Comme en plein cœur de la forêt de Guédélon actuellement, en Puisaye, où des ouvriers et passionnés d'histoire bâtissent chaque jour un château fort du XIIIe siècle, voici un petit manuel pratique conçu spécialement pour vous dans le cas où l'idée vous viendrait de bâtir votre propre bastille royale !

Un tailleur de pierre passionné contribuant à la construction du château de Guédelon, juin 2019
Un tailleur de pierre passionné contribuant à la construction du château de Guédelon, juin 2019 © AFP / MANUEL COHEN

D'après les propos de Florian Renucci, le maître d'œuvre du chantier de Guédélon, Maryline Martin, co-fondatrice de Guédelon et Anne Brau, maîtresse de conférences en archéologie médiévale à l'Université de Lyon 2 dans l'émission Le temps d'un Bivouac de Daniel Fievet :

Choisir l'époque durant laquelle votre château aurait existé 

Comme l'explique Florian Renucci, dans le cadre de la construction du château de Guédélon, il faut d'abord se donner un contexte car la construction évolue. Par exemple, nous sommes au XIIIe siècle et la construction de la forteresse débute précisément en 1229 ! Louis IX, futur Saint Louis, n'a que 15 ans à cette époque mais cette année correspond à l'année d'ouverture du chantier au public, c'est-à-dire 1998. Chaque année, le château prend lui-même une année du point de vue de la contextualisation. Cela fait déjà 21 ans qu'il existe. 

Cette période du XIIIe siècle est d'une richesse architecturale incroyable où les châteaux sont à la fois forts et délicats ! 

Fouiller les archives et débusquer son modèle architectural

Pour Guédélon, l'ensemble de l'équipe s'est basé sur de magnifiques et authentiques modèles royaux qui permettent véritablement de construire. Ici, il s'agit de celui de Philippe Auguste, arrière grand-père de Louis IX qui a construit le Louvre dans les années 1200 mais aussi le château de Dourdan qui date de la même époque. Adopter ce style consiste à cadrer la terre avec quatre tours aux angles du futur château, avec aussi des tours à archères, des chemins de ronde crénelés, avec des tours maîtresses dans un angle choisi. 

Maryline Martin souligne qu'il s'agit de construire un château qui aurait pu exister au XIIIe siècle, avec un contexte seigneurial et une histoire bien précise pour qu'il ait une réalité. Il faut penser à retracer le portrait du commanditaire du château.

C'est une manière de se rattacher à l'architecture capétienne de ces années-là.

_ Florian Renucci

Maquette du château de Dourdan
Maquette du château de Dourdan © Getty

Prospecter la nature du terrain sur lequel construire son château 

Le domaine de Guédélon est en effet très humide et on y trouve beaucoup d’argile, des chemins creux, ce qui fait que le projet peut varier d'une zone de construction à l'autre. Il s'agit d'anticiper les risques liés au terrain : c'est pourquoi, dans le cadre de Guédélon, il fallait aussi se renseigner sur la personne qui avait donné l'autorisation au châtelain-propriétaire de construire son château, enquêter sur la vie sociale autour du château, réfléchir à la manière de l'habiter afin de ne laisser place à aucun anachronisme ! Eh oui, quitte à être authentique, autant l'être jusqu'au bout, vous ne pensez pas ? 

Avec la construction de ce château, on a l'impression de renverser l'histoire, d'avoir recréé l'histoire.

_ Maryline Martin

De plus, le site, d'abord archéologique, permet d'exhumer la totalité des matériaux de construction avec lequel le château a été réalisé : du grès ferrugineux - la pierre majoritaire à Guédélon - mais aussi la glaise qui n'est autre que la terre argileuse, les ocres pour les argiles colorés, sachant que pour Guédélon, 15 couleurs ont été recensées sur le site et bien sûr _le bois (_la charpente de Guédélon est agencée en chevrons, faite à partir de chêne vert et travaillé par les bûcherons et charpentiers à la hache). C'est en creusant pour obtenir de la pierre, de l'argile qu'est alors recréé et formalisé l'environnement du château, en fonction notamment des obstacles naturels rencontrés tels que les fossés. 

Bien choisir ses ouvriers, des passionnés avant tout !

Comme l’expliquent très justement Florian Renucci et Maryline Martin, ce sont en premier lieu des passionnés qui se donnent à cœur avec, pour la plupart des professionnels, de la diversité des métiers que recouvre un tel chantier historique : des tailleurs de pierre, des charpentiers car il est important que l'équipe cherche à comprendre comment revenir aux origines des métiers du bâtiment, savoir comment reproduire le cadre technique du XIIIe siècle en transformant les matériaux qui apparaissent aux pieds du château. Les ouvriers de Guédelon, par exemple, sont des professionnels qui représentent une vingtaine de métiers qu'il faut souvent réapprendre : la maçonnerie, la forge, la corderie, la tuilerie, la coloration, la teinturerie... 

On apprend encore chaque jour

_ Maryline Martin

Des outils, des techniques produits et utilisés comme au Moyen-âge 

C'est l'aventure de toutes nos cuissons

Pour faire tenir le tout, il faut produire de la chaux, du métal, de la tuile, du carreau de pavement, il faut donc faire appel à l'expérience de personnes qui savent produire tout cela même s'il est cette fois compliqué de reproduire à l'identique les méthodes ancestrales. Il faut apprendre à mesurer la température de l'ustensile en confection au gré de la couleur notamment du métal, des fumées. Il faut ressentir le savoir-faire. Les outils tranchants sont réalisés de manière à ce qu'ils puissent s'auto affûter en travaillant, comme autrefois ! 

Florian Renucci affirme que "pour arriver à reproduire un objet ancien, il faut trouver les réflexes sensoriels qu'avaient les gens il y a huit siècles, ce ne sont pas des choses que l'on trouve sur google. _Il faut se refaire une culture ethnologique qui a disparu aujourd'hui des métiers du bâtiment_"

Le chantier de Guédélon
Le chantier de Guédélon © Maxppp / Philippe Cherel

Pour transporter de haut en bas du château des matériaux parfois extrêmement lourds, des cages à écureuil - des espèces de grues en bois - sont utilisées présentant un système de levage à roue. Elles sont représentées sur des dizaines d'enluminures d'archives retrouvées de l'époque et témoignent de leur utilisation : "c'est, explique Florian Renucci, un tambour, une roue dans laquelle est enroulée une corde. Le bras de levier, entre l'axe de la roue et l'endroit ou on marche, fait s'enrouler une corde reliée à une poulie qui peut soulever un seul homme sur une seule roue". 

La Chaux aérienne, matériau de prédilection 

C'est un matériau qui a servi à construire tout le patrimoine depuis le monde romain jusqu’à la deuxième moitié du XIXe siècle. C'est du calcaire, de la pierre cuite qui a des propriétés qui se mêlent avec les sables du site en question. Pour faire prendre un mortier de chaux aérienne, Florian Renucci explique "qu'il y a des recettes de briques pilées pour prendre en milieu humide. Cette chaux met énormément de temps à sécher". La chaux se traduit ensuite par un bâtiment plus souple qui fait que la pierre est tenue avec des artifices qui ont même réussi à survivre aux effets dévastateurs de la Seconde guerre mondiale. La souplesse de la structure a permis de fléchir et de ne pas casser, car le mortier de chaux laisse respirer les murs, et en extrait l'humidité. 

Colorer votre château

Je ne voudrais pas vous jeter la pierre, Pierre, mais c'est bien d'elle que l'on extrait aussi la couleur ! Privilégiez donc l’hématite, cette pierre lourde car riche en oxyde de fer, et donc plus dure, plus concentrée ce qui va donner des pierres plus tendres et plus faciles à réduire en poudre. Dans un mortier avec l'aide d'un pilon, il faut casser la pierre. Une fois réduite en poudre, c'est à ce moment qu'elle est transformée en peinture. La couleur dépend ensuite de l'évaporation de l'eau ainsi mêlée à la poudre de pierres. 

Comme l'explique Maryline Martin, "au Moyen-âge, les châteaux étaient colorés, la couleur omniprésente."

Et ce n'est pas fini... 

Il reste encore la confection des tours, de la porte entre-deux-tours, de la herse, les lattes pour couvrir la charpente, les tuiles de votre château (produites par la malaxation et la cuisson de la glaise dans les fours fabriqués comme à l'époque), les remparts, les murs d'escarpes, les courtines (cette muraille qui relie deux tours) avec leurs merlons (parties pleines des parapets), les chemins de rondes (ces voies dressées sur chaque muraille) et les pièces en elles-même du château. 

Bienvenue dans votre château !

Aller plus loin

🎧 ÉCOUTER - Guédélon, la construction d'un château fort - Le Temps d'un bivouac

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