Est-ce que, un peu comme dans Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley, nous pourrions apprendre nos leçons en dormant ? Ce principe, appelé hypnopédie, relève encore du domaine de la science-fiction. Mais des chercheurs viennent de montrer pour la première fois qu’entendre des mots durant notre sommeil, alors qu’ils ont été appris précédemment, renforce la mémorisation.

Apprendre en dormant
Apprendre en dormant © / http://pixabay.com/fr/sommeil-dormir-reste-sieste-pan-264475/

Une étude menée dans les universités de Zurich et de Fribourg et dirigée par Björn Rasch et Thomas Schreiner vient de montrer que des étudiants de langue allemande ont mieux mémorisé des mots néerlandais nouvellement appris lorsqu’on leur donnait ces mots à réentendre durant leur sommeil.

Pour réaliser cette expérience, 60 personnes ont été conviées à apprendre des couples de mots néerlandais-allemands à dix heures du soir. La moitié d’entre-elles allaient ensuite se coucher, et un haut-parleur diffusait une partie des mots néerlandais appris précédemment. Les autres personnes restaient éveillées pour entendre les mots diffusés. Les sujets endormis étaient réveillés à deux heures du matin et un peu plus tard les chercheurs vérifiaient l’acquisition des mots pour les deux groupes de participants.

Les chercheurs ont alors mis en évidence que pour les personnes n’ayant pas dormi, aucune différence de mémorisation n’était observée entre les mots entendus dans le haut-parleur et les autres. En revanche, les sujets ayant dormi se souvenaient mieux des mots entendus pendant qu’ils dormaient.

L’importance du sommeil dans la mémorisation a déjà été montrée par le passé. Des chercheurs ont notamment observé, en juin 2014, comment le sommeil renforçait chez les souris le nombre de connexions neuronales après l’apprentissage d’une tâche motrice. Mais ce nouveau résultat tend à montrer que le fait de retrouver durant le sommeil des contenus appris précédemment renforce la mémorisation.

Des applications possibles pour les jeunes et les personnes âgées

Pour Géraldine Rauchs, chercheur à l’Inserm, ce genre de recherche pourrait déboucher sur des applications intéressantes. « Certaines pourraient notamment concerner les enfants souffrants de troubles de l’attention, ou hyperactifs, qui ont un sommeil de mauvaise qualité, ainsi que des problèmes de concentration et d’apprentissage scolaire. D’autres pourraient se révéler intéressantes dans le vieillissement, puisque le sommeil est modifié, ce qui impacte la mémoire et le fonctionnement cognitif en général. »

Les chercheurs n’en sont pas à leur coup d’essai dans le domaine, et Björn Rasch montrait déjà il y a quelques années que sentir une odeur pendant le sommeil renforce la mémorisation d’informations en rapport avec cette odeur. En faisant une expérience de Memory, Björn Rasch a montré qu’en étant exposé à l’odeur de roses pendant une partie, et en la diffusant durant le sommeil, on était susceptible de mieux se souvenir de l’emplacement de certaines cartes du jeu.

Perceptions et apprentissages durant notre sommeil

Une expérience a même montré la possibilité de faire apprendre des associations simples entre des sons et des odeurs durant le sommeil, et à maintenir cet apprentissage à l’éveil. Dans cette étude menée en 2012, les expérimentateurs ont associé des odeurs plus ou moins agréables avec des sons, et les ont diffusés auprès d’un groupe de personnes durant leur sommeil. Ils ont alors constaté qu’à leur réveil, ainsi qu’au cours des périodes de repos qui ont suivi, les personnes qui avaient été soumises à l’expérience conservaient un réflexe de reniflement à l’écoute des sons, et que celui-ci était plus ou moins marqué selon la nature agréable ou désagréable de l’odeur associée.

Autre étude intéressante, celle de Fabien Perrin, du Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon, qui a montré que nous étions capables de discerner notre prénom durant le sommeil. Ce qui signifierait que notre cerveau est capable de discriminer la signification des informations perçues pendant que nous dormons.

Apprendre en dormant, une utopie ?

Thomas Schreiner précise bien que « seuls les mots appris avant l’endormissement peuvent être réactivés avec succès. Entendre des mots inconnus dans son sommeil n’a aucun effet » . Géraldine Rauchs rappelle également qu’il n’est effectivement pas possible de faire apprendre de nouvelles connaissances pendant le sommeil.

Pourtant, si nous sommes capables de réaliser des apprentissages pendant que nous dormons, même simplistes, comme l’association d’une odeur avec un son, pourquoi ne pourrait-on pas acquérir des connaissances complexes ? C’est justement la question qui anime les scientifiques qui travaillent dans ce domaine, et sur laquelle il n’y a pas encore d’éléments de réponse. Nos rêves de pouvoir apprendre sans effort, en dormant, ne sont donc peut-être pas définitivement enterrés.

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