[ Chaque vendredi, le journaliste Nicolas Filio lève le voile sur les images fausses ou trompeuses circulant sur le web ]

Les agences spatiales diffusent de plus en plus d'images à l'occasion des missions qu'elles mènent. Cela n'empêche pas le web d'inventer ses propres récits de l'Espace.

Voyager dans l'Espace n'est pas donné à tout le monde. Le privilège est jusqu'ici réservé aux astronautes et aux milliardaires. En attendant que cela devienne plus accessible, vous pouvez toujours vous en remettre à votre ordinateur. Il suffit d'un logiciel de planétarium et vous voilà sur Mars.

Les planètes Terre, Jupiter et Vénus vues depuis Mars selon un logiciel de planétarium - 2012
Les planètes Terre, Jupiter et Vénus vues depuis Mars selon un logiciel de planétarium - 2012 ©

C'est ainsi qu'a été prise l'image ci-dessus, qui se fait régulièrement passer pour une photo de la Terre, Vénus et Jupiter prise depuis la planète rouge. Très rouge, d'ailleurs. Les photos prises par les robots d'exploration Spirit et Curiosity sont un peu moins colorées.

Autre moyen économique de goûter au voyage spatial : le logiciel de retouche d'images. Prenez une photo depuis un avion, combinez-la avec une vue prise par satellite, et vous obtiendrez par exemple ce « Grand Canyon vu de l'Espace » :

Evidemment, les personnes voyageant réellement dans l'Espace ont des chances de prendre une photo plus réaliste que la vôtre.

Pourquoi ne pas alors tout simplement inventer une partie de la galaxie que vous seriez les seuls à connaître ? C'est ainsi qu'une vue d'un mystérieux « Œil du cosmos » s'est répandue sur Twitter.

Censée avoir été prise par le téléscope spatial Hubble, elle est en fait l'œuvre d'un artiste, Tyler Young. Selon le compte Twitter PicPedant, qui traque les fausses images circulant sur le réseau social et crédite les véritables auteurs des photos à succès, cet « Œil du cosmos » pourrait tirer son inspiration de la Nébuleuse de la Lyre, qu'Hubble a photographiée en 1998.

Autre cas de figure fréquent parmi les fausses photos de l'Espace, la visualisation complètement détournée de son sens. Par exemple, cette prétendue photo de l'Europe, vue de nuit par un engin spatial en orbite terrestre basse :



Il s'agit en fait d'une cartographie réalisée par le programmeur informatique américain Eric Fischer pour visualiser les endroits où les internautes tweetent (les points blancs) et ceux où ils prennent des photos qu'ils mettent en ligne sur Flickr (les points orangés).

Inventer des histoires autour d'une image semble être le passe-temps favori de certains internautes. On trouve sur le web certaines légendes fascinantes, comme celle du Chevalier noir :

Ce satellite en orbite autour de notre planète serait vieux de 13 000 ans, selon de nombreuses sources trouvées sur internet. Cela en ferait largement un prédécesseur de Spoutnik, mais cela voudrait surtout dire qu'il est d'origine extraterrestre. Il aurait évidemment été inspecté par la Nasa, l'agence spatiale américaine, qui cacherait au monde cette présence menaçante. Enfin, qui aurait caché au monde cette présence menaçante, jusqu'à la publication sur son site d'une série de photos, dont celle ci-dessus. Les maladroits ! En janvier 2013, s'apercevant de leur bourde, les responsables de la Nasa auraient effacé les images. Tant pis s'il s'agissait en fait d'une réorganisation du site et que les photos sont toujours visibles ici ou .

En réalité, ces images ont été prises en décembre 1998 lors du premier vol de la navette Endeavour vers la Station spatiale internationale. Au cours d'une sortie dans l'Espace, l'un des astronautes a laissé s'échapper une couverture thermique qui devait être apposée sur une partie de l'appareil. C'est elle qu'on voit sur les photos. Elle y a brûlé dans l'atmosphère terrestre peu de temps après, mais les histoires farfelues qui se racontent autour du Chevalier noir sont loin d'avoir disparu.

Vous pouvez me signaler les images fausses ou suspectes que vous voyez passer sur Internet par mail ou sur Twitter :

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.