Bien l'bonjour. Je n'ai aucune idée de ce que vous êtes venus chercher en arrivant sur cette page, peut-être que vous non plus d'ailleurs. Alors je vous propose de découvrir quelque chose en cliquant sur un des trois liens suivants, au moins, vous ne serez pas venus pour rien : Lien 1 / Lien 2 / Lien 3

Content que vous soyez encore là mais je prends le pari que cela ne durera pas jusqu'au terme de cette chronique. Rendez-vous à la fin #oupas. Allez, en route...Ce qui a inspiré cette chronique est en fait une pratique aussi vieille que l'invention de la marche (y compris à quatre patte). Allez, soyons fous, allons jusqu'à la naissance du mouvement, y compris immobile. Oui, même une pensée, mouvement neuronal dans un corps qui peut être statique, est en rapport avec ce concept autour duquel je tourne depuis près de 1000 signes déjà, c'en est même le coeur : la sérendipité. Qu'est-ce donc que ce mot étrange ? Figurez-vous que celles et ceux qui ont quitté cette page il y a quelques minutes, en cliquant sur l'un des deux autres liens pour aller se perdre d'url en url et finalement ne jamais revenir pour lire la suite, sont au coeur de notre sujet. Douce ironie. Ils ou elles sont en pleine errance sur l'île de Sérendip. Oui, la sérendipité est une île. Petit bout de terre perdu au milieu d'un vaste océan, elle est cet eldorado que l'on trouve sans l'avoir cherché, ce bout de concret sur lequel notre frêle embarcation butte soudainement alors que notre esprit procrastinait, tranquillement à la dérive. La sérendipité est un concept assez simple et donc très complexe. Selon Horace Walpole, écrivain britannique et inventeur du terme au XVIIIeme siècle, il s'agit de la "découverte de quelque chose par accident et sagacité alors que l'on est à la recherche de quelque chose d'autre" . L'histoire raconte que l'idée lui vint alors qu'il lisait un conte persan (Voyages et aventures des trois princes de Serendip) où les héros, justement, découvrent une foultitude de choses fortes utiles sans les chercher directement. Pour d'autres, il s'agit de la "capacité de découvrir, d’inventer, de créer ou d’imaginer quelque chose de nouveau sans l’avoir cherché à l’occasion d’une observation surprenante qui a été expliquée correctement" . Et certains ajouteront même que cela fonctionne d'autant mieux quand on ne cherche rien. Mais concrètement ? mur en velcroPrenons l'exemple du Velcro, géniale invention que l'on doit à l'ingénieur agronome Suisse George de Mestral. Figurez-vous que rien ne le prédestinait à une telle trouvaille. Et pourtant... L'idée lui vint à la suite d'une énième promenade dans la paisible campagne helvète en compagnie de son fidèle chien, instant aussi paisible que fragile mais systématiquement gâché par une pénible tâche : une fois rentré, il devait enlever une à une les fleurs de bardane qui s'étaient accrochées à son pantalon et à la fourrure de son chien. Or, c'est en observant ces fleurs crochetées et en comprenant comment elles se fixaient à tout qu'il découvre la technique qui lui permettra d'inventer (et de breveter) quelques temps plus tard le velcro. Ce qui nous intéresse ici, ce n'est pas le résultat mais le parcours et même le point de départ. La sérendipité, c'est un carrefour, cette rencontre improbable des possibles : des chemins se croisent, quelques neurones font le boulot et une idée surgit. Ensuite, de retour dans un monde plus cartésien, le propriétaire des neurones en question pousse un peu plus loin la découverte que le hasard vient de lui offrir. Bref, il bosse. Siaka-Tiéné-au-boulot Les exemples sont nombreux et la sérendipité a son propre journal. À vrai dire c'est même une philosophie que nous côtoyons depuis bien longtemps car elle imprègne souvent les contes de notre enfance. Regardons ce malin petit Poucet (attention, spoiler) : > "Il était une fois un bûcheron et une bûcheronne qui avaient sept enfants, tous garçons; l'aîné n'avait que dix ans, et le plus jeune n'en avait que sept..."

Lorsque ses parents veulent les perdre, ses frères et lui, pour la seconde fois, il n'a d'autre choix que de prendre des miettes de pain pour marquer le chemin qu'ils empruntent. Mais les oiseaux - et oui c'est la crise - se ruent sur les miettes. Adieu le retour à la maison, bonjour l'errance. C'est alors qu'il tombe sur la maison de l'ogre qui, grâce à la sagacité du petit dernier, ne les mange pas. Résultat : ils s'échappent et l'orge leur court après grâce aux bottes de sept lieux. Mais comme ce n'est pas un habitué de l'exercice, il se fatigue et s'endort. Le petit Poucet lui vole alors ses bottes et, ainsi chaussé, sauve non seulement ses frères mais se fait également embaucher par le Roi comme messager, rien que ça. Ce qui semble donc modifier la morale du conte d'origine. Elle deviendrait alors... > "Qui a l'esprit alerte et ouvert saura naviguer sur la terre. D'île en île, sa sagacité le portera et la sérendipité il expérimentera."

NeverendingStory Dès les premières heures de notre monde numérique, la sérendipité est apparue comme une évidence. Les liens hypertextes puis les moteurs de recherche qui n'ont pas tardé à apparaitre ont aidé le curieux à se perdre, parfois de longues heures, bien loin de ce qu'il était venu chercher. Il ne faut pas idéaliser la chose, ce genre d'errance numérique ne mène parfois nulle part, mais il faut reconnaitre que, parfois, on en ressort avec un certain gain. Certes, cela ne fait pas de nous tous des inventeurs ou des créateurs, mais cette énorme base de données qu'est le net permet souvent des croisement créatifs. En témoigne le fabuleux destin de ces flocons de neige qui de l'esprit d'un créateur du XIXieme siècle ont fini sur la tête de tricot-hackers d'aujourd'hui. On pourrait penser que l'ère de la recommandation dans laquelle nous sommes rentrés sous la bannière de la marque au pouce qui dit "J'aime", ainsi que tout ces outils de partages sociaux du web "2.0" ont démultiplié les principes de la sérendipité. Sauf qu'en fait... non. Dans le fond, cette évolution du réseau n'induit pas forcément plus de croisements hasardeux et créatifs que dans la dense forêt vierge qui lui prééxistait. En toute logique, plus il y a d'internautes qui déposent du contenu en ligne, plus la matière est fournie, plus, mathématiquement, il semble possible de s'y perdre et peut-être d'y faire des découvertes. Sauf que le numérique met à jour d'autres principes inhérents à la sérendipité, indétectables dans un monde déconnecté. Le plus important et sans doute le plus évident est ce vaste mot de "liberté". Quand Georges de Mestral se promène dans la campagne Suisse avec son chien, frôlant des fleurs de bardane, il le fait en toute liberté. Transposons donc cette expérience dans un contexte numérique, juste pour voir. closed Déjà, il faut que la campagne en question soit en libre accès, sans inscription préalable. George peut l'avoir découverte par hasard mais le plus probable dans ce que l'on connait aujourd'hui c'est qu'il ai tapé "campagne" dans google. Ce qui lui est alors proposé est lié à son historique de recherches et aux resultats considérés comme les plus "intéressants" par l'algoritme de la firme de Mountain View (sans compter les 3 premiers parcs à thèmes qui auront payés pour être en liens "sponsorisés"). Du coup, en toute logique, les lieux d'où l'on ressort avec des fleurs de bardanne plein le pantalon ou la fourrure du chien seront sans doute en page 86. Peu de chances que Georges aille jusque là. S'il préfère poser la question sur Facebook, le soucis risque d'être le même. Les recommandations seront sans doute bien loin de : > "Tente le parc des bardanes, tu va t'en mettre plein le pantalon et Roukie finira en ananas géant. Tu vas voir c'est top !"

Donc côté recherches, le web "2.0" et son profilage systématique, pour ne pas dire systémique, pose de sérieux soucis. Est-ce que l'on dérive vraiment quand quelqu'un a la main sur le sens et la force du courant qui nous entraîne ? Second soucis majeur, lié également à la liberté : la disponibilité des contenus. Et si la fleur de bardane était copyrightée ? Mettons qu'elle soit copyrightée et donc visible à un seul et unique endroit : chez celui qui possède les droits de la montrer. Notre Georges, féru de bardane depuis son plus jeune âge, économise suffisamment d'argent pour s'y rendre et s’acquitter du droit d'entrée. Mais si elle lui a coûté si cher, est-que l'idée lui viendra de se coller des fleurs de bardane sur le pantalon ? J'en doute. Si la bardane, et ses fleurs, sont copyrightées, les interactions possibles seront alors plus que limitées. Adieu Velcro. serendipity Pour que la magie de la sérendipité persiste, il faut cultiver non seulement l'errance éclairée, celle où l'on dérive l'esprit alerte. Mais il faut aussi que les espaces dans lesquels on évolue et les objets ou matières à penser que l'on y croise soient ouverts et donc "préhensibles", modifiables, détournables, réutilisables. Il faut que l'on puisse s'en saisir pour les entrechoquer avec autre chose et ainsi créer une nouvelle matière. Que les savoirs et connaissances se numérisent et s'entremêlent dans cette masse de données vivantes qu'est Internet est une chance, à condition que les outils numériques ne soient pas l'occasion de contrôler et restreindre leur utilisation à tout va pour ceux que leur commerce attire. C'est pour cela que certains travaillent à des licences libres, comme les Creativ Commons, où il n'est jamais question de mettre le créateur de côté, bien au contraire. Il est bien plus question de démultiplier le nombre de créateurs. Quand la sérendipité émerge dans le monde numérique, il y a ce que l'on appelle du datalove. Les principes en sont simples : toute information doit pouvoir circuler librement, sans que les tuyaux qui la transportent ne se préoccupent de son contenu. Car ce n'est que dans le mouvement que la sérendipité existe. Dans un monde où tout est inerte, où chaque mouvement de donnée est encadré par de multiples droits, copyrights, droits d'auteur, brevets et autres droits des marques, tout mouvement finirait par s'arrêter. Et les voyages sur l'île Sérendip disparaitraient également. Bonus Vous avez cliqué sur 0 liens externes et vous êtes quand même revenus, voilà le compteur kilométrique de votre balade en Sérendipie. Au passage, en écrivant cette chronique, je suis passé par bon nombre d'urls passionnantes que je n'ai pas pu remettre dans le texte, faute de contexte, les voici en brut : http://www.revuecygnenoir.org/numero/article/la-serendipite-sur-internethttp://affordance.typepad.com/mon_weblog/2010/02/ingenieries-de-la-serendipite.htmlhttp://blog.tuquoque.com/post/2010/01/18/Heuristique-serendipitehttp://influx.joueb.com/news/le-wilfinghttps://www.nytimes.com/2009/08/02/business/02ping.html?_r=0https://secure.flickr.com/photos/nnova/4168897172/http://www.scienceshumaines.com/serendipite-mot-de-l-annee_fr_24741.htmlhttp://www.numerama.com/magazine/23588-la-quadrature-du-net-veut-envoyer-une-cle-usb-datalove-a-753-deputes-europeens.htmlhttp://www.brainpickings.org/index.php/2013/01/31/amy-webb-data-a-love-story/http://www.dailymotion.com/video/x4g30s_datalove_music#.Ub38F-ubX9Ihttp://storify.com/monade/wtf-is-data-love

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