François Hollande est le deuxième président sous la Vème République à s'exprimer devant les parlementaires dans un tel cadre (ne
François Hollande est le deuxième président sous la Vème République à s'exprimer devant les parlementaires dans un tel cadre (ne © MaxPPP

Le président de la République a annoncé que le Parlement serait saisi "dès mercredi" d'un projet de loi "prolongeant l'état d'urgence pour trois mois", lors de son allocution devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles, trois jours après les attentats ayant ensanglanté Paris. Il a notamment souhaité une révision de la Constitution. Les Républicains y sont opposés.

Après avoir déclaré la séance ouverte, le président du Congrès, Claude Bartolone, a évoqué "un moment important de notre histoire" alors que "la France a été frappée au coeur", devant la quasi-totalité des 577 députés et 348 sénateurs. François Hollande a fait peu après son entrée dans l'hémicycle et est monté immédiatement à la tribune. Une minute de silence a ensuite été observée, avant que le chef de l'Etat, visage grave, ne prenne la parole.

"La France est en guerre"

"La France est en guerre", ont été ses premiers mots. L'intervention du président de la République a été suivie d'un débat, sans vote, après son départ. François Hollande est le deuxième président sous la Vème République à s'exprimer devant les parlementaires dans un tel cadre : Nicolas Sarkozy, en vertu d'une nouvelle possibilité ouverte par une révision de la Constitution en 2008, avait été le premier en juin 2009. Il fallait remonter auparavant à 1848 et le prince-président Charles Louis Napoléon.

Ce qu’a dit François Hollande devant les parlementaires :

  • Méprisables tueurs. "Notre République n'est pas à la portée de méprisables tueurs", a déclaré François Hollande, pour qui "notre démocratie a triomphé d'adversaires bien plus redoutables, en vérité, que ces lâches assassins". Pour le président, la France n'est pas engagée dans une "guerre de civilisation". Il faudra "du temps" et de la "patience" mais "l'ennemi n'est pas hors d'atteinte".

  • Réforme constitutionnelle. Le président souhaite "faire évoluer (la) Constitution pour permettre aux pouvoirs publics d'agir, conformément à l'état de droit, contre le terrorisme de guerre". Il estime notamment que l'article 16 qui régit les conditions d'attribution des pouvoirs exceptionnels au président et l'article 36 portant sur l'état de siège ne sont "pas adaptés à la situation que nous rencontrons" :

Le chef de file des députés Les Républicains, Christian Jacob, a réagi à cette proposition en affirmant que "rien à ce stade ne semble justifier" une révision de la Constitution."Notre Constitution offre tous les outils juridiques pour faire face", a-t-il déclaré.

  • 19 nationalités. Le président a annoncé que les victimes des attaques de Paris et de Saint-Denis appartenaient à "19 nationalités"

  • Etat d’urgence. Le Parlement sera saisi "dès mercredi" d'un projet de loi "prolongeant l'état d'urgence pour trois mois", en "adaptant son contenu à l'évolution des technologies et des menaces".

  • Attentats. "Les actes de guerre de vendredi ont été décidés, planifiés en Syrie, ils ont été organisés en Belgique, perpétrés sur notre sol avec des complicités françaises", a affirmé le président.

  • Syrie. Le président syrien Bachar al-Assad "ne peut constituer l'issue mais notre ennemi en Syrie, c'est Daech". François Hollande veut "éviter" que l'organisation terroriste Etat islamique "n'utilise les combattants étrangers pour exécuter dans leurs pays les plans ourdis depuis la Syrie et l'Irak". La France va "intensifier ses opérations en Syrie" et poursuivre "ces frappes au cours des semaines à venir". Le président souhaite la mise en place d'une "grande coalition" internationale pour "détruire" l'Etat islamique :
  • Réunion du conseil de sécurité. Le président de la République a demandé une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU "dans les meilleurs délais pour adopter une résolution marquant cette volonté commune de lutter contre le terrorisme", assurant que "la nécessité de détruire Daech constitue un sujet qui concerne toute la communauté internationale".

  • Rencontre avec Barack Obama et Vladimir Poutine. "Je rencontrerai dans les prochains jours le président Obama et le président Poutine pour unir nos forces et atteindre un résultat qui pour l'instant est encore renvoyé à trop longtemps", a-t-il déclaré. "La France parle à tous, à l'Iran, à la Turquie, aux pays du Golfe", a souligné le chef de l'Etat

  • Contrôles aux frontières de l’Union européenne. François Hollande a demandé la "mise en place de contrôles coordonnés et systématiques aux frontières" de l'Union européenne, ainsi que "l'approbation avant la fin de l'année 2015" du fichier européen des passagers aériens pour "assurer la traçabilité du retour des djihadistes et les interpeller".

  • Déchéance de nationalité. Une éventuelle déchéance de nationalité ne doit "pas avoir pour résultat de rendre quelqu'un apatride" mais "nous devons pouvoir déchoir de sa nationalité française un individu condamné pour une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ou un acte de terrorisme, même s'il est né Français, dès lors qu'il bénéficie d'une autre nationalité".

  • Garde nationale. François Hollande a envisagé la création d'une "garde nationale" formée de "réservistes" de la Défense, représentant un "gisement" mais "insuffisamment exploité". "Les réservistes sont un élément fort du lien entre l'armée et la Nation, ils constituent les éléments qui peuvent demain former une garde nationale encadrée et disponible."

  • COP21. "Nous devons continuer, continuer, à travailler, continuer à sortir, continuer à vivre, continuer à influencer le monde: c'est pourquoi le grand événement international de la conférence sur le climat sera non seulement maintenu, mais sera un moment d'espérance et de solidarité."

  • Réfugiés. "Il est vital que l'Europe accueille dans la dignité ceux qui relèvent du droit d'asile mais renvoie dans leurs pays ceux qui n'en relèvent pas", a déclaré le chef de l'Etat. Pour lui, les habitants de Syrie ou d'Irak, "notamment ceux des territoires contrôlés par Daech, sont martyrisés et fuient".

  • Nouvelles dépenses assumées. François Hollande "assume" le "surcroît de dépenses" lié aux décisions budgétaires prises en réponse aux attentats de Paris pour que "le pacte de sécurité l'emporte sur le pacte de stabilité" budgétaire européen. Ces dépenses "seront prises dans le cadre de la loi de finances pour 2016". François Hollande a annoncé la création de 5.000 emplois supplémentaires dans la police et la gendarmerie, 2.500 dans la justice et 1.000 dans les douanes pour faire face aux menaces terroristes, ainsi que la suspension de la réduction des effectifs militaires jusqu'en 2019 (soit plus de 9.200 initialement prévues entre 2017 et 2019).
  • Légitime défense des policiers. "La question de la légitime défense des policiers et des conditions dans lesquelles ils peuvent faire usage de leurs armes devra être traitée toujours dans le cadre de l'état de droit", elle fera l'objet d'un "important chantier législatif", qui sera entrepris "sans délai" par le gouvernement.
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