Au ton de la voix des journalistes qui utilisent la formule, on comprend d’emblée que ce n’est pas formidable d’être « sur la sellette ». Ce n’est pas une position très enviable, ce n’est pas très bon signe. Ce n’est pas comme le petit nuage. Quand on est « sur son petit nuage », ça veut signifie que tout va bien. On a la banane, on est heureux. Quand on est « sur la sellette », ça signifie que ça va mal. Ou que ça va moyen-moyen : ce n’est pas encore la cata totale, mais ça sent le roussi. Si un jour vous entendez que vous êtes « sur la sellette », inquiétez-vous, ça sent le roussi…

Il y a toujours l’idée d’une menace avec « la sellette » : l’euro « sur la sellette », ça veut dire que l’euro est menacé. Le triple A français « sur la sellette » : c’est la même chose, ça veut dire qu’il est menacé. Pareil avec l’emploi chez PSA, les centrales nucléaires, les banques, les changements d’horaires à la SNCF, la fédération PS du Pas-de-Calais ou encore la prostitution : ça se bouscule sur la sellette ! Et il y aussi cette idée de menace quand on parle des personnes : le patron de Carrefour « sur la sellette », celui d’Alcatel également, l’entraîneur du PSG « sur la sellette », celui de l’OM également, les joueurs de Lyon ou bien Eva Joly, ou bien encore Eric Besson : là, on est à la frontière entre le foot et la politique et « sur la sellette », ça veut donc dire que ces gens-là sont menacés, ça veut dire qu’ils ont chaud aux fesses et qu’ils doivent craindre pour leur poste, ils pourraient se faire virer. Derrière ce mot « sellette », il y a presque tout le temps l’image du siège éjectable.

D’ailleurs à l’origine, il s’agit bien d’un siège. Sous l’Ancien Régime, la sellette était un tabouret très bas, avec des pieds tout petits, un tabouret qu’on utilisait dans les tribunaux pour y asseoir les accusés. Ceux-ci se retrouvaient alors dans une position d’infériorité quand les juges les interrogeaient. Position dominante pour les juges qui interrogeaient, position humiliante pour les accusés. Et ça pouvait durer des heures quand on mettait quelqu’un « sur la sellette ». Aujourd’hui, la pratique a disparu – elle a été abolie à la fin du 18ème siècle. Dans les tribunaux, on ne met plus les accusés sur des petits tabourets, mais l’expression est donc restée et on continue de l’utiliser dès qu’il s’agit de décrire une situation inconfortable ou une mise en accusation. Et tant pis si la sellette elle-même n’existe plus.

Si chez vous, vous avez un tabouret très bas, ce n’est pas une sellette, sachez-le, c’est un siège pour enfant. Ou alors un tabouret de traite. Ce n’est pas la même chose. D’ailleurs on ne dit pas « le triple A français sur un tabouret de traite ». Ni l’entraîneur du PSG ou Eric Besson « sur un tabouret de traite ». Ça n’a pas de sens.

Ce sont donc parfois les politiques ou les sportifs qui se retrouvent « sur la sellette ». Mais on n’emploie jamais cette formule pour parler des artistes. Diane Kruger n’est jamais « sur la sellette ». Moi, je lui prêterais volontiers une chaise si elle acceptait de venir chez moi, mais jamais je ne supporterais de la laisser s’asseoir sur un tabouret. Elle est trop bien pour une sellette… Sauf que la sellette n’est pas seulement un tabouret. C’est aussi le nom qu’on donne à la petite estrade sur laquelle se placent les modèles lors des séances de pose aux Beaux-arts. Ceux qui posent tout nu, Ils se mettent sur des sellettes. Et sur cette sellette-là, je suis sûr que Diane serait très bien ! Au moins aussi bien que Narine Morano. En ce sens, on peut d’ailleurs dire que Nicolas Sarkozy se retrouve lui aussi très souvent sur la sellette : quand il fait ses discours, on lui met toujours une petite estrade. Pour qu’il fasse plus « président ». Mais il ne se met pas tout nu pour autant. L’UMP, c’est pas les Beaux-arts.

Il est en outre amusant de noter que quand quelqu’un n’est plus « sur la sellette », quand il a réussi à quitter sa position inconfortable, on dit alors qu’il remonte en selle. Sous-entendu sur son cheval. Ou sur son poney si le cheval est trop grand. Sachant que sur un poney, qu’est-ce qu’on met ? On met une petite selle ! On met donc une sellette ! On peut donc dire de quelqu’un qui fait du poney : il n’est plus « sur la sellette », du coup il est remonté « sur sa sellette »… Et moi, le jour où Diane Kruger acceptera de monter en amazone sur mon poney, je crois vraiment que je serais sur mon petit nuage…

Chronique du 09.12.2012 dans « Comme on nous parle »

4 min

Comme on nous parle - GIMMICK Pommier 8 dec

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