RCTLE - A l'entrée de l'exposition
RCTLE - A l'entrée de l'exposition © Planétarium Vaux-en-Velin / Laurent Mulot

Tout le monde est exposé aux rayons radioactifs venus de l'Espace. Des habitants de Vaulx-en-Velin l'ont vérifié par eux-mêmes . Aujourd'hui, tout le monde peut aller voir le travail d'un artiste à partir de leur recherche au Planétarium de Vaulx-en-Velin. Visite en quatre minutes et clin d'œil à Marcel Duchamp.

Pour la réouverture de sa saison automne-hiver, le Planétarium de Vaulx-en-Velin expose le travail de Laurent Mulot, Entre // Mondes . Laurent Mulot est un artiste qui observe le travail des scientifiques. Avec Augenblick précédemment, il avait côtoyé les chercheurs du CERN dans l'accélérateur de particules souterrain, et dernièrement il a suivi l'opération Rayonnement Cosmique à tous les étages. Ce titre fait référence à Marcel Duchamp, et à son Eau et Gaz à tous les étages.

La science chez soi avec les moyens du bord pour une rencontre avec l'art

Cette opération est une idée de trois aventuriers : un astrophysicien Thierry Stolarczyck du CEA de Saclay, Laurent Mulot l'artiste donc, et un idéaliste directeur de planétarium, Simon Meyer.

Celui-ci avait choisi d’interroger l’exploration de l’Univers sous le double regard de l’artiste et du scientifique en collaboration avec une dizaine de familles. Une opération sur-mesure pour apporter chez ces quelques particuliers la rigueur et l'enthousiasme des chercheurs.

Ainsi les participants ont été invités à traquer des particules cosmiques provenant de l’Univers.

Thierry Stolarczyck a donc conçu avec Pierre Henriquet, médiateur scientifique du Planétarium de Vaulx-en-Velin, des électroscopes faits maison pour que les familles puissent faire les expériences chez elles.

Bocal de cornichons, lamelle de cuivre, deux morceaux de feuille d’aluminium, et le tour était joué. Simple en apparence, les scientifiques du XXIe siècle ont parfois peiné à reconstituer toutes les bonnes conditions de fonctionnement de ce système supposé démontrer que plus vite l’appareil se déchargeait, plus il y avait de radioactivité.

Il s'agissait donc de mesurer la radioactivité au sol, mais aussi en altitude. Et de découvrir qu'il existe donc une radioactivité venue de l'Espace qui n'est pas la même que celle émise sur la planète Terre.

Cahiers d'expériences en main, les familles ont planché pendant plusieurs mois. Pendant ce temps, l'artiste Laurent Mulot observait ce ballet de visites, de mesures et d'interrogations. L'exposition-installation qu'il propose rend hommage aux familles et rend compte de la poésie avec laquelle ces simples citoyens se sont emparés d'une recherche très rigoureuse. Les participants sont incollables sur des concepts scientifiques qu'ils ignoraient il y a quelques mois, mais ils ont aussi appris le doute, le tâtonnement, le questionnement, et une part d'émerveillement. Plus on en sait, plus on se demande ce qu'il se passe là-haut. Ces rayonnements cosmiques viennent de si loin dans le temps, ils nous traversent, ils servent à faire des tas de mesures mais ils gardent un statut de fantômes.

Ecoutez Laurent Mulot, l'artiste, au cœur de l'exposition (avec Christine Siméone)

RCTLE - Portraits des participants
RCTLE - Portraits des participants © Planétarium Vaux-en-Velin / Laurent Mulot

RCTLE - Fac simile des cahiers d'experience
RCTLE - Fac simile des cahiers d'experience © Planétarium Vaux-en-Velin / Laurent Mulot
RCTLE -
RCTLE - © Christine Siméone
RCTLE - Sculpture de Laurent Mulot
RCTLE - Sculpture de Laurent Mulot © Christine Siméone

Un clin d'oeil à Marcel Duchamp et un pur exemple d'art-science réussi

Cette expérience a été baptisée en hommage àEau et Gaz à tous les étages deMarcel Duchamp

Marcel Duchamp - Eau et Gaz à tous les étages
Marcel Duchamp - Eau et Gaz à tous les étages © Radio France

Eau et gaz à tous les étages , édition Marcel Duchamp et Trianon Press, Paris, 1959. Emboîtage éditeur en carton et lin rouge (26 x 35 x 7 cm), portant sur le premier plat la reproduction au pochoir du ready-made "Eau et Gaz à tous les étages", monogrammé à l'encre blanche par Marcel Duchamp. Tirage limité à 137 exemplaires.

Cette boîte contient donc l’ouvrage de Jean-Jacques Lebel Sur Marcel Duchamp , un autoportrait en collage sur un carton recouvert de feutrine noire et une reproduction du Grand Verre , le chef d'oeuvre de l'artiste.

Eau et gaz à tous les étages : écrite en lettres blanches sur fond bleu, ces plaques émaillées étaient fixées à l’entrée des « beaux immeubles » parisiens à la fin du 19e siècle. Symbole du confort moderne, elles furent détournées par Marcel Duchamp qui en fit un de ses ready-made. On retrouve également deux thèmes chers à l’artiste, le liquide et le gaz présents dans bon nombre de ses œuvres, Étant donnés, Bec Auer, Le Grand Verre …Employé pour la première fois par Duchamp en 1915, ce terme de ready-made est ainsi définit par le Dictionnaire abrégé du surréalisme (1938) : « objet usuel promu à la dignité d’objet d’art par le simple choix de l’artiste ». Cette démarche radicale s’inscrit dans l’évolution de la société, qui entre alors dans le taylorisme et la consommation, et surtout dans une critique radicale de l’art que Duchamp nomme « rétinien », cet art asservi à l’esthétisme, au sensoriel, au bon goût comme au mauvais, d’ailleurs. "Les objets choisis pour les ready made l'étaient sur une réaction d’indifférence visuelle, en fait une anesthésie complète.La courte phrase qu’à l’occasion j’inscrivais sur le ready-made, au lieu de décrire l’objet comme l’aurait fait un titre, était destinée à emporter l’esprit du spectateur vers d’autres régions plus verbales" .

Quel rapport entre Eau et Gaz et Rayonnement Cosmique ? L'avis de Laurent Mulot

Cette œuvre m’intéresse plus qu’elle m’inspire. Il n’y a pas de filiation (je n’aurai pas la prétention de me réclamer de cet héritage) mais cette pièce de Marcel Duchamp qui consiste à réaliser une boîte dans laquelle il fait figurer des reproductions d’œuvres, des documents, est tout à fait caractéristique du "grand-père" de l’Art contemporain. Le titre est à lui seul un ready-made, utilisant une indication de plaque de rue et en même temps un clin d’œil à la dimension organique, corporelle, sexuelle qui était au centre de son travail. Un mélange d’intellectualité et de trivialité, l’humour et l’art vont plus que de paire chez lui, l’humour étant manié comme une forme d’art.

Ce qui m’intéresse particulièrement de signaler dans cette allusion à l’œuvre de Duchamp sont les points suivants:

Cet artiste, pilier des avant-gardes artistiques du 20e siècle a été contemporain de grandes découvertes scientifiques qui elles aussi ont été à l’avant garde de la science.

Nous nous sommes réunis avec Thierry Stolarczyk, astrophysicien, pour travailler ensemble avec des habitants de Vaulx-en-Velin autour d’une question scientifique soulevée notamment par le physicien Victor Hesse pendant la même période.

Duchamp travaillait avec ce qui l’entourait, notamment avec des objets du quotidien qui devenaient « d’art » à son contact, c’est un peu cette démarche que nous avons suivie en proposant aux habitants de se saisir d’un objet du quotidien, en l’occurrence un pot de cornichons, pour en faire un objet d’expérimentation scientifique: un électroscope pour traquer les rayons cosmiques. L’art permet potentiellement à la pensée de prendre de l’altitude, la science également.

La ressemblance c'est bien sûr « A tous les étages » précisément, au sens figuré et au sens propre. Nous avons commencé l’expérience à la maison, « home made » puis les participants ont emmené leur électroscope au dehors et enfin embarqué dans une montgolfière. La parenté tient dans cette partie du titre, constat de l’ordinaire, mis en tension ici avec l’extraordinairement lointain: Le mystérieux cosmos…

L’art et la science sont deux domaines très différents mais si assurément la poésie est un art majeur, je suis persuadé que les laboratoires d’astrophysique en produisent également à leurs manières avec leurs langages spécifiques. Le travail à l’œuvre ici tente de construire la représentation d’un lien entre des gens, une institution (le planétarium) et un scientifique (Thierry Stolarczyk) mis en face d’une question vertigineuse.

Leurs interrogations, leurs réponses et leurs attitudes sont les matériaux avec lesquels je travaille, mes outils sont ceux du son, de l’image, de la sculpture et de l’installation, et encore une fois merci au grand-père Marcel d’avoir ouvert la voie !

►►► ALLER PLUS LOIN :

Le Planétarium de vaulx-en-Velin : Entre // Mondes : Exposition du 1er Octobre 2014 au 4 Janvier 2015 .

Le blog de l’incubateur du Planétarium, consacré aux rencontres entre artistes et scientifiques

Rayonnement Cosmique à tous les étages a été suivi par La tête au Carré au fil du temps.

1er épisode : avril 2014 - distribution de bocaux de cornichons transformés en électroscopes

2e épisode : avril 2014 - la mesure du rayonnement, tout un poème

3e episode; juin 2014 - Le voyage en mongolfière pour mesurer les rayons cosmiques

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