Quoi de neuf ? Tolstoï ! Mais revisité par Martin Veyron. L’auteur des Bernard Lermite cherchait depuis longtemps à dessiner une critique du consumérisme.

Ce qu'il faut de terre à l'homme
Ce qu'il faut de terre à l'homme © Dargaud / Martin Veyron

Il s’est souvenu d’un texte qu’il avait étudié dans sa jeunesse chez les Jésuites.** Ce qu’il faut de terre à l’homme , écrit en 1886, raconte les rêves d’expansion d’un agriculteur en Russie au temps des Tsars. Dans son village, le moujik veut toujours plus (de terre), pour gagner plus. C’est ce qui le conduit à sa perte. La chute inattendue, sous forme de morale, est belle. Martin Veyron abandonne ici la critique sociétale et le marivaudage caustique pour un propos plus politique : la critique de notre système productiviste et capitaliste. Avec toujours autant d’humour. Et ça marche... Le dessinateur a visiblement pris plaisir à dépeindre la nature sibérienne, et la campagne (champs, bottes de foin forêts sous la neige, plaines…) qu’il avait jusque-là peu abordée. Élégante et subtile, la fuite en avant du paysan avide fait mouche. ### Martin Veyron : "À trop vouloir se goinfrer on arrive à des issues mortifères" > J’ai découvert ce texte quand j’avais 12 ou13 ans en étude libre en pension chez les Jésuites. Je cherchais depuis longtemps un angle pour dénoncer ce productivisme qui ne nous rend pas heureux. J’ai toujours pesté contre ce faux progrès, contre ces machines qui au lieu de nous rendre libres, nous aliènent. La société de consommation invente des objets nouveaux qu’on ne réclame même pas. Je ne suis pas contre le progrès, mais s’il nous empoisonne, ce n’en est pas un. J’ai d’abord dessiné 40 pages plus ou moins drôles sur le sujet qui parlait, entre autres, de l’irresponsabilité des banquiers, ou de l’industrie alimentaire. Mais ce n’était pas convaincant. Et un jour, je me suis souvenu de ce texte. Je me rappelais juste de la dernière phrase : « ce qu’il faut de terre à l’homme ». Et je l’ai retrouvé.

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Martin Veyron

Les gens se rendent compte de l’absurdité de cette course au développement et à la croissance dans un monde fini. Il va falloir inventer de la sobriété. Il ne s’agit pas de vivre comme des gueux, ni de revenir au Moyen âge, mais juste d’essayer d’être un peu plus intelligent dans la recherche, dans nos métiers, ou nos habitudes de vie… C’est par exemple incroyable qu’on ne puisse pas se baigner dans la Seine tant elle est polluée. Ce serait pourtant très gai. On est loin de la fable, mais à trop vouloir se goinfrer on arrive à des issus mortifères

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