Invitée de l’émission "Grand bien vous fasse" consacrée aux relations entre philosophie et pop-culture, la professeure de philosophie Marianne Chaillan est revenue sur l’apport du film avec Leonardo DiCaprio et Kate Winslet : il enseigne la véritable rencontre avec autrui comme le ferait un Emmanuel Levinas.

Jack (Leonardo DiCaprio) et Rose (Kate Winslet) dans le film 'Titanic' de James Cameron (1997)
Jack (Leonardo DiCaprio) et Rose (Kate Winslet) dans le film 'Titanic' de James Cameron (1997) © Twentieth Century Fox France

Et pour le professeur de philosophie Thibault de Saint-Maurice, Titanic transmet les mythes romantiques classiques au plus grand nombre. Sorti en 1997, le film de James Cameron raconte une rencontre entre classes sociales sur fond de naufrage du paquebot Titanic. Une histoire romantique avec Leonardo DiCaprio et Kate Winslet. 

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Marianne Chaillan : "Cette histoire d'amour est effectivement parmi les plus célèbres de la culture pop. Elle nous offre une leçon de philosophie qui va nous permettre de comprendre ce que Levinas appelle la véritable rencontre d'autrui.

Pour le philosophe, on devient soi-même un sujet à partir du moment où nous rencontrons autrui.

Vous allez me dire que l’on a tous rencontré une personne. Mais pas du tout. Pour une véritable rencontre, il ne s'agit pas d'avoir croisé quelqu'un. Il faut avoir été saisi par ce que Levinas va appeler "le visage". Vous allez me dire, mais j'ai déjà vu le visage de quelqu'un. Mais là aussi, le visage ne désigne pas simplement notre face. 

Mais c'est une expérience véritable qui consiste à avoir été décentré de soi-même, de cette position d'abord égoïste par laquelle nous nous situons tous et nous avons été saisis, capturés même par l'effraction du regard d'autrui qui nous dévisage.

Et qu'est-ce que nous saisissons dans son regard ? 

Nous saisissons la vulnérabilité d'autrui et cette vulnérabilité vient nous interpeller. Elle vient nous saisir et nous rendre responsable de cet autrui que nous découvrons face à nous. Ceux qui vont choisir d'assumer cette responsabilité pour autrui vont devenir sujets, et nous ne sommes sujets qu'à condition de nous être remis, pour ainsi dire sous le patronage de cet autre que nous avons à défendre.

Et bizarrement, ce que je viens de vous dire, il m'a semblé le retrouver sur le Titanic

Si vous vous rappelez bien la première fois que Jack (Leonardo DiCaprio) voit Rose, interprétée par Kate Winslet… Ils ne sont pas sur le même pont. Lui fait partie des passagers du troisième rang et elle est une grande aristocrate. Et il la voit apparaître. 

On pourrait croire qu'il ne s'agit qu'une simple scène de rencontre amoureuse, ce qu'elle est aussi. Mais en fait, quand il voit son visage, il est bouleversé parce qu'il discerne dans son visage ce que personne dans l'entourage de Rose n’a perçu, c'est-à-dire sa vulnérabilité. 

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De l'extérieur, on pourrait croire que Rose a une vie magnifique : elle prend le Titanic avec son fiancé qui lui offre "le cœur de l'océan", ce bijou magnifique. Mais Rose va très mal. Elle a l'impression qu'elle est face à un grand précipice. Le soir même où Jack l’aperçoit, elle veut se suicider. Il la retrouve et va lui dire : "Tu sais, je suis impliqué". Vous vous rappelez cette phrase "Si tu sautes, je saute. Je suis impliqué".

Pourquoi diable irait-il mettre sa vie en jeu pour une femme qu'il ne connaît pas ? 

Mais précisément, c'est parce qu'il a été saisi par ce regard, ce regard qui lui a dit ce que Levinas nous enseigne, c'est-à-dire "protège-moi". Et cet appel d'autrui qu'il a su saisir dans le visage de Rose, lui impose de mettre sa propre vie en jeu. Et c'est ce qu'il va faire, jusqu'au bout.

D'ailleurs, vous vous rappelez qu'il lui laisse à la fin, la seule planche qui lui aurait permis de survivre. Il choisit de sauver Rose plutôt que lui-même. 

Ce film, au-delà de l'histoire d'amour, est aussi une explication de comment autrui va nous fonder dans notre être et dans notre subjectivité". 

Thibaut de Saint Maurice ajoute : "J’aime beaucoup Titanic pour ses qualités esthétiques, mais aussi parce qu'au fond, c'est un excellent exemple de ce malentendu dont on parlait en début d’émission, entre culture classique et culture populaire. 

Titanic, au fond, c'est une histoire qui n'a absolument rien d'original. C'est la rencontre entre deux jeunes premiers devant lesquels la vie s'ouvre. C'est Shakespeare, c'est Molière. C'est Roméo et Juliette... Des tas de romances.

Cette histoire n'a strictement rien d'original, et en même temps, ce film reprend tout cet héritage culturel. Simplement, ce film va le porter dans un contexte singulier et dans une ambition esthétique et artistique singulière. Il va porter ces histoires-là au plus grand nombre à travers une histoire qui a été un fait divers, un événement absolument mondial. Et donc, ce travail de réinterprétation porte les ambitions d'une pop culture, à mon avis réussie, qui est celle de faire culture commune".

ÉCOUTER | Grand bien vous fasse sur pop culture et philosophie

Avec :

  • Marianne Chaillan, professeure de philosophie, autrice de In Pop we trust, ed. Equateurs
  • Thibaut de Saint Maurice, professeur de philosophie, auteur Des philosophes et des héros ed.First
  • Frédérick Sigrist, humoriste, animateur de Blockbuster (boîte de jeu) France Inter. 

ALLER PLUS LOIN 

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