Quatrième trafic le plus important au monde, le braconnage devient de plus en plus hors de contrôle : des rumeurs sont même lancées pour attribuer des vertus magiques aux animaux. Explications avec Jacques Bonnemains, de l’association Robin des Bois.

Afrique du Sud , 26 mai 2015. Hope, un rhinocéros femelle de 4 ans qui a survécu à un braconnage horrible.
Afrique du Sud , 26 mai 2015. Hope, un rhinocéros femelle de 4 ans qui a survécu à un braconnage horrible. © ADRIAN STEIRN/EPA/MAXPPP

« Depuis 4 ou 5 ans, le braconnage est devenu hors de contrôle », alerte Jacques Bonnemains , président de l’association Robin des Bois, spécialisée dans la protection de l’Homme et de l’environnement. Il se manifeste en Afrique, en Inde, en Asie du sud-est mais également en Europe avec une prise récente de chardonnerets à Pau ou encore le trafic de peau de loup. « Lebraconnage est un acte de violence envers un animal qui est protégé par une loi nationale ou une convention internationale, et dont les vestiges, après la mort, sont expédiés dans un pays étranger pour être vendus à un prix intéressant », explique Jacques Bonnemains. Il serait le quatrième trafic le plus important au monde , après le trafic de drogue, la contrefaçon et la traite d’êtres humains. Il génère chaque année un bénéfice net de plus de 10 milliards de dollars, selon WWF.

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Selon Jacques Bonnemains, les braconniers font preuve de beaucoup d’inventivité pour arriver à leurs fins :

Il y a des gens qui transportent des petits lions ou petits tigres, anesthésiés par un vétérinaire, et qu’ils essayent de faire passer comme de grosses peluches. Récemment, on a aussi vu des cacatoès partant de Papouasie Nouvelle-Guinée et arrivant à Jakarta dans des bouteilles de plastiques…

En Afrique du Sud, par exemple, des rhinocéros sont braconnés dans le parc national Kruger. « Ils sont tués par des moyens extrêmement violent : avec des kalachnikov, par exemple… mais aussi par des moyens archaïques comme des flèches empoisonnées », continue l’activiste des Robins des Bois. Les animaux sont ensuite abattus, on leur enlève leur corne avec une hache et la carcasse, tout comme le petit du rhinocéros, sont ensuite laissés de côté.

Ils tuent un animal qui pèse trois tonne pour une corne qui entre 800 grammes et un kilo et demie. Ils entrent ensuite en contact avec leurs clients (ce sont presque toujours des commandes) vietnamiens et chinois le plus souvent, qui, grâce à la complicité locale, organisent des livraisons par avions ou porte-conteneurs.

Rumeur, superstition et statut social

Il y a six ans, une rumeur a été lancée au Vietnam, selon laquelle un membre éminent du gouvernement avait guéri du cancer en avalant de la poudre de corne de rhinocéros broyés. Conséquence : le prix de la corne a atteint, au meilleur endroit, 70 000 à 100 000 dollars le kilo. Les écailles de pangolin guériraient certaines maladies de la peau. « Les vertus attribuées aux produits d’animaux sont le plus souvent anti-dépresseurs, alors il y a de la clientèle, donnant de l’énergie dans tous les domaines, et anticancéreux », détaille Jacques Bonnemains. Il revient aussi sur la dernière rumeur en date, dont les conséquences sont catastrophiques :__

Depuis six mois, une rumeur sortie sur internet dit que la moelle épinière de la girafe guérit du Sida. Immédiatement, il y a eu des raids dans parcs nationaux de Tanzanie. C’est malin comme rumeur car en fait, ce qu’ils veulent, c’est négocier la viande de girafe.

Il y a quelques mois, un trafic de cranes de chimpanzés, a été observé en Afrique de l’ouest. Un braconnier vient de se faire arrêter et son argument de vente est que si on met un crane de chimpanzé dans un seau d’eau, on peut être quasiment sûr qu’il va pleuvoir…

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Jacques bonnemains chimpanzés

Un mélange de superstition, de charlatanisme et aussi de statut social : avoir chez soi une corne de rhinocéros, c’est comme pour certaines personnes avoir une Ferrari ou une montre de grand luxe. Ecoutez Jacques Bonnemains :

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jacques bonnemains superstition

Depuis six ans, il y a entre 3 et 6 rhinocéros tués par jour. Par an : 1 200 à 1 700. En tout aujourd’hui, ils sont entre 20 à 22 000. « Si nous n’arrivons pas à endiguer le braconnage, leur espère s'éteindra d’ici 10 à 15 ans. On ne les verra plus que dans les musées, c’est-à-dire dans les zoos. C’est une défaite pour l’humanité : nous sommes 7 milliards d’humains, il existe 20 000 rhinocéros et on n’est foutus de les sauver. »

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