Alors qu'une start-up américaine vient de fabriquer de la viande à base d'air, on vous propose un petit saut dans le passé. Quand un fameux "steak de pétrole" faisait la Une de la presse française au beau milieu des années 1970.

Le "steak de pétrole" une utopie que les dinosaures nous envient ?
Le "steak de pétrole" une utopie que les dinosaures nous envient ? © Getty / Diane Labombarbe

Fabienne Chauvière vous en parlait dans Les Savanturiers : la viande artificielle fabriquée à partir d'éléments que l'on trouve dans l'air (gaz carbonique, oxygène, azote) existe. C'est ce que clame la compagnie californienne baptisée "Air Protein". Des experts ayant déclaré que fabriquer de la protéine à partir d'air dans ces conditions était une chose plausible, il ne reste plus qu'à attendre que la mise en vente sur le marché soit donnée (ou pas) ? 

En attendant qu'un tel steak, sans doute léger comme une plume, arrive dans nos assiettes, revenons sur le steak des Trente Glorieuses, au goût d'hydrocarbure peut-être. Un steak étendard d'une époque où le pétrole s'invitait jusque dans nos gamelles, avant de disparaître aussi vite qu'apparu (passage de la crise oblige) laissant sur son passage quelques interrogations. 

Le "steak de pétrole" : une utopie victime de la crise pétrolière ? 

Et si on fabriquait des protéines alimentaires à partir de pétrole ?

C'est peu ou prou ce qu'aurait proposé le directeur scientifique de BP à un de ses chercheurs vers la fin des années 50. Et de là commence une aventure scientifique digne des plus grands romans d'anticipation. 

L'idée est d'isoler des levures qui se nourrissent d'hydrocarbures. Pari réussi pour cette équipe fournie par le CNRS et financée par BP puisqu'au bout de trois ans, ils ont réussi à cultiver des levures contenant jusqu'à 60% de protéines et qui vont être destinées à l'alimentation animale. En 1968, la première usine au monde capable de produire 16 000 tonnes de protéines de pétrole par an est construite à Lavéra, près de Fos-sur-Mer, et deux autres voient le jour en Italie.

Par abus de langage, ces POUP (protéines unicellulaires d'origine pétrolière) sont rebaptisées "steak de pétrole". 

Destinées à l'alimentation animale mais pas que... comme en témoigne ce reportage réalisé à Martigues où un boulanger mitonne ses galettes de pétrole. 

Il semblerait que pour tout le monde, les protéines de pétrole vont régler la fin dans le monde. 

Malgré l'enthousiasme qu'il soulève, le steak "POUP" connait pourtant une fin brutale. En 1976, l'entreprise BP annonce qu'elle fermera son site de Lavéra, ainsi que ceux d'Italie. La raison invoquée officiellement ? L'augmentation des coûts de fabrication suite au premier choc pétrolier. 

Officieusement, l'arrêt de la production serait due au cartel du soja qui aurait vu d'un mauvais œil ce potentiel concurrent de grande envergure. Un mal pour un bien ? 

Viande artificielle : où en est-on aujourd'hui ?

On nous le répète assez, l'avenir de notre alimentation telle qu'elle est aujourd'hui (dans les pays occidentaux) est en péril. Pour faire court, trop de bouches à nourrir, une production de viande qui consomme trop d'énergie et est trop polluante. Et ce, sans parler des questions éthiques que soulève la consommation de viande, vis-à-vis du bien-être animal.

En somme, si l'Homme veut continuer à utiliser son Laguiole pour s'en mettre sous la dent, il serait temps de trouver des alternatives à la Charolaise ou la Limousine. Dans ce but, plusieurs expériences de viandes artificielles ont été menées depuis les années 90. 

Le premier "steak in vitro" est néerlandais, et il fait son apparition en 2013. Surnommé le "Frankenburger", sa fabrication à partir de cellules animales coûte plus de 250 000€. Mosa Meat, l'entreprise derrière cette invention, espère réduire les coûts de fabrication à 10€ par hamburger.

Une commercialisation serait envisagée d'ici à 2021. 

Au-delà de la question des coûts, ce steak artificiel répond-il aux attentes de ceux qui espèrent voir la population bovine moins décliner sur les années à venir ? Ou de ceux qui souhaitent que la production de viande impose moins son impact environnemental ? Sans compter ceux qui se méfient tout simplement d'une alimentation fabriquée de toutes pièces dans des laboratoires ? 

Il semblerait que non, car pour l'instant pour obtenir cette tranche de "fausse viande" il est nécessaire d'utiliser du sérum de veau fœtal. Un élixir qui nécessite de continuer à abattre autant de vaches qu'aujourd'hui pour la production traditionnelle. 

Une récente étude dévoilait par ailleurs que son impact environnemental ne serait pas des moindres. Le steak in vitro plus polluant que son contemporain de chair et de sang ? Quel avenir dans nos assiettes ? 

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