Femme tenant dans ses bras des arbres
Femme tenant dans ses bras des arbres © Cargo/ImageZoo/Corbis

Comment faire entendre l’urgence climatique ? La COP21 commence dans quelques mois… Pourquoi devrait-elle être un succès alors que les vingt précédentes ont été des échecs ?Le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a été créé il y a plus de 25 ans, en 1988, avec pour mission de remonter auprès des gouvernements un rapport objectif sur l'état du climat. Dès 1990, le GIEC indiquait dans son rapport que les activités humaines avaient des conséquences importantes sur le climat.

Quelques préconisations du GIEC ont été écoutées (le bouclier de la couche d’ozone va mieux)... D’autres ont été oubliées : “Notre maison brûle et nous regardons ailleurs”, pour reprendre la formule de Jacques Chirac.

Dans cet extrait du prochain film de Luc Jacquet (exclusivité France Inter), le glaciologue Claude Lorius répète, sur les plateaux télévisés, année après année, que le climat doit devenir une priorité. Le scientifique fait un bilan amer :

1992, 1995, 1997. Rio, Berlin, Kyoto. Les conférences succèdent aux conférences, on déverse des flots de paroles, les traités s'accumulent. Et pourtant chaque jour qui passe réalise au mot près le scénario prédit. Amère victoire : que vaut finalement la reconnaissance quand l'alerte n'est pas entendue ?

Les faits scientifiques sont incontestables ; pourtant le public y semble sourd. Pourquoi ? Comment, quand on est climatologue, faire entendre l’urgence climatique sans être ni inaudible ni alarmiste ? Et de l’autre côté du micro, quand on est journaliste, comment relayer la parole des spécialistes du climat sans la déformer ? Pour l’un comme pour l’autre, comment arriver à toucher le citoyen et lui faire comprendre qu’il est encore temps d’agir ?

Couverture de "Que feriez-vous si vous saviez ? Des climatologues face à la désinformation"
Couverture de "Que feriez-vous si vous saviez ? Des climatologues face à la désinformation" © Editions Le Pommier

Pour répondre à ces questions, Mathieu Vidard a reçu dans la Tête au carré Eric et Catherine Guilyardi. L’un scientifique, l’autre journaliste, ensemble ils ont écrit “Que feriez-vous si vous saviez ? Des climatologues face à la désinformation” (édition Le Pommier), qui vient de paraître.

Pourquoi, avec tout ce qu’on leur a dit, ils ne réagissent pas ? ” s’est interrogé Eric Guilyardi. Réponse : tout simplement parce que ça dérange. “L’humain n’aime pas entendre ce type de discours” explique Catherine Guilyardi. “Les scientifiques ont révélé au monde quelque chose qui nous traumatise tous et qui nous enjoint d’agir. Changer nos méthodes de production, de consommation… ils nous poussent vers une réflexion politique etils nous font peur.

Scientifique observant un glacier
Scientifique observant un glacier © Ikon Images/Corbis

Le climat est une science complexe, et le GIEC a fini par se rendre compte qu’il fallait rendre cette science accessible au public. Depuis 1988, le GIEC a pour mandat de donner un état de la science sur le climat tous les 6 / 7 ans. Ses destinataires étaient les gouvernements… Le public n’était pas les destinataires. D’où le manque de pédagogie...“Le GIEC s’est rendu compte vingt ans après sa création qu’un directeur de la communication, ce serait pas mal ”.

Il fallait que les scientifiques sortent de leurs laboratoires pour aller vers tout le monde, pour expliquer des choses incroyables - par exemple comment l’homme a pu réchauffer la planète.

Comment rendre perceptible les conséquences du réchauffement de la planète ? En utilisant des métaphores efficaces : “Contre un scénario du laisser-faire, un scénario sobre où on limite nos émissions de GES, la différence est extrêmement importante” explique Eric Guilyardi. “On va parler d’une évolution de la température de 1°C à 2°C dans un scénario sobre, par rapport à 3°C à 5°C degrés. On va dire que ce n’est pas beaucoup mais c’est comme quand vous avez la fièvre : 38°C ou 39°C, vous prenez une aspirine, vous vous couchez et ça passe. 3°C à 5°C de plus, ça fait 42°C : si vous êtes encore en vie, vous êtes en réanimation à l’hôpital .”

Michel Serres, lui, compare la Terre à un bateau : “L’humanité est tout le temps en train de se faire la guerre, pour des question de profit, d’économie… À un certain moment, résonne sur le bateau “Attention, nous coulons !”. Est-ce que l’humanité prendra suffisamment conscience des dégâts faits à son bateau pour se mettre ensemble et réparer le bateau ?”

Améliorer la communication avec le public, c’est tout l’objet de ce "train du climat" qui sillone la France ce mois-ci. Rendre accessible des concepts climatiques ; faire prendre conscience que les actions doivent être réalisées maintenant. La communauté scientifique doit se faire entendre maintenant.

Aller plus loin

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►►► WEBDOC | La Glace et le ciel , comprendre le changement climatique avec Claude Lorius

►►► PARTENARIAT | La Glace et le ciel, le film de Luc Jacquet (avec Claude Lorius aussi)

►►► VIDEOS | les messagers du climat : Michel Serres, Jean-Baptiste Fressoz...

►►► TRAIN | les escales dutrain du climat, du 6 au 25 octobre, pour en savoir plus

►►► À L'ANTENNE | Planète environnement , le rendez-vous climat dans la matinale de France Inter

►►► EMISSION | La Tête au carré , l'émission scientifique de France Inter animée par Mathieu Vidard

►►► REVOIR | Une vérité qui dérange, le film d'Al Gore en intégralité ici (2006)

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