Pour la première fois, des chercheurs ont identifié des biomarqueurs sanguins qui permettraient de prédire la survenue de la maladie d’Alzheimer. Les résultats doivent être confirmés par de nouvelles études, mais la découverte ouvre la voie à une possibilité de dépistage simple, voire de nouveaux traitements.

Prise de sang
Prise de sang © Creative Commons / http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/03/US_Navy_081122-N-8816D-113_Engineering_Aide_Constructionman_Roberto_Diaz,_ass

Pour mener cette étude, l’équipe de l’université de Georgetown (Washington), dirigée par Howard J. Federoff, a étudié pendant 5 ans les signes d’apparition de la maladie chez 525 personnes âgées de 70 ans et plus. Au commencement de l’expérience, aucune personne ne montrait de signes de détérioration mentale, et chaque année les scientifiques ont réalisés des examens cognitifs et des analyses de sang. Ils ont ainsi pu mettre en évidence chez 28 des personnes suivies l’apparition de signes de développement de la maladie d’Alzheimer ou de déficiences cognitives légères, supposées être des précurseurs de la maladie.

La découverte principale de cette étude consiste à avoir mis en évidence dix lipides présents dans le sang, en proportions différentes chez les personnes montrant des signes de la maladie d’Alzheimer et celles n’en présentant pas.

Selon les chercheurs, l’étude de ces lipides permettrait de prévoir l’apparition de la maladie dans les 2 à 3 ans qui suivent . Si ces résultats étaient confirmés, ils permettraient de développer un test sanguin pour détecter facilement les signes précurseurs de la maladie.

A l’heure actuelle, il n’existe aucune thérapie efficace pour soigner la maladie d’Alzheimer. Selon Howard Federoff, « Il y a eu beaucoup d’efforts pour développer des traitements qui modifieraient l’évolution de la maladie, mais malheureusement tous ont échoués » . La raison pourrait être que ces traitements ont été testés chez des patients qui souffraient déjà de la maladie.

En effet, beaucoup de neuroscientifiques supposent qu’il serait difficile de stopper la maladie une fois qu’elle s’est manifestée . D’où l’importance de prédire l’apparition de la maladie, pour pouvoir mener de nouveaux essais de traitements avant que la maladie n’apparaisse, et peut-être pouvoir la traiter. Un test sanguin offre en outre l’avantage d’être facilement réalisable.

L’intérêt de ce test prédictif serait aussi de permettre d’adopter une hygiène de vie qui soit favorable , selon Mark Mapstone, du Centre Médical de l’Université de Rochester. Cité par le New Scientist, il déclarait notamment «Imaginez ce que vous feriez à l’approche de l’âge de 40 ans pour ralentir l'apparition de la maladie. Vous pourriez manger les aliments appropriés, […] ou faire plus d'exercice » .

En plus d’un test de dépistage sanguin, les auteurs de l’étude espèrent pouvoir développer de nouveaux traitements . L’équipe s’intéresse actuellement au séquençage du génome des personnes suivies. Le but, identifier des marqueurs génétiques liés à l’apparition de la maladie. Selon Federoff, les changements génétiques au cours des 5 années de l’étude représenteraient même de meilleurs indicateurs que les lipides pour prévoir la maladie. Il déclarait au New Scientist que «Ce qui est excitant, c'est que nous connaissons la fonction de tous les gènes affectés, donc si nous pouvons identifier les changements qui surviennent, ils pourraient devenir la cible de nouveaux médicaments » .

Des recherches supplémentaires seront nécessaires pour confirmer ces résultats, sur des échelles de temps plus longues, ainsi que chez des groupes d’âges et d’origines ethniques différents.

Actuellement, la maladie d’Alzheimer touche plus de 35 millions de personnes dans le monde . Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ce nombre devrait doubler tous les 20 ans pour atteindre 115 millions de personnes en 2050.

Pour aller plus loin :une chronique de Sébastien Bohler dans #LaTAC sur le sujet.

Antoine Bonvoisin pour La tête au carré.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.