Un homme se présentant comme naturopathe a été placé en garde à vue mercredi à Paris. L'un de ses clients, atteint d'un cancer, est mort de la maladie. Le praticien lui conseillait de la traiter avec des huiles essentielles, des jus de fruits, et en jeûnant.

Flacons d'huiles essentielles, novembre 2019
Flacons d'huiles essentielles, novembre 2019 © Radio France / Nelly Sorbier

L'adresse se transmet discrètement, par bouche-à-oreille, entre ceux qui cherchent un peu de bien-être et d'autres qui ne croient pas ou plus en la médecine traditionnelle : un homme se présentant comme naturopathe et installé dans le Val-de-Marne, s'occupe des maux des clients, pour 60 à 100 euros la consultation, physique ou à distance. Avec pendule si nécessaire. Paiement possible en espèce ou en cadeaux.

En décembre 2018, l'un des clients de cet homme est décédé d'un cancer. Est-ce d'avoir voulu trop croire en ces promesses ? Toujours est-il que sa compagne a porté plainte et que le "praticien" a été placé en garde à vue mercredi 3 juin à Paris, dans le cadre d'une enquête menée par le groupe "santé" de la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP). 

Alors que le patient l'avait contacté pour un cancer du testicule, en mars 2017, le prétendu naturopathe lui avait prescrit un traitement fait d'huiles essentielles, de jeûne et de consommation de jus de fruits.

Un jeûne pour éliminer l'eau des poumons

Quelques temps après avoir entamé ce traitement, le malade appelle le naturopathe, inquiet : ses médecins (conventionnels) ont trouvé de l'eau dans ses poumons… La réponse du naturopathe est sans appel, selon une source proche du dossier : le quadragénaire n'a tout simplement pas bien suivi ses recommandations, et devrait faire un jeûne supplémentaire. L'homme finira par décéder un an et demi plus tard, en décembre 2018, après que la maladie se soit propagée au cerveau et aux poumons. 

Lors de son interrogatoire, le "praticien" a pourtant persisté et mis en avant un diplôme de scientifique d'une grande université américaine. Selon lui, si le patient est décédé, c'est tout simplement parce qu'il n'a pas suivi ses consignes. 

Possibles suites judiciaires

Alors que les généralistes constatent une désertion de leurs cabinets, en cette période d'épidémie, des malades pourraient être tentés d'avoir recours à des thérapies alternatives. Si certaines ont des effets qui peuvent s'avérer bénéfiques, de nombreuses maladies nécessitent une prise en charge médicale traditionnelle

Le premier engagement du code de déontologie du naturopathe le stipule clairement : celui-ci doit "exercer sa profession dans le respect total de l’intégrité physique et morale de la personne". La charte précise également que "les techniques naturopathiques ne sont ni des pratiques médicales, ni une idéologie mais des pratiques s’inscrivant prioritairement dans le domaine de la prévention, de l’accompagnement et plus généralement, du bien-être".

Toute la question qui se pose aujourd'hui est celle de la liberté de choix du patient, qui avait notamment refusé une ablation du testicule. A-t-il agi en toute conscience ? A-t-il été prévenu par le praticien des dangers qu'il encourrait ? Libéré après sa garde à vue, le naturopathe pourrait avoir à s'expliquer devant la justice. Le parquet réfléchit aux suites à donner à cette affaire. Il risque des poursuites pour exercice illégal de la médecine, voire pour homicide involontaire.  

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.