Le gouvernement doit présenter ce mardi le détail du plan de relance consacré à la filière hydrogène, avec pas moins de 7 milliards d'euros dédiés d'ici 2030. Pour Florence Lambert, directrice du Liten, le laboratoire des innovations pour les technologies de l'énergie, la France peut devenir un leader européen.

Les voitures roulant à l'hydrogène pourraient se développer en France d'ici dix ans.
Les voitures roulant à l'hydrogène pourraient se développer en France d'ici dix ans. © Maxppp / OLIVIER LEJEUNE

7 milliards d'euros investis sur 10 ans dans la filière hydrogène : l'annonce, faite dans le cadre du plan de relance jeudi dernier par le Premier ministre, a été saluée par la filière. Ce mardi, la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili, le ministre de l'Économie Bruno Le Maire et la ministre déléguée chargée de l'Industrie Agnès Pannier-Runacher présentent la stratégie que le gouvernement entend mettre en œuvre. 

La France a une carte à jouer dans cette filière car depuis les années 90, le Commissariat à l'énergie atomique (CEA), a beaucoup travaillé sur l'hydrogène. Florence Lambert, directrice du Laboratoire des innovations pour les technologies de l’énergie (Liten) au CEA, répond aux questions de France Inter.

FRANCE INTER : Quels atouts la France peut-elle faire valoir dans la filière hydrogène ?

FLORENCE LAMBERT : "Souvent on nous dit que l'hydrogène peut être un serpent de mer. Moi je réponds que dans l'énergie, on a besoin de tenir des temps longs pour réaliser des transferts de technologies et des filières complètes. La pile à combustible par exemple, c'est une histoire qui a commencé en 1992 au CEA, le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies, avec des constructeurs (Peugeot et Renault) et à ce moment-là, on était loin d'imaginer l'attente de la société actuelle en matière d'hydrogène. Le rôle du CEA a été de maintenir cette technologie sur des temps longs de telle sorte qu'elle soit disponible lors du lancement de marché qui émerge depuis un an ou deux. Tenir le temps long cela veut dire maturer cette technologie, faire en sorte d'avoir des générations de technologies successives, de travailler sur les catalyseurs au platine et désormais sur la pile à combustible. À l'époque, on a fait le transfert de technologie auprès de la start up Synbio. Elle a été le premier acteur à mettre sur le marché européen des Kangoo à l'hydrogène. En parallèle, on a commencé à discuter avec des équipementiers automobiles, (...) et Symbio, Faurecia et Michelin se sont associés pour former la première industrie pour mettre sur le marché des chaines de traction hydrogène. Pour moi, c'est un coup d'avance que la France peut prendre vis-à-vis des autres pays européens car les équipementiers vont savoir comment faire baisser les coûts désormais"

Ces nouvelles technologies vont-elles changer l'industrie automobile ?

"Avec la pile à combustible, on n'est pas tout à fait dans la chimie des batteries mais dans des choses plus simples, pas très éloignées de l'industrie automobile. Derrière ces technologies, vous restez dans les mêmes domaines de métier, avec de la mécanique et de l’assemblage. Et le plus important est de lancer les premiers apprentissages industriels. On sera plutôt vers une lente évolution des technologies, en restant sur des cœurs de métiers assez proches. C’est toute la filière qu’il faut lancer, des acteurs de la chaudronnerie, de la céramiques, de la chimie, le volet électronique de chaleur, de puissance. Au plus tôt la France aura un retour d'expérience, au plus tôt elle saura se positionner par rapport à la compétition mondiale."

"Ce n'est pas juste un futur prometteur, mais un plan de bataille"

Quels usages vont émerger en priorité selon vous ?

"Les véhicules légers sont le premier marché, la voiture en particulier. En deuxième, c'est le marché de l'énergie. Car pour l'hydrogène, on aura besoin de stocker et de transporter, comme pour d'autres énergies. Quant aux lieux, je pense que là où il n'y a pas de maillage électrique suffisant, le transport d'hydrogène peut intéresser. Je pense à des pays émergents - comme le Maroc - qui pourront s'appuyer sur le solaire pour produire l'hydrogène, mais aussi en France, dans les territoires ruraux. On peut imaginer des fermes de demain qui vont traiter de la biomasse et/ou produire de l'hydrogène. Après, il y a des questions, comme le moyen de le stocker localement : est-ce que c'est la ferme, le rassemblement de plusieurs d'entre elles, ou un canton ? Aujourd'hui, c'est difficile de le prévoir. Mais pour moi, un des gros avantages, c'est de bousculer notre carte, car cela va donner aux territoires la possibilité de produire sous forme décarbonée leur propre carburant.

Selon moi, il faut assez vite viser des installations de quelques dizaines de mégawatts. Si on veut éviter d'avoir uniquement des technologies achetées, sachant que la France est quand même dotée des différentes technologies, il va falloir accompagner la mise à l'échelle. Nous avons une électricité fortement décarbonée (le parc nucléaire français ajouté au solaire et éolien NDLR), nous avons tout pour être une grande nation de production d'hydrogène en Europe.

Pour la technologie électrolyse à haute température (plus performante et puissante mais encore au stade de la recherche NDLR), cela va mettre plus de temps. On y sera aux alentours de 2024, 2025. Aujourd'hui, ce n'est pas juste un futur prometteur mais un plan de bataille, avec une vraie opportunité pour une fois, une vraie synchronisation de tous les acteurs."

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