Whimsical Walker, clown professionnel, et son fils
Whimsical Walker, clown professionnel, et son fils © Bettmann/CORBIS

Vendredi 13 novembre 2015, les rires des gens se sont éteints pour laisser place aux cris, à la peur pour soi comme pour les autres. Et pourtant, vient le moment où il faudra rire...

Je n'ai pas eu envie de rire ce soir de vendredi 13 novembre 2015, ce sont plutôt des larmes qui se sont frayées un passage sur mon visage comme sur celui de millions de gens. Il y a fort à parier que personne n'a ri. Ou alors sans savoir. Je l'espère. Ce n'est pas facile de rire d'un drame. Pourtant dans les 24 heures qui ont suivi, des braves, des courageux ont essayé de faire rire. Comme quand on ouvre les vannes d'une chaudière avant qu'elle n'explose.

►►► Topito - Fluctuat Nec Mergitur - Des tweets qui nous ont fait du bien malgré tout.

►►► Rue 89 - Et au milieu de toute cette merde, on a parfois ri.

Sur France Inter comme chez nos confréres, et ce depuis des années, faire rire est un sacerdoce. Une mission de service public. Cette mission n'est pas toujours évidente à exercer : qu'il neige, qu'il vente, qu'il pleuve, qu'il y ait des actes de terreurs ou des catastrophes naturelles. Même dans le doute ou l'abattement, ils écrivent pour faire sourire malgré tout. Des fois, ça fonctionne. Des fois, non. Un humoriste ne peut pas plaire à tout le monde et c'est tant mieux. Vous pourriez me dire, légitimement, que l'on pourrait laisser les "saltimbanques" au placard, qu'il est indécent de rire quand des gens souffrent ou que la colère noue les gorges.

►►► Daniel Morin - lundi 16 novembre - mon hommage

Mardi 17 novembre, Arte diffusait le documentaire sur la Maison de la Radio de Nicolas Philibertsorti en 2012. J'y ai revu une séquence avec le comédien Jos Houben, connu pour ses spectacles-conférences sur le rire, interviewé par nos camarades Collin et Mauduit . Jos Houben y disait que :

Le rire est destructeur. Il détruit tout... Il défait les codes sociaux et on rentre dans un espace chaotique, moins respectueux

►►► Stéphane Guillon - Humour noir

Et si le rire était un antiseptique social. Un outil de désarmement massif. Je me souviens qu'au lendemain des attentats du 11 septembre 2001,les Guignols de l'Info sur Canal Plus n'avaient pas manqué leur rendez vous pour faire rire malgré tout. Les attentats de janvier 2015 à Paris avaient touché au coeur l'humour et la satire. Mais nous avons continué à rire. Une soirée spéciale avec des humoristes fut même organisée dans la foulée, comme un acte libérateur de nos peurs.Un doigt d'honneur tendu bien haut à la bêtise.

►►► Charline et Alex - Les belges contre l'amalgame

Et puis ne plus rire, même après ce type d'atrocité, c'est un peu donner la victoire à l'ennemi. Comme ne plus aller en terrasse boire un canon ( avec modération et ses amis ). Sans être des actes militants, les terrasses des cafés ont ré-ouverts. Très vite, les rires sont donc revenus. Même si ils sont jaunes, ou grinçants. Après une nuit blanche samedi matin, j'ai pensé àPierre Desproges en me disant que vraiment, les rues de Paris n'étaient plus sûres.

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