WEBREPORTAGE - La production de pétrole en France pourrait être ralentie voire s'arrêter sur certaines concessions... Depuis six mois, le prix du baril a été divisé par deux. Il est actuellement légèrement supérieur à 50 dollars le baril. Exemple sur la concession de Champotran en Seine-et-Marne, où est extrait 5% du pétrole français.

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“En France, on n’a pas de pétrole mais on des idées.” Ce célèbre adage attribué à Valéry Giscard n’est pas tout à fait vrai. Depuis la deuxième moitié du XXème siècle, on cherche du pétrole et on en trouve : en Aquitaine et sous le bassin parisien, 20 000 barils de pétrole sont produits tous les jours. C’est un peu moins de 1% de la consommation quotidienne des Français.

Les gisements de pétrole en France
Les gisements de pétrole en France © Mariel Bluteau / Mariel Bluteau

“Un pétrole brut, léger, de la meilleure qualité qu’il soit, comparable au pétrole de la Mer du Nord ou d’Arabie Saoudite.” Quand on écoute les techniciens de Vermilion, l’entreprise canadienne qui exploite de la concession de Champotran, la Seine-et-Marne, c’est le Texas français.

La Seine-et-Marne, le Texas français ?
La Seine-et-Marne, le Texas français ? © Thibault Lefèvre / Thibault Lefèvre

À quelques kilomètres de la sortie du village de Jouy-le-Chatel, non loin de la raffinerie de Grandpuits, deux “têtes de cheval” pompent le brut entre deux et trois kilomètres sous le sol.

Il y a une trentaine d’années, les premières gouttes de pétrole sortent de terre. En 1997, l'entreprise canadienne Vermilion rachète des champs à Esso, installé en France depuis les années 70. Trois ans après, Vermilion découvre du pétrole plus au sud. L’exploitation s'accélère : amélioration de la production, forage de nouveaux puits, exploration plus poussée des sous-sols... Aujourd’hui, Jean-Pascal Simard, le directeur des relations publiques de la société en France est fier de nous faire visiter “une exploitation à succès”, “des forages rentables avec une ressource présente” : “Ici, quand on réalise un forage, on a taux de succès de 85 à 90%. En quarante ans, on est passé de 10% de succès à 90%.”

### Vermilion investit mais jusqu’à quand ? 5% du pétrole français est produit à Champotran. Selon les évaluations des réserves (prouvées et probables), la concession abriterait 20% des 55 milliards de barils de pétrole en France. Tous les signaux sont au vert. Et pourtant... Avec la baisse soudaine du prix du pétrole - près de 60% de perte de valeur depuis juin 2014 - le baril de brut s’échange aujourd’hui autour de 50 dollars et les perspectives de développement s’assombrissent.
Le prix du baril de pétrole sous les 50 dollars
Le prix du baril de pétrole sous les 50 dollars © Idé / Idé
> Pour la concession de Champotran, **le prix de 30 dollars US est le prix où on doit se poser la question si on poursuit ou pas l’activité** . À 50 dollars, l’activité en France est toujours rentable.
Jean-Pascal Simard, responsable de la communication de Vermilion
Jean-Pascal Simard, responsable de la communication de Vermilion © Thibault Lefèvre / Thibault Lefèvre
Jean-Pascal Simard précise que ce n’est pas la première fois que sa société est soumise à la volatilité du prix du pétrole. En 1998, un an après le rachat de Champotran par Vermilion, le communicant québecois rappelle que le prix du baril était tombé à huit dollars et que son entreprise avait pu faire face. “C’est une société conservatrice”, il faut comprendre que Vermilion ne prendra aucun risque si le prix du baril devait encore baisser. En attendant, avec 20 dollars de marge, les investissements continuent : 30 millions d’euros l’année dernière, 20 millions cette année pour cinq nouveaux puits. Vermilion creuse là où elle est sûre de trouve du pétrole. En revanche, en période de crise, il n’est pas question de lancer de grands projets d’exploration : “On doit être prudent. L’exploration est une étape risquée, une étape où on doit acquérir des données, éventuellement forer un puit. Les risques sont plus élevés.” Sans surprise, Vermilion investit selon le cours du baril. Exemple : l’entreprise canadienne récolte cette année les données d’une vaste campagne d’exploration engagée avant la baisse du prix du pétrole. Pendant plusieurs semaines, le sous-sol de la concession a été sondé. Cette “campagne d’acquisition de données géophysiques”, "une sorte d'échographie du sous-sol", a permis de modéliser la concession en trois dimensions pour déterminer l’emplacement de poches de pétrole. Coût de l’opération : six millions d’euros. ### Toujours un oeil sur le pétrole de schiste ? C’est cette même logique d’exploration et de développement sur dix ou quinze ans qui a poussé Vermilion à investir dans l’exploration de pétrole de schiste. C’était en 2010, une année avant l’application de la [loi sur la fracturation hydraulique](http://legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000024361355&dateTexte=&categorieLien=id) qui interdit l’exploration des gazs et pétroles de schiste en France. Vermilion a réalisé deux fracturations hydrauliques de faible ampleur sur deux puits abandonnés. > Il y a du pétrole de roche mère (pétrole de schiste) en Seine-et-Marne. On ne sait pas en quelle quantité, on ne sait pas si c’est économique. Une année d’exploration sur les 10 prévues à l’époque, c’est insuffisant selon Jean-Pascal Simard pour avoir une idée précise de la rentabilité de l’exploitation de la ressource. Avec cette exploration en trois dimensions, des associations écologistes locales comme [Nature environnement 77](http://www.environnement77.fr/) craignent que Vermilion n’engrange des données sur le pétrole de schiste “au cas où.” Jane Buisson, la présidente de l’association, dit être particulièrement attentive depuis la mise en place il y a un peu moins de trois semaines du [“Centre des hydrocarbures non conventionnels”](http://www.chnc.fr/) (CHNC), un lobby destiné à "informer" sur les hydrocarbures non conventionnels : “C’est la presse qui nous a alerté. Aujourd’hui, c’est le principal enjeu pour nous”. Alors Vermilion rassemble-t-elle des données sur les pétroles de schiste en vue d’une exploration future ? Jean-Pascal Simard est catégorique : “Non, c’est interdit et Vermilion se consacre à explorer et exploiter du pétrole dans des réservoirs conventionnels en France.” Le représentant de la société canadienne précise que le CHNC apporte “une information de qualité sur ces hydrocarbures non conventionnels mais attention, nous on ne fait pas de politique : on sait qu’il y a du pétrole de roche mère mais on ne sait pas s’il y a un potentiel.”
Fracturation hydraulique : les techniques alternatives
Fracturation hydraulique : les techniques alternatives © Idé / Idé
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