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G Phiipe © Radio France

Il pourrait encore être en vie, Gérard Philipe.

Peut-être serait-il encore en scène, qui sait, dans "le Roi Lear"?

Avant de mourir, le comédien avait comme projet d'incarner "Hamlet" sous la direction de Peter Brook. Fatigué, malade, on lui avait ouvert le ventre, mais devant l'étendue du cancer, le chirurgien avait refermé sans opérer. Anne Philipe avait choisi de ne rien dire à son mari. Gérard Philipe pensait donc se remettre lentement et travaillait, lisait. Il s'est éteint chez lui à presque 37 ans.

Aujourd'hui encore, celles et ceux qui l'ont connu parlent de lui avec admiration et émotion. Trintignant imite son ton chantant dans "le Cid" et les mouvements élégants de ses bras. Jeanne Moreau loue son charme et sa beauté. Tous se souviennent de son travail acharné (le TNP l'a sans doute épuisé) et de son sens des autres et du combat. Il créa le syndicat des acteurs qu'il présida et défendit, comme compagnon de route, des idées communistes. Montand rappelait que Gérard Philipe, de retour de Pologne, en 1954, avait averti ses amis de son choc face à la misère du peuple de Varsovie, face à la réalité du socialisme. A l'époque, personne ne l'avait écouté.

Retrouvez ci-dessous l'hommage de son "patron", Jean Vilar, tel qu'il le rendit au Palais de Chaillot, devant les spectateurs, trois jours après sa mort, le 25 novembre 1959.

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Mesdames,

Messieurs,

Gérard Philipe n’est plus.

Dans cette terre qu’il aimait, proche de cette Méditerranée qui le vit naître, voilà qu’il repose depuis la tombée du jour.

La Mort a frappé haut. Elle a fauché celui-là même qui pour nos filles et nos garçons, pour nos enfants, pour nous-même exprimait la vie.

Il reste à jamais gravé dans notre mémoire.

Travailleur acharé, travailleur secret, travailleur méthodique il se méfiait cependant de ses dons qui étaient ceux de la grâce.

Il reste un des plus purs visages de notre métier.

Il était loyal. Cela aussi, comment l’oublier ? Il était fidèle.

Fidèle à ses engagements du premier jour. Quoiqu’il advint. Quoiqu’il advienne. Cette fidélité de lui à nous, de nous à lui, seule la ort pouvait la rompre. Elle l’a fait.

Cependant il nous faut continuer, c’est une loi de notre métier et ce sera la meilleur hommage à sa mémoire.

Que la minute de silence à laquelle je vous convie ce soir soit le témoignage de notre tristese, de notre deuil.

__ Jean Vilar

Et pour entendre Vilar:

http://www.regietheatrale.com/index/index/thematiques/jean-vilar-hommage-a-gerard-philipe.html

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