Préfacé par Daniel Pennac, le nouvel album photo des Suisses Plonk et Replonk, promet quelques pages désopilantes. Dans "De Zéro à Z, De l’infini au pas fini", ils transforment des images trouvées au hasard avec humour .

Plonk et Replonk sont deux auteurs-éditeurs suisses, propres à vous faire abandonner toutes certitudes. Ce sont des imagiers, tendance vieilles cartes postales noir et blanc, colorisées, avec messieurs à guêtres et costumes trois pièces. Ils y mettent plus qu’un grain de sel pour faire tout déraper, prennent les évidences à contre pied, se moquent de notre société consumériste qui est bien capable d’en finir avec la courbure des bananes.

Ils écrivent des histoires de Trois Moustiquaires dans leurs abécédaires de folies, inventent des vieilles dames poursuivies par des félins. Ils sont très sérieux Plonk et Replonk. Et leurs livres n’est pas drôle du tout. C’est pire que ça.

On leur a donc envoyé un questionnaire enfermé dans une bouteille postée au large de la Méditerrannée. Les réponses nous sont revenues par le Lac Léman.

Faites votre portrait en pied s’il vous plaît, pour que l’on vous voit de face ?

Si je devais faire mon portrait en pied, je l'habillerais avec des chaussettes en laine et des bottes en caoutchouc. C'est pratique par tous les temps, on peut se promener à la plage, au jardin et dans les évènements mondains. D'un autre côté, je préfèrerais un portrait vu de dessus, ça permet de détecter les débuts de calvitie.

Le côté pile étant mon meilleur profil, je préfère ne pas apparaître à l’image. Tout le monde se fiche de moi ensuite, à l’apéro.

Comment viennent les idées de vos images ? Par exemple celle de la bande de gazon.

Souvent l'idée vient en brassant les images, et en partant d'une photo de base. Par exemple la classe d'hyperactifs de Mme Bémol, où tous les élèves ont le visage floutés : en regardant de nombreuses photos de classes ou de portraits de familles, on s'aperçoit qu'il y avait souvent un gamin flou, la faute au temps pose plus longs pour les appareils photos de l'époque, et aux bambins agités. On a tiré parti de ce défaut pour créer une image. Parfois on prend le chemin inverse : le gag naît sur le papier et on va collecter tous les éléments nécessaires au montage. Nous travaillons aussi beaucoup avec cet outil appelé " hasard" qui permet de provoquer de belles collisions, comme quand un éléphant ivre traverse une autoroute verglacée au début de l'automne. Les idées vont et viennent, comme une tondeuse à gazon sur le stade du Heysel, comme un boomerang autour d’un kangourou et comme les chars d’assaut dans les champs d’oliviers.Le plus difficile c'est d’attraper une tondeuse à gazon avec un kangourou.

La bande de gazon
La bande de gazon © Editions Hoebeke

Quels outils utilisez-vous pour construire vos images ? La récupération de vieilles cartes postales ? La souris, le crayon, photoshop ?

On travaille sur photoshop . Nous écumons les brocantes, faisons appel à des archivistes et utilisons des photos numériques que nous vieillissons artificiellement. Parfois c'est juste une touche, un élément ajouté, voire la légende qui change complètement le sens. D'autres images s'apparentent plus à de l'illustration, avec une foule d'éléments modifiés et colorisés, des ombres et des lumières complètement recrées. Et quand ça ne suffit pas, il reste encore les bonds vieux outils : massette à aplatir les bords, clous de tapissier pour fixer le fond de l’image et cric de camion pour poser les personnages sur la ligne d’horizon.

Pourquoi êtes-vous tant attachés aux images anciennes du début du XXe siècle ? La dérision ne pourrait-elle s’exercer sur les cartes postales d’aujourd’hui ?

On a commencé notre travail sur des images anciennes, pour donner un semblant de véracité et de sérieux à nos photomontages. En effet, si l'on a une photo du début de siècle sous les yeux, on a tendance à la considérer comme un document historique, donc à la croire vraie, ce qui donne d'autant plus de force au détournement.

Il nous arrive aussi de détourner des objets, pour des expositions dans des musées par exemple. Et là, même principe : l'étiquette austère, avec une typo sobre. Exemple, une fiole, légendée " Sueur de front de Napoléon Bonaparte " Prêt du Musée du Travail, Zurich. Il faut un minimum de sérieux pour s'aventurer dans la dérision ! Quand on veut faire une excursion sur le Mont Blanc, on vérifie l'état de ses patins à roulettes !C’est moins joli. « C’était mieux après » comme disait mon arrière-grand-père.

Votre livre s’appelle de Z à Zéro, de l’infini au pas fini – ma question est : par où faut-il passer pour y arriver ?

Il me semblait que le titre était de Zéro à Z, attention aux contresens !(ndlr, Plonk a raison !) Pour répondre à votre question : il faut passer par la bande d'arrêt d'urgence en marche arrière, en fermant les yeux. La ligne droite cabossée reste le plus court chemin. Toujours essayer de passer à 200 km/h dans le mur d’en face situé à 3m. Avec l’âge on démarre moins vite, mais on arrive au Zéro avant que lui n'y arrive. Sans se presser.

Page blanche, à vous de jouer :

La page blanche est un don du ciel pour les artistes, elle ne génère pas d'angoisse, contrairement à une rumeur urbaine assez répandue. Elle permet de prendre du recul, évoque la sérénité des champs de topinambours sous la neige ou une planche sur la plage. C'est le temps des vacances. Malheureusement la page blanche ne le reste jamais très longtemps. J’en profite pour faire un coucou à Maman. « Coucou Maman t'as vu? on passe dans le journal ! »

Plonk et Replonk, "De Zéro à Z - de l'infini au pas fini" Préface de Daniel Pennac - Editions Hoebeke, parution le 16 octobre.

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Plonk et Replonk 1 © Plonk et Replonk
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