Cela sonne comme une blague, et pourtant c’est bel et bien un achat (en vidéo) que propose le Centre Pompidou, en parallèle de l’exposition consacrée au plasticien Christian Boltanski. A l’origine, un pacte macabre conclu entre l’artiste et un collectionneur.

Fantômes, souvenirs, vie et mort, hantent les oeuvres de Christian Boltanski
Fantômes, souvenirs, vie et mort, hantent les oeuvres de Christian Boltanski © AFP / Julio Cesar Aguilar

Au pied du sapin, entre le dernier gadget connecté et une paire de chaussures à la mode, les férus d’art (ou leurs proches) trouveront peut-être une petite boîte noire, sur laquelle est inscrite en lettres capitales blanches "Christian Boltanski". A l’intérieur, une clé USB, et sur celle-ci - la publicité n’est pas mensongère - une vidéo d’une minute, filmée dans l’atelier de Christian Boltanski, à un moment plus ou moins aléatoire de ces dernières années. 

Cet étrange cadeau, c’est le Centre Pompidou qui le propose en parallèle de son exposition consacrée à l’artiste plasticien français qui convoque la mémoire et les souvenirs dans ses travaux, connu pour ses nombreuses installations à base de photos en noir et blanc, et pour son installation monumentale au Grand Palais en 2010. Et cette minute de vidéo est authentique : tous les faits et gestes de Christian Boltanski sont enregistrés par des caméras qui filment 24 heures sur 24 son atelier, depuis un pacte macabre signé en 2009. 

Une oeuvre pour un musée peu commun

Dans le rôle du diable de cette version conceptuelle de Faust, un collectionneur d’art australien, David Walsh. Ce mathématicien milliardaire, féru d’art contemporain, a concrétisé en 2011 un projet fou : ouvrir sur une île de Tasmanie un musée défiant les lois habituelles de la muséographie, le MONA (Museum of Old and New Art) et y exposer sa collection personnelle, ou l’amour et le sexe côtoient la mort, et où des oeuvres controversées, choc ou interpellantes, semblent s’être rassemblées, de la machine à excréments Cloaca de Wim Delvoye à des fleurs réalisées à partir de morceaux d’animaux par Heide Hatry. 

L’oeuvre achetée par Walsh à Boltanski en 2009 est la pièce maîtresse de cette collection : c’est la vie de l’artiste. Au sens propre du terme. Christian Boltanski a accepté que le collectionneur place des caméras tournant en permanence  et dont les images sont transférées sur des DVD, diffusés dans l’une des salles du MONA en Tasmanie. 

Oeuvre en viager

Quel est le prix de la vie de Christian Boltanski ? La question n’a (pour l’instant) pas de réponse car cette oeuvre est un viager : lorsque David Walsh a acheté à l’artiste, 65 ans à l’époque, ce qui sera forcément sa dernière oeuvre, il a fait le pari que celui-ci n’avait plus que huit ans à vivre. C’était il y a plus de dix ans, et Christian Boltanski est toujours en bonne santé : le contrat qui lie le collectionneur à l’artiste stipule que l’acheteur doit donc continuer de verser, chaque année, une somme d’argent à l’artiste. Jusqu’à ce que mort s’ensuive. 

Car pour le collectionneur l’objectif est clair : plus que la vie, c’est la mort qui compte. Il veut capter sur ses caméras la mort de l’artiste - qui a de son côté créé un musée des battements de coeur au Japon. Si Christian Boltanski accepte ce contrat pour une oeuvre dont il sera crédité comme l’auteur, "les relations entre l’artiste et son collectionneur sont parfois difficiles" explique sobrement le guide de l’exposition au Centre Pompidou. C’est là, dans son atelier de travail, que David Walsh espère voir mourir Christian Boltanski, et conserver ces images dans son musée. 

Et c’est un bout de cette vie que vous aurez la possibilité d’acheter au Centre Pompidou - seule déception pour les Walsh en herbe, les 500 exemplaires de cette édition limitée ne sont pas uniques, ils présentent aléatoirement 35 séquences différentes. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.