publiés dans la presse soviétique, face à la hausse de la criminalité en Russie. “S’ils deviennent comme nous, ils vont attraper nos défauts”, raille Guy Bedos.

Le comédien Guy Bedos, en 1989.
Le comédien Guy Bedos, en 1989. © AFP / Patrick KOVARIK

08h00. Troisième édition de la matinale. “Pendant l’exode, la rénovation continue”, accroche Gérard Courchelle dans ses titres. “Dès hier matin, France Inter annonçait que ça irait vite en Allemagne de l’Est, c’est le cas” confirme-t-il alors que le chancelier allemand de l’Ouest Helmut Kohl, le président français François Mitterrand et l’opposant Jacques Chirac prônent la réunification. “C’est drôle parce que les gens ne sautent jamais le mur dans l’autre sens” réagit encore Guy Bedos. Le journal fait aussi une nouvelle fois large place au débat sur le foulard islamique et aux réactions dans la société civile.

08h30. La revue de presse de Nina Sutton évoque “l’homme du jour”, David Dinkins, fraîchement élu maire de New York, le premier maire noir de la ville tandis que “les manchettes sur la RDA fleurissent à la ‘une’ de presque tous les journaux”, détaille la journaliste.

09h00. Après le flash de Luc Lemonnier, évoquant notamment le 19e anniversaire de la mort de Charles de Gaulle, la voix rauque de Jacques Chancel ouvre le bal des programmes de la journée. Son émission “Écran total”, qui décortique les programmes TV, est consacrée ce matin-là à Sacha Guitry. Discussion hors du temps avec Jean-Claude Brialy, Pierre de Tartas et Arletty.

11h30. Claude Villers et Luis Rego souhaitent “Bienvenue au paradis” au dessinateur Siné, leur invité du jour. "Je crains qu'ils veuillent nous ressembler et qu'ils tombent dans la même merde que nous et ça ne va pas les arranger", juge-t-il à propos de la situation dans les pays de l'Est. 

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Claude Villers à Siné : "Vous êtes communistes, que pensez-vous de ce qu'il se passe à l'Est"

Par France Inter

“Tous les jours, il se passe quelque chose en Allemagne de l’Est”

13h00. Claude Guillaumin présente le journal de la mi-journée. “Il faudrait des minutes et des minutes dans chaque journal tous les jours pour donner les opinions des uns et des autres”, explique-t-il, au sujet du débat sur le voile. Le philosophe Alain Finkielkraut est son invité, furieux d’avoir été, selon lui, “diffamé” par le ministre de l’Éducation Lionel Jospin, alors qu’il avait appelé à faire interdire le foulard islamique à l'école, “sous-entendu qu’un homme de droite est quelqu’un atteint de préjugés anti-arabes. Il a isolé une phrase de son contexte : c’est de la diffamation”, s’insurge le philosophe. Un air de déjà entendu.

Il paraît que des athlètes de RDA se dopaient

Tous les jours, il se passe quelque chose en Allemagne de l’Est”, s’étonne par ailleurs le présentateur du journal, évoquant les récentes évolutions, avant de laisser la place aux aveux d’un quotidien est-allemand : “Il paraît que des athlètes de RDA se dopaient. (...) À vrai dire, il suffisait de voir telle lanceuse de poids ou telle nageuse pour penser ou bien que la nature avait bien fait le choses, ou bien que quelques sorciers de laboratoires étaient passés par là”, présente-t-il.

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Journal de 13 heures : "Tout les jours, il se passe quelque chose en Allemagne de l'Est"

Par France Inter

Christian Bindner enchaîne pour les explications : “Jusqu’à ce jour, un seul cas avait été prouvé officiellement (...) Il y avait bien sûr ces nageuses aux énormes biscoteaux, ces lanceuses avec lesquelles vous n’aviez pas envie de danser le tango, mais après tout la beauté et la grâce ne sont pas des ingrédients obligatoires pour les sports de compétition, même chez les dames ; les sportives de l’Ouest ne sont pas très féminines non plus, certaines Allemandes de l’Est sont aussi tout à fait jolies”. Remarques… d’un autre temps. “En tout cas, on ne peut pas se fonder sur l’aspect physique d’un sportif pour dire s’il se dope ou pas”, explique le journaliste. 

17h00. Revoilà Jacques Chancel. Entretien fleuve, dans Radioscopie, avec l’écrivain Jacques Lacarrière, adepte des récits de voyages. Ils y parlent pêle-mêle éoliennes, ballons dirigeables, extraterrestres et boogie woogie (oui, oui).

Décidément, ça va de plus en plus vite

19h08. En plein Inter-soir, dont le titre d'ouverture portait sur un scandale de veaux dopés aux anabolisants, Patrice Bertin interrompt le cours de son journal pour une minute inattendue : “Décidément, ça va de plus en plus vite en Allemagne de l'Est. J'apprends à l'instant que tous les Allemands de l'Est qui le désirent sont officiellement autorisés à passer en Allemagne fédérale par la frontière commune avec la RDA. Si cette nouvelle était confirmée dans les minutes qui viennent, ce serait quasiment la fin du mur de Berlin… Les Allemands de l'Est sont apparemment et officiellement autorisés à passer en Allemagne fédérale par la frontière commune avec la RDA.” 

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Journal de 19 heures : "Tous les Allemands de l'Est qui le désirent sont officiellement autorisés à passer en Allemagne fédérale par la frontière commune"

Par France Inter

20h00. Denis Lemarié lance, d’un ton grave en ouverture de son flash : “Historique, l’Allemagne de l’Est annonce ce soir l’ouverture totale de ses frontières pour les candidats à l’émigration avec la RFA et Berlin-Ouest tant pour les candidats à l’exil que pour les voyages privés. La mesure est effective immédiatement. L’un des membres du nouveau bureau politique vient de l’annoncer, en clair c’est la fin du Mur de Berlin qui est annoncée ce soir.

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Flash de 20 heures : "C’est la fin du Mur de Berlin qui est annoncée ce soir"

Par France Inter

Le présentateur du flash lance un autre journaliste, Fabrice Le Quintrec qui lit le communiqué officiel du gouvernement est-allemand. “La police a reçu instruction de délivrer immédiatement des visa pour des départs définitifs, il ne sera plus nécessaire de réunir les conditions exigées jusqu’à présent”, relate-t-il une heure après l’annonce publique en Allemagne. Il explique également que les départs “pourront se faire par tous les postes frontaliers” de la RDA et le secteur occidental de Berlin. “Une nouvelle loi va être préparée par les autorités de République démocratique allemande, mais en attendant c’est cette réglementation très libérale qui va s’appliquer.

20h02 et 30 secondes. Sur France Inter et à Berlin, le Mur est tombé.

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