Cécile Allégra
Cécile Allégra © DR Cécile Allégra

Cécile Allégra, grand-reporter et réalisatrice, principalement pour France Télévisions, Arte et Canal+, était au micro d'Alain Le Gouguec, dimanche 1er mars, dans 116 rue Albert-Londres. Lorsqu'elle était étudiante, elle raconte qu'elle n'était pas très assidue en cours parce qu'elle participait à un journal. Aujourd'hui, Cécile Allégra réalise des documentaires et grands reportages autour de ses thématiques de prédilection : la condition des hommes et des femmes sur les théâtres bouleversés par la guerre, et l’évolution des mafias, en particulier en Italie et en Europe.

Profession : reporter

Son nom veut dire "joyeuse", "gaie", son sourire en témoigne, c'est un patronyme qu'elle porte bien, Cécile Allégra. Elle est la fille d'un Italien et d'une Française. Ses premiers pas dans l'univers scolaire, elle les a fait à l'école allemande de Rome, la ville où elle est née. Elle y a intégré le lycée français en classe primaire et secondaire, ensuite cap au Nord-Ouest vers Science-Po Paris. De là, une bourse d'étude l'a menée vers une université américaine. Déjà quatre langues au compteur : l'italien, le français, l'allemand, l'anglais. S’y ajoute l'espagnol : 5 langues. Le meilleur des passeports pour qui veut inscrire "profession : reporter".

Dans l’Italie des années de plomb, son père était professeur de droit. Il lui répétait : "…Si on ne composte pas son ticket de métro, on rompt le contrat avec l’État". Leçon retenue. Cécile Allégra aime la justice et respecte les lois.

À Brown ? Elle fait de la danse africaine au lieu d'étudier l'avènement de la démocratie dans le bloc de l’Est

Alain Le Gouguec :

JFK, Ted Turner et Emma Watson, qu’ont-ils en commun avec vous, Cécile Allégra ? Ils ont fréquenté Brown, l’une des plus vieilles universités des États-Unis. Comment êtes-vous arrivée là ?

Cécile Allégra :

J’avais gagné une bourse quand j’étais étudiante à Science-Po pour aller étudier six mois à Brown. En principe je devais étudier l’avènement de la démocratie dans le bloc de l’Est, parce qu’il y avait là-bas un professeur très prisé et qui était le fils de Khrouchtchev. Il y avait également un linguiste conférencier que tout le monde connait, il s’appelle Umberto Eco, c’est un modèle absolu, j’ai lu tous ses livres… Donc j’y suis allée en pensant que j’allais faire quelque chose de très studieux… mais je n’ai pas vraiment fait ça.

En fait, j’ai fait de la danse africaine… Pendant plusieurs mois, j’ai étudié la culture orale du peuple Dogon.

Dans l’une des universités américaines les plus anciennes, les plus prestigieuses et les plus chères … ! Oui, mais ils avaient un grand auditorium et ils avaient débauché le chorégraphe du Ballet national du Mali. Il nous enseignait les pas de danse et ensuite nous expliquait leur rôle dans la culture orale …

Plongée au cœur de la brigade des Stups de Naples

Voici un extrait du reportageLa Brigade suivi des explications de Cécile Allégra : une plongée dans la brigade anti-narcotique, la brigade des Stups de Naples, en Italie :

L’Italie reste apparemment pour vous un formidable terrain d’investigation ? Oui, c’est mon pays d’origine, et la question qui se pose c’est de savoir jusqu’où c’est une démocratie (…) Cette question ne se pose pas en France, ce n’est vraiment pas comparable. La jeunesse de l’Italie, et la construction de l’Italie d’après-guerre s’est faite en liens étroits avec la chose criminelle. Elle sert tout à tour de déstabilisateur, à des moments opportuns … Donc en fait en Italie on raconte toujours l’histoire de la pieuvre qui attaque l’État, mais c’est un peu l’histoire de la poule et de l’œuf … On ne sait pas qui se sert de qui dans l’histoire.

Des reportages au Népal, au Cachemire, en Indonésie, au Darfour, en Haïti..

Son film documentaireHaïti, la blessure de l’âme , sur la névrose traumatique en Haïti après le séisme de janvier 2010, sélectionné dans de nombreux festivals (Figra, Festival des Films du Monde de Montréal, FIFE, etc.), a été finaliste du prix Albert Londres 2011. En 2011, elle tourne La Brigade, un film pour France 5 sur une équipe de la police de Naples, huit hommes, huit policiers ordinaires qui luttent depuis toujours contre la Camorra napolitaine. Le film a obtenu la bourse Brouillon d’un rêve de la SCAM et a été sélectionné au Figra 2012.

Début 2012, elle réalise Le salaire des enfants, une enquête sur la résurgence du travail des enfants en Italie qu’elle approfondit avec Une enfance au travail , un film documentaire (France 3). Ce film est doublé d’une grande enquête parue dans Le Monde. En 2014, elle tourne avec Delphine Deloget Voyage en barbarie, un 60' sur le trafic d'êtres humains dans la Corne de l'Afrique. Le film, diffusé sur Public Sénat, a fait l'objet d'une publication de trois pages dans Le Monde en septembre 2014, puis d'un grand format web, publié en octobre.

Le calvaire des Erythréens dans le Sinaï
Le calvaire des Erythréens dans le Sinaï © Cécile Allégra et Delphine Deloget

►►► Réécoutez l'intégralité de l'émission 116 rue Albert-Londres, le 01.03

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