Pour ceux qui ne connaîtraient pas le métier de « community manager », il y a deux façons de le décrire : par la théorie ou par l’exemple. Tel celui, magistral et estival, donné par les autorités syriennes. Pour fêter l’été, l’agence de presse officielle Sana a ainsi lancé sur Twitter un hashtag très à-propos : . Et une explication de texte, sur fond d’image festive : "Capturez et partagez avec nous votre été en Syrie."

L’idée, cocasse, de "dédramatiser " la situation dans un pays déchiré par une guerre civile qui a largement passé le cap des 200.000 morts, a remporté un indéniable succès d’audience sur les réseaux sociaux. À un détail près : les instants et images partagés se sont révélés assez peu "festifs" et finalement assez critiques, c’est le moins qu’on puisse dire, à l’égard d’un régime meurtrier.

Scandalisés, dégoûtés ou cyniques, les tweets associés à sont légion.

Tel celui de Bassam, qui évoque les chaleurs torrides, dues autant au soleil qu’aux explosions, ou celui d’Abdul, qui confond à dessein bronzette et massacres.

Fadi, lui, en montrant un récent massacre de civils, fait écho à un triste anniversaire : celui du bombardement chimique qui, il y a un an, tuait des milliers de personnes, et notamment des enfants. Un bombardement attribué aux forces d’Assad.

On mesure tous les jours, depuis 2010, l’effort des autorités syriennes pour installer la légitimité de leurs opérations militaires, auprès de leurs administrés tout autant que vis-à-vis de la communauté internationale. On se souvient, notamment, de l’inénarrable InfoSyrie.fr, "site de ré-information sur la Syrie", mort faute de combattants en 2012.

Il semblerait néanmoins que cette aventure "sociale" – lire "sur les réseaux sociaux " – marque la limite de l’exercice. En utilisant les canaux, qui, en 2010, avaient cristallisé le soulèvement de foules syriennes contre lui, Bachar el-Assad a sans doute oublié que ses opposants originels ne disposaient que d’une arme : internet, avec évidemment Youtube, Facebook et Twitter, une bonne dose de sang-froid et quelques touches de LOL.

Et sur ce terrain, le community manager du régime baasiste ne peut pas gagner.

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