François Gemenne :

Tout le monde est évidement d’accord qu’il faut agir, sauver le climat. Derrière ces discours consensuels, il y a en réalité des intérêts profondément conflictuels. Il faut réaliser la violence de ces négociations.

François Hollande (4e à gauche), Narendra Modi (5e) et Ban Ki-Moon (6e droite) - COP21
François Hollande (4e à gauche), Narendra Modi (5e) et Ban Ki-Moon (6e droite) - COP21 © Zhou Lei/Xinhua Press/Corbis

La COP21 a débuté hier à Paris. Cette première journée a été très protocolaire, les chefs d’États et de gouvernements ont occupés le devant de la scène. Après viendra le temps des négociations pour obtenir l’accord le plus universel, le plus ambitieux et le plus contraignant possible . Décryptage autour de Nicolas Demorand avec François Gemenne, chercheur en sciences politiques et Makhtar Diop, vice-président de la Banque mondiale en charge de l'Afrique.

Qu'attendre de la COP21, a minima, pour qu'elle soit une réussite ?

  • Sur les dix premières entreprises mondiales en terme de capitalisation boursière, huit sont directement liées au pétrole. Ce sont huit compagnies dont il falloir frustrer les intérêts à court terme.

  • Financer la production énergétique propre . L'Afrique, par exemple, est un continent qui dispose d’un potentiel énorme en matière d’énergie renouvelable : solaire, hydraulique, géothermique.

  • Attribuer des ressources à ceux qui souffrent déjà des conséquences du réchauffement (inondations, sécheresses, érosions côtières, etc.)

  • Un accord contraignant

Ce dernier point est sans doute le plus délicat. “Les États peuvent faire ce qu’ils veulent" estime François Gemenne. "Si un État ne veut rien faire, personne ne peut lui imposer, sauf la pression de la rue, de la société civile et un effet de réputation ". Lorsque le Canada s’est rendu compte en 2011 qu’il n’allait pas réussir à atteindre ses objectifs du protocole de Kyoto, il s’est tout simplement retiré - sans aucune conséquence pour lui.

Des manifestants à l'intérieur de la COP21. Sur les panneaux, on lit : « Un jeu truqué pour les pays riches »
Des manifestants à l'intérieur de la COP21. Sur les panneaux, on lit : « Un jeu truqué pour les pays riches » © Ryan Rodrick Beiler/Demotix/Corbis

Autre obstacle de taille : les USA. Selon François Gemenne, "le Sénat américain ne ratifiera jamais un accord contraignant". Il explique : "Dans la législation américaine, c’est le Sénat qui doit ratifier tous les traités internationaux engagés par le Président. Ce sénat est aujourd’hui dominé par les Républicains, largement climatosceptiques. Un des enjeux de la COP21, ce sera sur la forme : comment éviter qu’il ne passe devant le Sénat américain parce qu’on sait qu’à ce moment, ça le tuerait"

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.