... du moins chimiquement. C'est en tous cas ce qui ressort de la table ronde animée par Mathieu Vidard avec Patrick Pharo, chercheur en sociologie morale, Bruno Humbeeck, psycho-pédagogue et Bernard Sablonnière, médecin et biologiste. Explications.

Pour certains, comme Joseph Gordon-Levitt dans cette vidéo extraite de 500 Days of Summer (Marc Webb, 2009), c'est le coup de foudre - une espèce de bouquet émotionnel qui arrive d'un coup. Mais d'autres vont s’habituer lentement à un autre, qui va leur plaire de mieux en mieux, dont il sauront de moins en moins se passer, et ils vont construire progressivement ce qui, dans le bouquet émotionnel, est arrivé en une fois. Dans tous les cas, cet état amoureux va correspondre à un état chimique précis dans le cerveau.

Pour Bruno Humbeeck, "la dépendance amoureuse, c'est le plus joli moment pathologique qu’un être humain va être amené à vivre. " Joli et pathologique dans le même temps, donc... inquiétant.

"Individuellement comme socialement, ça ne peut pas durer quand vous prenez les symptômes de la passion : focalisation sur l’être aimé, idéalisation, manque, pensées intrusives, engagement à la fusion permanente... Si vous êtes dans ce discours à très long terme vous n’allez plus travailler, vous n’allez plus vous développer ailleurs que dans votre relation amoureuse.”

Amour et sciences
Amour et sciences © corbis

Patrick Pharo explique : “On s’est mis à regarder les cerveaux amoureux avec l’IRM. Les zones chez les hommes qui étaient stimulées en cas d’attachement amoureux intense se situaient dans la même région que l’attachement aux drogues. ” Il va même plus loin : selon lui, "les drogues piratent les systèmes neurologiques qui ont été mis en place par l’évolution à d’autres fins." Autrement dit : ce n’est pas l’attachement amoureux qui ressemble à une drogue mais les drogues qui reproduisent chimiquement ce qu’on ressent lorsqu’on est amoureux.

"Les drogues en elles-mêmes n’ont pas d’avantages évolutionnaires ; en revanche, les circuits du cerveaux qui ont été développés au travers de l’attachement et de la sexualité sont vitaux". Sans eux, nous ne sommes pas motivés à être choisis par un parent, ou plus tard, par un partenaire sexuel - deux étapes essentielles pour la continuité de l’espèce.

Le neurobiologiste Jean-Pol Tassin explique le fonctionnement chimique de la dopamine dans le cerveau lors d’une conférence des Ernest :

Toutes les drogues - cocaïne, amphétamine, héroïne, morphine, tabac, alcool, ont une particularité : elles libèrent à l’intérieur des neurotransmetteurs de la dopamine. Il y a dans le cerveau un ensemble de structure qui s’appelle le circuit de la récompense. Quand il est activé, nous éprouvons du plaisir.

Les mêmes comportements se déroulent lors d’une dépendance amoureuse : "sous l’effet de la dopamine , l’hormone du désir, il y a des à-coups dans le cerveau” explique Patrick Pharo. “La dopamine est vraiment un accélérateur très puissant. Le cerveau va essayer de compenser avec d’autres hormones, comme l'ocytocine , qui est déstressante, et la sérotonine , qui va calmer le jeu - mais cela donne des phénomènes de yo-yo."

Ce qui explique, peut être, qu' "aimer" fasse "perdre la raison" (Jean Ferrat, 1971) :

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