Suite aux évènements de pollution aux particules qui ont touché plus d’une dizaine de régions ces derniers jours, plusieurs mesures ont été prises dans l’urgence, telles la gratuité des transports en commun, ou en Île-de-France, la circulation alternée le lundi 17 mars. Ces mesures sont-elles suffisantes pour lutter contre la pollution ?

Paris
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Selon Charlotte Songeur, ingénieure d'études à Airparif , organisme agréé par le ministère de l'Environnement pour la surveillance de la qualité de l'air en région Île-de-France, « Toutes les mesures qui vont permettre la réduction des émissions vont avoir un impact positif sur la qualité de l'air. Mais ce sont vraiment des solutions d'urgence. Sur du long terme et sur la pollution chronique il va falloir trouver d'autres solutions pour éviter ces mesures extrêmes » .

Selon elle, une journée de circulation alternée n'est pas suffisante pour régler les problèmes de pollution en Île-de-France. La météo a changé, et avec la baisse de circulation cela a permis de ne plus être en situation de blocage par rapport à la pollution. Mais l’impact s’est fait sentir uniquement sur la journée de lundi.

95% des conséquences de la pollution sur la santé sont provoquées hors des pics

Comme l’expliquait Sylvia Medina, coordinatrice du programme de surveillance Air et santé de l'Institut de veille sanitaire (InVS) dans Le Monde du 15 mars, « Les pics de pollution déclenchent surtout des crises d'asthme, des irritations de la gorge et des yeux. Mais 95 % des conséquences pour la santé de la pollution de l'air sont provoquées hors de ces pics, par la pollution quotidienne » .

Dans une tribune du Monde , le même jour, Isabella Annesi-Maesano, directrice de recherche à l’Inserm déclarait qu’« Il faut donc adopter de façon urgente des mesures pour réduire les émissions liées aux transports » , notamment « le respect des normes "Euro" » et « le renouvellement du parc automobile, dont celui des transports publics, en faveur de véhicules moins polluants » .

Selon elle, « Un nombre croissant de preuves scientifiques suggèrent que la pollution de l'air est plus nocive qu'on ne le pensait auparavant. Elle est à l'origine non seulement d'un excès de morbidité et mortalité cardiopulmonaires mais aussi métaboliques, vasculaires et neurologiques » .

La France ne respecte pas les préconisations de l’OMS

En janvier 2013, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publiait une étude sur l’exposition à long terme aux particules de diamètre 2,5 micromètres (PM 2,5, ou particules fines). Selon l’étude, elle pourrait être à l’origine de l’athérosclérose, d’issues indésirables de la grossesse ainsi que de maladies respiratoires chez l’enfant. Le rapport suggère également « un lien potentiel avec le développement neurologique, les fonctions cognitives et le diabète » , ainsi qu’un « lien de causalité entre les PM 2,5 et la mortalité cardiovasculaire et respiratoire » .

En octobre 2013, l’agence spécialisée sur le cancer de l’OMS, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), annonçait qu'il classait la pollution de l'air extérieur, et notamment les matières particulaires, comme cancérogènes pour l’homme.

Actuellement, les valeurs limites fixées par la réglementation française ne respectent pas celles préconisées par l’OMS, pour les particules de diamètres 10 et 2,5. L’OMS recommande respectivement des concentrations annuelles de 20 et 10 μg/m³. La réglementation française indique comme valeurs limites 40 et 26 μg/m³.

Par Antoine Bonvoisin pour La tête au carré.

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