Alma
Alma © Radio France / Olivier Poujade
**Les forêts de Mangroves ont été ravagées pendant de longues années. Elles continuent de l’être mais de nombreux programmes de reboisement et de préservation ont vu le jour. Reportage aux Philippines, sur l'île Mindoro, au sud de Manille.** Dans la ville côtière de Silonay, ce littoral marécageux aux odeurs de vase infesté de moustiques, la communauté de Silonay a transformé les mangroves en Écopark touristique. Olivier Poujade est en pirogue avec Alma, l’une des responsables des 80 hectares de Mangroves de ce quartier. > Cette mangrove nous protège des petits tsunamis. Il y en a de plus en plus aujourd’hui pendant la saison des typhons. Avant l’eau entrait dans toutes les maisons mais la terre sur laquelle est plantée la mangrove a légèrement surélevé la côte. C’est comme si nous étions protégés par une digue maintenant.
Ricardo
Ricardo © Radio France / Olivier Poujade
**C’est la première des nombreuses propriétés de la mangrove. Elle brise l’énergie des vague** s. Mais ces arbres, les palétuviers ont aussi la capacité à dépolluer les eaux. Leurs racines ressemblent aux tentacules d’une pieuvre, elles plongent à la verticale dans le sol ce qui fait de **la mangrove un refuge idéal pour les poissons, les crabes, les crevettes** . La mangrove a changé le quotidien de Ricardo, membre de la communauté de pêcheurs de Silonay : > Quand il n’y avait pas la Mangrove, après chaque inondation, l’eau se retirait avec tous les pesticides utilisés dans les champs et ça contaminait les poissons. Il fallait aller de plus en plus loin. Maintenant la mangrove nous protège et les poissons se sont même rapprochés. Ils vivent presque avec nous.
Jocela
Jocela © Radio France / Olivier Poujade
L’homme s’est attaqué à cet environnement parce que les espèces sous-marines en raffolent. Le sol meuble, marécageux de la mangrove regorge d’éléments minéraux dont les poissons se nourrissent. Les poissons mais surtout les crevettes, celles qui arrivent sur nos étalages dans les supermarchés. **La crevéticulture est le fléau numéro 1 de la mangrove** : des parcelles entières ont été rasées puis transformées en bassins d’élevages aux Philippines et un peu partout dans le monde avec des conséquences particulièrement néfastes pour l’environnement explique Jocela de [l’ONG Conservation International](http://www.conservation.org/Pages/default.aspx). Elle supervise le projet de préservation de la Mangrove de Silonay : > Ils se sont mis à couper énormément de mangroves parce que le sol sur lequel elle pousse est très riche en nutriments. C’est très bon pour le développement de ces espèces. Mais à cette période, quand ils ont commencé à développer cette technique, ils voyaient la mangrove comme un simple marécage, c’est ce qu’ils pensaient. Maintenant, ils réalisent que couper la mangrove a accéléré la libération de carbone bleu, ce carbone qui est enfermé, stocké dans les forêts de mangrove. Si vous la coupez, le carbone se propage dans l’atmosphère ce qui revient à accentuer les effets du réchauffement climatique. **La moitié de la surface des mangroves natives a aujourd’hui disparu aux Philippines** .[ Tarik Meziane, l’un des spécialistes du Museum d’Histoire Naturelle de Paris](http://borea.mnhn.fr/fr/users/tarik-meziane) décrit une technique irréversible : > Le bassin en question qui a été coupé et sur lequel on a mis des crevettes va tout simplement pérécliter. On ne peut plus mettre de crevettes parce que la nature ne peut plus. Le sédiment est appauvri. Que fait-on ? On passe juste à côté et on détruit encore une mangrove ? On voit comme ça des zones entières de bassin vidées, on prend sur la mangrove jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus et après ça fait un désert à bassin.**Il faut quand même se poser la question du coût de la crevette qu’on mange dans nos assiettes.** Cette politique de la terre brûlée a heureusement tendance à s’inverser. Le sort des mangroves fera l’objet d’une attention particulière lors de la COP 21 en fin d’année. [Marie-Christine Cormier-Salem est directrice de recherche à l'IRD](http://www.ird.fr/toute-l-actualite/actualites/scientifiques-primes/nominations-distinctions/marie-christine-cormier-salem-chevalier-de-la-legion-d-honneur) : > Il ne faut pas confondre reboisement de la mangrove et préservation de la biodiversité parce qu’en fait c’est très souvent de la monoplantation. On a donc une mangrove qui réoccupe une surface importante en superficie mais en terme de diversité des arbres, tous les impacts sur la biodiversité et aussi sur l’usage qu’en font les hommes, on n'a pas forcément un effet positif.**Il ne suffit pas qu’il y ait des arbres pour séquestrer du carbone, il faut qu'il y ait une forêt.** La mangrove fait l’objet d’énormément de campagnes de reboisement et permet à des entreprises privées de faire ce que l’on appelle du "green washing", de s’acheter une bonne conscience en reboisement dans des pays du sud. Dans beaucoup de régions où j’ai travaillé, il n’y avait pas de palétuviers sur ces hauts fonds et les femmes venaient ramasser des coquillages. À partir du moment où on fait du reboisement, ces zones ne sont plus accessibles par ces femmes et on a un vrai problème de justice environnementale puisqu' on a une entreprise privée très souvent qui est derrière, qui va investir pour faire du reboisement sur des zones où ce n'est pas sûr qu’elles pourront séquestrer du carbone. En plus et c’est là où il y a un problème éthique, ces zones ne sont plus effectivement appropriées et contrôlées et gérées par les communautés qui sont résidentes dans ces terroirs. Il s’agit donc de préserver prioritairement l’écosystème natif, solide et précieux. Des interrogations persistent sur la qualité des projets de reboisement. L’exemple de Silonay est un modèle en soi car il associe le travail d’une communauté autour d’une mangrove naturelle alors que **certains programmes reviennent à installer des pots de fleurs à la place de véritables forêts** .
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