Corrigé des dissertations du Bac Philo 2016 : les sujets problématisés, les références philosophiques majeures. Thibaut de Saint Maurice vous dit tout.

Que fallait-il répondre aux sujets du Bac Philo ?
Que fallait-il répondre aux sujets du Bac Philo ? © Maxppp / Denis Sollier

Série S :

1) Travailler moins est-ce vivre mieux ?
Travailler moins c’est à la fois tentant et inquiétant. Tentant parce que le travail impose à la vie tout un ordre de contraintes, d’horaires, de règles à suivre…Inquiétant parce qu’avoir moins de travail c’est aussi prendre le risque de ne plus en avoir du tout et de perdre donc tout ce que le travail procure : revenu, reconnaissance, intégration.
Le sujet invite donc à interroger la place du travail dans nos vies. Il s’agit de mesurer ce que le travail apporte vraiment et à quelles conditions.
Références majeures : _Marx et son analyse du travail aliéné, Russell et son éloge de l’oisiveté.

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2) Faut-il démontrer tout savoir ?
Si les mathématiques sont perçues comme le modèle d’une connaissance exacte, c’est parce qu’en mathématique on a l’habitude de démontrer ce que l’on sait. La démonstration semble donc être une condition du savoir. En même temps, n’y-a-t-il pas d’autres sortes de savoir qui n’ont pas besoin d’être démontrées ? De l’intuition à la conviction il y a, semble-t-il, cinquante nuances de connaissance possible qui ne reposent pas sur une procédure démonstrative explicite. Mais sans démonstration qu’est ce qui fait alors que ces nuances sont bien des connaissances ?
Le sujet ici invite le candidat à se demander si la procédure démonstrative d’établissement de la vérité est la condition du savoir ou si un savoir non-démonstratif est possible.
Références majeures : Pascal et sa description des deux ordres de la connaissance : le cœur et la raison, Popper et son analyse de l’induction et de la logique de la découverte scientifique.

Série L :

1) Nos convictions morales sont-elles fondées sur l’expérience ?
D’où viennent nos convictions morales ? D’où viennent nos conceptions de ce qui est juste, de ce qui est bien, de ce qui est mal et de ce que l’on doit faire ? Le sujet conduit le candidat à se poser ces questions pour envisager que nos convictions morales puissent être fondées sur l’expérience, c’est à dire sur les leçons que nous tirons de ce qui nous arrive tous les jours. Mais si l’expérience est le fondement de nos convictions morales alors ces convictions ne peuvent pas être universelles. Et d’un autre côté, si l’on pense que nos convictions morales reposent sur une connaissance morale et qu’elles doivent être universelles et valables pour tout le monde, alors il faut expliquer la possibilité d’une telle connaissance.
Références majeures : Kant et son analyse de la raison pratique, Hume et sa théorie des sentiments moraux.

2) Le désir est-il par nature illimité ?
Désirer quelque chose c’est souffrir du manque de cette chose et en même temps attendre du plaisir de la possession de cette chose. On supporte donc la frustration du désir grâce au plaisir qu’il nous promet. Mais d’où vient que la satisfaction du désir ne l’épuise pas complètement ? D’où vient que les désirs se succèdent, reviennent et continuent de nous inquiéter ? Est-ce à dire que le désir est illimité ? Est-ce le désir en lui-même ou notre propre rapport au désir qui le conduit à dépasser les limites ? Mais si c’est le cas, si le désir est illimité, alors le désir est impossible à satisfaire. Comment donc vivre avec ?
Références majeures : Épicure et son analyse des désirs naturels et des désirs vains, Schopenhauer et sa description du désir comme un mélange de souffrance et d’ennui, Spinoza et sa conception de la vie comme persévérance (conatus).

Série ES :

1) Savons-nous toujours ce que nous désirons ?
A première vue, nous sommes les mieux placés pour savoir ce que nous désirons puisque c’est nous qui le désirons. Mais il nous arrive pourtant parfois de désirer sans trop savoir pourquoi. Il y a des attractions inexplicables, des envies impulsives, des rêves étranges. Le sujet invite le candidat à interroger toute la complexité du désir, entre conscience et inconscience. Il s’agit de savoir s’il est possible d’élaborer une connaissance de ce qui nous affecte, afin de déterminer si nous conservons le pouvoir sur nos désirs, parce que nous les connaissons, ou si au contraire, ils nous dominent et nous entraînent, parce qu’ils nous échappent ?
Références majeurs : Descartes et son étude des passions de l’âme, Freud et sa description des pulsions inconscientes, Sartre et son analyse de la mauvaise foi.

2) Pourquoi avons-nous intérêt à étudier l’histoire ?
Si l’histoire est la connaissance des faits passés, quel intérêt peut-il y avoir à l’étudier ? Ne faut-il pas au contraire se préoccuper du présent, ou si l’on veut voir un peu plus loin : le futur ?
Le sujet invite à se distinguer les raisons qui rendent l’étude de l’histoire intéressante. Est-ce par simple curiosité ? Est-ce pour en tirer des leçons sur le comportement des hommes et par exemple en faire un outil pédagogique ? Est-ce parce que l’histoire se répète et que connaître le passé, permet de mieux envisager l’avenir ? Ou est-ce enfin parce que l’histoire a un sens et que la compréhension de ce sens permet de mieux discerner ce qu’il faut faire aujourd’hui ?
Références majeures : Hegel et son analyse du sens de l’histoire, Machiavel et son étude de l’histoire comme leçon d’art politique, Nietzsche et ses conceptions du ressentiment et de l’Éternel retour.

Séries technologiques :

1) Pour être juste suffit- il d’obéir aux lois ?
Le sujet invite à distinguer deux régimes de justice : celui de la légalité, qui dit le juste selon la loi et celui de la légitimité, qui dit le juste selon une conception supérieure, morale ou religieuse de la justice. Le sujet présuppose que le respect des lois est la première condition pour être juste… mais est-ce suffisant ? La simple obéissance suffit-elle ? La justice demande parfois bien plus qu’une simple obéissance à une loi, quand elle concerne par exemple tout ce que la loi ne prévoit pas. Et parfois même au contraire, pour être juste, ne faut-il pas désobéir à la loi ?
Références majeures : Aristote et sa distinction de différentes sortes de justice, Locke et sa conception du droit naturel, Hegel et sa critique de la vengeance.

2) Pouvons-nous toujours justifier nos croyances ?
Le sujet présuppose que la plupart du temps, nous avons des éléments qui nous permettent de justifier nos croyances. Mais il s’agit de s’interroger pour savoir si c’est toujours le cas. Si c’est toujours le cas, alors toutes nos croyances sont justifiées et nous avons donc toujours des raisons de croire ce que nous croyons. Qu’est-ce qui distingue alors une croyance justifiée d’une connaissance ? Mais au contraire si ce n’est pas toujours le cas alors nous croyons parfois sans pouvoir justifier. Qu’est-ce alors qui nous fait croire, si nous ne pouvons le justifier ?
Références majeures : Descartes et son analyse des préjugés, Leibniz et son étude du rapport entre la foi et la raison, James et sa conception de la vérité comme justification.

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