Les insultes racistes ont toutes un point commun : elles datent d'un autre temps. Le retour de celles-ci à la une de l'actualité pose la question de leurs origines.

fontaines à eau, ségrégation
fontaines à eau, ségrégation © Getty / Kickstand

Lundi matin, dans sa chronique, Sophia Aram faisait un rappel sur le savoir-vivre ensemble. Alors que les insultes racistes ont fait la une de l’actualité ces derniers jours, je me suis demandé d’où venaient ces mots aussi blessants que des couteaux pour ceux qui les reçoivent, et ce qu’ils disent de ceux qui les emploient. Ils ont tous un point commun : ils datent d’un siècle bien éloigné du nôtre. Je me suis donc plongé dans les dictionnaires d’argot et autres Robert et Larousse.

Après le passage de Luc Poignant sur le plateau de C dans l’Air, un mot que l’on espérait ne plus entendre a fait son retour : « bamboula ». Le membre du syndicat Unité police SGP-FO trouvait l’emploi de ce terme à peu près convenable. Il fut même, d’une certaine façon, soutenu par l’ex-juge Philippe Bilger sur son compte Twitter. Ce dernier considérait le terme comme « presque affectueux ».

Messieurs Bilger et Poignant ne semblent pas être des spécialistes de la musique africaine et ne parlent probablement pas une des langues bantoues, dont le terme bamboula est dérivé.

Et le dico il dit quoi ?

Le Robert donne la date du premier emploi de ce terme à la fin du XVIIIe siècle en France, désignant soit un tam-tam, soit des danses exécutées au son dudit tam-tam. Quant au Larousse, il donne la racine étymologique du terme : nom féminin guinéen : ka-mombulon, tambour.

Il a, par la suite, désigné une danse haïtienne, qui deviendra une des sources du swing, et qui se danse encore quelle que soit la couleur de peau. Son sens péjoratif, lui, est dû à une mauvaise utilisation d’un terme méconnu des empires coloniaux, peu curieux de s’instruire…

En ce sens, de nombreux termes issus des langues des pays colonisés, ont pris un caractère insultant par les intentions de la personne qui les prononce et certains sont, à juste titre, soumis à sanction par le droit pénal français. Il en va ainsi de « négro », par exemple, issu de l’espagnol et qui désignait ce qui est noir. Le Robert situe son arrivée dans la langue française en 1888.

« Crouille » (1892) ou « crouillat » selon qu’on vient de Suisse ou du Maghreb ne signifie pas la même chose. Dans les Alpes, il signifie gamin. En Afrique du Nord, il est dérivé de ('a) khuya qui signifie mon frère. « Bicot » (1892) lui est un dérivé de arbi ou arabe, avec une connotation raciste pour désigner les peuples d’Afrique du nord.

Quant à « bougnoule » (1890), il vient de la langue wolof, wu ñuul (qui est noir), et peut conserver un caractère injurieux, même en Wolof. Les troupes militaires coloniales n’ont pas hésité à reprendre ce terme pour désigner également les asiatiques comme les maghrébins.

Flics et Racailles

Le terme de « racaille », selon le Robert, est assez ancien puisqu'il remonterait à 1135. Il signifiait racler ou gratter et a fini par désigner ce qui était considéré comme une population méprisable, la canaille ou la plèbe.

Sophia Aram souligne dans sa chronique que la police en prend également pour son grade. Cette dernière connaît aussi son répertoire de noms d’oiseaux… Ainsi, quand quelqu’un les nomme « condés », il y a peu de chances qu’il sache qu’il fait référence au quatrième des Princes de Condé, Louis II de Bourbon, qui pendant la Fronde, a fait régner à Paris une terreur implacable grâce à ses agents qui prenaient la place de la police et perpétraient des assassinats. Le Robert fait remonter l’expression à 1822. Elle concernait l’autorisation officieuse d’exercer une activité illégale, accordée par la police en échange de service.

« Flic » (1792) pourrait venir de l’allemand et désignerait « le jeune homme » ou « la mouche ». « Mort aux vaches » viendrait de l’expression « coup de pied en vache » (1879) qui signifierait la traîtrise à l’encontre de quelqu’un. Quant à « poulet » (1911), l’expression viendrait du fait que ces derniers ne peuvent pas… voler.

Ainsi en grande partie, toutes ces expressions au caractère péjoratif, insultant et raciste sont bien un héritage du XIXe siècle. Et si par malheur, quelqu’un venait à vous traiter de « bâtard », ne vous en offusquez pas. Les bâtards étaient les enfants de l’amour, nés hors mariage. Dans ces périodes où dans les familles nobles, la succession était un problème majeur, ces enfants devaient avoir une désignation. Nombreux sont ceux qui l’ont assumé comme titre, ne les empêchant pas d’assumer de hautes fonctions. Parmi les bâtards célèbres, on ne comptait pas moins Charles Martel, Léonard de Vinci ou Guillaume Le Conquérant.

Allez plus loin

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