Pour sa troisième édition l’Open museum du palais des Beaux-Arts de Lille a confié au dessinateur Zep une carte blanche pour convaincre de nouveaux publics de fréquenter le musée.

L'openmuseum #3 à Lille
L'openmuseum #3 à Lille © Palais de Beaux-Arts de Lille

Pour sa troisième édition l’Open museum du palais des Beaux-Arts de Lille a confié au dessinateur Zep une carte blanche pour convaincre de nouveaux publics de fréquenter le musée. Tout est réuni pour que le pari soit tenu. Dans un tableau au pied d’une austèreDescente de la croix de Rubens, la main de Zep donne sa version animée : les modèles enchevêtrés et fatigués de poser finissent par s’invectiver et chuter face au peintre ! C’est l’un des clins d’œil du père de Titeuf à la peinture du XVIIe siècle. Quand le palais des Beaux-Arts de Lille lui a proposé une carte blanche, le dessinateur a d’abord eu peur devant l’importance et la richesse de la collection. Il a failli capituler face à la taille imposante du bâtiment, construit à une époque où l’on venait au musée avant tout pour se montrer.Mais il a décidé de relever le défi : comment son dessin de la taille d’une case pourrait-il dialoguer avec des toiles de maîtres grand format ? En une vingtaine de vidéos, soixante-cinq dessins originaux, et quelques pastiches, Zep relit les œuvres d’art et pose de bonnes questions : pourquoi passe-t-on d’un style à un autre ? Comment retrouver le mode de lecture de ces œuvres vieilles de plusieurs siècles ? Zep ne se prend pas pour un historien de l’art mais pratique plutôt le pas de côté humoristique . Il incite le visiteur à en savoir plus. Il aborde les courants, les typologies (les vanités, les natures mortes etc) mais aussi la petite cuisine de la peinture : les pigments (le bleu avec de la myrtille, le violet avec des framboises etc…) les commandes aux artistes, et leur conséquence sur l’œuvre d’art… Et finit par donner sa définition du néo classicisme : « C’est le retour du beau, du grandiloquent, des corps musclés, des drapés puissants et des guerriers tous nus ». On retrouve sa touche personnelle, en particulier dans les questions sur la taille du sexe des statues, les natures mortes qui commencent à sentir la puanteur... Et si cet esprit potache était le meilleur moyen de désacraliser l'art ? ### ZEP : "J'avais envie de transmettre mon amour du geste du dessin"

Pour moi, c’était aussi une façon de continuer à apprendre, et de dire mon amour du dessin, et du geste. J’avais envie qu’on voit des dessins, comme s’il y avait une main invisible qui dessinait sur les murs du musée, une manière de rappeler que tous ces tableaux ont été faits par des mains, donc par des personnes qui peignaient pendant une semaine, des mois ou un an pour arriver à capturer quelque chose et à nous le transmettre encore aujourd’hui.

Ces artistes ne savaient pas que 500 ans après, on regarderait encore leurs tableaux. Ils seraient peut-être les premiers surpris. Je crois que tout le monde a le goût du dessin, et cet interêt pour le trait qui est en train de capturer quelque chose.

En vieillissant, je remonte de plus en plus le temps. J'ai d'abord été attiré par la peinture du XXe siècle, puis celle du XIXe, et aujourd’hui j’aime celle du XVIIIe. Ça me touche. Je comprends cette idée de transmission dans l'art. De siècle en siècle, des grands maîtres d’atelier ont formé des disciples, qui à leur tour devenaient des maîtres qui à leur tour formaient des élèves… il y avait l’idée d’un savoir, d’une technique, d’une cuisine qu’on se passait pour tenter d’attraper le réel. Pour ça, il fallait qu’on fasse à la fois de la photo, du cinéma, que l’on arrive à raconter une histoire. On se servait d'effets spéciaux pour épater le spectateur. Au XIXe siècle, on a l’impression que les peintres savent complétement restituer une émotion, un lieu… Même des choses très complexes, comme une cathédrale avec de la végétation. C’est un peu à qui fera la chose la plus improbable, et là, la photographie arrive. Et la peinture devient obsolète. Elle part dans une autre direction, plus individuelle. Et on va perdre l’idée qu’il faut transmettre un savoir. Et aujourd’hui, on ne comprend pas en tant que dessinateur comment ça a été fait. Plus personne n’est capable de peindre comme Rubens, aujourd’hui. C’est à fois terrible et très émouvant.

►►► Quelques images de l'Open museum #3

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