Face à la crise, le gouvernement devrait annoncer bientôt des investissements à l'hôpital pour réaménager et rééquiper les locaux. Un vrai sujet, car si l'hôpital souffre d'abord de ses effectifs, il souffre aussi, pour certains établissements, de locaux vétustes et négligés.

L'hôpital Beaujon, à Clichy, a été construit en 1935. Il doit être transféré d'ici dix ans dans des locaux flambants neufs
L'hôpital Beaujon, à Clichy, a été construit en 1935. Il doit être transféré d'ici dix ans dans des locaux flambants neufs © AFP / Stéphane de Sakutin

À l'hôpital Beaujon, dans le nord de Paris, le Professeur Philippe Levy nous fait visiter son service de pancréatologie, au 5e étage. En janvier prochain, ce service déménagera au 4e, dans un espace réaménagé, et d'ici 10 ans, l'établissement tout entier doit être transféré dans des locaux flambant neufs qui réuniront les services de l'hôpital Beaujon et de l'hôpital Bichat, installé en face, Porte de Saint-Ouen, de l'autre côté du périphérique. 

Il n'empêche. Philippe Lévy ne décolère pas. Depuis des années, il alerte l'administration sur l'état délabré de son service et l'an dernier, il a même écrit et rendu publique une lettre adressée à sa direction ? Dans cette lettre, il pointait l'état des fenêtres, tellement abîmées qu'elles laissaient passer l'air. Pas de chauffage d'appoint, les chambres, en hiver, étaient par conséquent glaciales. Il explique même qu'une de ses patientes, en fin de vie, ne pouvait même pas lire dans son lit, tant elle avait froid aux mains. 

Un an plus tard, les fenêtres ont été réparées, on a mis des joints. En ce début de mois de novembre, il fait bon à l'étage, mais l'état de son service préoccupe encore le chef de service, qui nous montre d'abord les vitres de son bureaux : "De ce bureau, on a une vue magnifique sur la Tour Eiffel et sur le Tribunal de Justice, dommage qu'on ne voie pas à travers ! 

Les vitres sont opalescentes à force d'être sales. Elles sont lavées moins d'une fois par an.

Des vitres peu entretenues et qui ne laissent pas tellement passer la lumière
Des vitres peu entretenues et qui ne laissent pas tellement passer la lumière © Radio France / Véronique Julia

Dans ce service, on trouve pourtant des patients lourds, soignés pour des cancers graves, ils passent souvent des semaines à cet étage, et certains y finissent leur vie. "Une famille de Roms est venue il y a quelque temps pour la grand-mère malade, ils sont restés un petit moment, et puis ils sont repartis en nous disant qu'ils ne pouvaient pas rester, qu'ils avaient beau habiter dans une roulotte, c'était plus confortable qu'ici !" ironise le Professeur.

Pour Philippe Lévy, les conditions d'accueil ici sont indignes. Le lino au sol est déchiré par endroits dans les chambres, et certains partagent une douche pour huit... et quelle douche...

Elle fait un demi mètre carré, elle est en plastique, pas de barre pour se tenir, pas d'anti-dérapant au sol, et des cartons tout autour car on ne sait pas où les mettre. 

Et si l'hiver on a moins froid, l'été, il fait 40 dans certaines chambres. Les films anti-réfléchissants réclamés pour les fenêtres n'ont pas été livrés. 

Bien sûr, tout n'est pas totalement délabré, ici. Mais Philippe Levy est las de constater que finalement, rien n'est régulièrement surveillé en termes de maintenance. Il faut toujours réclamer, encore réclamer, sans toujours être entendu. "Les services techniques sont de très bonne volonté, mais ils sont comme nous : _ils n'ont pas de moyens, ils ne sont pas assez nombreux, n'ont pas assez de crédits pour faire les travaux_. Donc on va pourrir sur pied".

Un manque de confort qui nuit au patient et qui atteint aussi les personnels. Pour Philippe Lévy, ça donne un sentiment d'abandon et ça participe au découragement des équipes...

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