[ Chaque vendredi, le journaliste Nicolas Filio lève le voile sur les images fausses ou trompeuses circulant sur le web ]

Vouloir faire passer un message en tenant un écriteau, c'est s'exposer à des détournements, parfois amusants, parfois nauséabonds.

A l'origine, il y a ce policier américain mortellement fauché alors qu'il régule la circulation après un accident sur une autoroute du Tennessee. Ses collègues se mobilisent en posant avec une petite pancarte sur laquelle on peut lire « #MoveOver ». En clair : Prière de ne pas mettre en danger la vie des équipes intervenant sur les axes routiers, de ne pas forcer le passage et de suivre la déviation mise en place, même si ça bouchonne.

Détournement d'une photographie prise en mai 2014
Détournement d'une photographie prise en mai 2014 © Auteur inconnu - Radio France

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Quelques mois plus tard, il y a dix jours, l'une des photos prises lors de cette campagne spontanée de prévention réapparaît sur les réseaux sociaux, avec un message bien différent. Les trois policiers qui y tiennent chacun un écriteau disent désormais « Don't make me shoot you in the back » (« Ne m'obligez pas à vous tirer dans le dos »). Référence assez transparente au drame survenu le 4 avril en Caroline du Sud, où un officier blanc a abattu de huit balles un quinquagénaire noir qui s'enfuyait pour échapper à un contrôle d'identité.

Très peu crédible, le montage photo n'a pas dupé grand-monde. Sauf évidemment ceux qui voulaient vraiment y croire. Alors que les relations entre policiers blancs et citoyens noirs s'empoisonnent âprement depuis la mort de Michael Brown à Ferguson en août 2014, ce n'est pas le premier détournement à servir les besoins des propagandistes.

Jermell Hasson s'était positionné devant le commissariat de Ferguson avec un panneau clamant qu'« aucune mère ne devrait avoir peur pour la vie de son fils chaque fois qu'il quitte la maison ». Un internaute a choisi de remplacer la fin de la phrase par « chaque fois qu'il cambriole un magasin ». L'auteur de la manipulation ne s'en est pas vraiment caché, précisant que cela correspondait à sa « frustration par rapport à toute cette situation ».

Messi et Ronaldo, faux héros de la Palestine

La récupération, c'est le risque qui guette les personnes posant avec des revendications écrites. Mais il suffit parfois d'une simple opération de communication. Ainsi, les footballeurs Lionel Messi et Cristiano Ronaldo ont été propulsés, bien malgré eux,

En réalité, l'attaquant argentin du FC Barcelone n'a fait qu'apporter son soutien à la candidature de sa ville natale, Rosario , pour l'organisation des Jeux panaméricains de 2019. Il n'a même pas brandi un écriteau mais un T-shirt. Qu'importe, ce n'est pas ça qui arrête les amateurs de photomontages. Quant à Ronaldo, à qui internet prête un soutien total aux Palestiniens bien qu'il soit plutôt discret sur la question, la photo d'origine le montrait tenant un message de sympathie pour les victimes du tremblement de terre ayant frappé la ville espagnole de Lorca en mai 2011. Une opération de soutien qui avait été montée par son club, le Real Madrid .

Une autre célébrité fortunée clame sa générosité à l'aide d'un écriteau : Bill Gates .

Le cofondateur de Microsoft promettrait de donner 5000 dollars à chaque personne partageant cette photo. Pas très crédible, certes, et pourtant le canular revient régulièrement sur le net. Peut-être parce qu'il est également difficile de croire que ceci est la photo d'origine.

Michelle Obama a appris la leçon à ses dépens

Ces dernières années, les célébrités ont souvent été amenées à participer à des campagnes de solidarité internationale en postant des photos sur les réseaux sociaux. L'une de ces actions les plus suivies : #BringBackOurGirls, le message appelant à sauver les jeunes Nigérianes enlevées par Boko Haram. La plus populaire des images de l'époque est celle prise par la Première dame des Etats-Unis. « Michelle Obama a donné une pancarte à Internet, voici ce qu'il lui a rendu », avait titré le Daily Dot après avoir collecté une belle série de détournements, essentiellement potaches, parfois plus acides.

Un internaute en avait profité pour mettre en garde la First Lady : "Ne tenez pas de pancartes sur internet, des gens MÉCHANTS vont modifier ce qui y est écrit "

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Il existe au moins une exception : une photo de Justin Timberlake affirmant que « les vrais hommes n'achètent pas de filles » (« Real men don't buy girls »), publiée dans le cadre d'une campagne de 2011 contre le trafic d'enfants, a été détournée pour une autre action philanthropique : sensibiliser au sort des victimes des inondations de mai 2014 en Bosnie, Croatie et Serbie.

Allez, on va dire que ça partait d'un bon sentiment…

Vous pouvez me signaler les images fausses ou suspectes que vous voyez passer sur Internet cGFyIG1haWw= ou sur Twitter :

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