Invité au micro d'Eva Bester, Jochen Gerner a livré sur l'antenne de France Inter quelques-uns de ses remèdes à la mélancolie. Parmi ceux-ci : "La Conquête de l'inutile" de Werner Herzog... un texte poétique et hilarant à la fois, où le cinéaste revient sur le tournage catastrophique de "Fitzcarraldo".

Le réalisateur allemand Werner Herzog sur le tournage de "Fitzcarraldo" (1982)
Le réalisateur allemand Werner Herzog sur le tournage de "Fitzcarraldo" (1982) © Getty / Jean-Louis Atlan

Jochen Gerner est un illustrateur et auteur de bandes dessinées original. Son oeuvre est marquée par son goût prononcé pour l'Oubapo (ou le plaisir qu'il y a à jouer avec des contraintes), le minimalisme et les expérimentations graphiques. Le désir, aussi, de renouveler le regard. Invité au micro d'Eva Bester, Jochen Gerner s'est penché sur ses remèdes à la mélancolie... Parmi eux, les films de Yasujirô Ozu, l'architecture minimaliste (de Jean Prouvé ou Tadao Ando par exemple), la chanson Fairy Tales de Stockholm Monsters... ou encore, la Conquête de l'inutile de Werner Herzog. 

"La Conquête de l'inutile" : un journal de bord hilarant sur un tournage catastrophique

Werner Herzog est un réalisateur excentrique - ou fou, selon les points de vue. Certains critiques le surnomment "le cinéaste de l'impossible", de par les conditions hors normes dans lequel il réalise ses films...  

Dans ce Blow-up Olivier Père revient sur le cinéaste, l'une des figures de proue du Nouveau cinéma allemand :

Le réalisateur est régulièrement accusé de mettre ses équipes en danger lors des tournages... Sans surprise, ceux-ci se déroulent en général assez mal. Dans La Conquête de l'inutile, le cinéaste revient sur l'expérience particulièrement catastrophique que fut le tournage de Fitzcarraldo (1982) - ce film où il va faire passer un bateau sur un montagne (sans trucage,une opération extrêmement périlleuse pour les figurants et l'équipe technique qui risquaient de se faire écraser à tout instant)...

Le journal du tournage n'en est pas vraiment un, c'est plutôt, précise l'auteur, "un rêve ou un délire en état de fièvre". Seule une partie de ce qui y est écrit est tiré d'événements effectivement survenus au cours du tournage. Les aventures décrites y sont plus folles les unes que les autres :

  • quelqu'un qui se fait mordre par un serpent et qui prend sa tronçonneuse et se coupe le pied pour survivre
  • deux accidents d'avion se succèdent... et l'équipe, isolée (à 1000 km de la première villa), rencontre des problèmes de ravitaillement
  • des pluies diluviennes s'abattent sur le tournage... et des épidémies touchent les membres de l'équipe. Parmi ceux-ci, l'acteur principal, Jason Robards est atteint de dysenterie et doit quitter les lieux - et le tournage. Les divers retards font que Mick Jagger, qui s'était engagé pour une tournée avec les Rolling Stones, doit également abandonner le film... qui devra donc recommencer au début, deux ans plus tard.
  • Klaus Kinski, acteur principal lors du second tournage, qui était déjà en proie à des colères impressionnantes, empirent avec la jungle et la folie qui règne sur le tournage. Au point que les indiens proposent à Werner Herzog de le tuer, gratuitement.
  • Klause Kinski qui impose de l'eau minérale pour prendre sa douche
  • le vrai Carlos Fermín Fitzgerald, qui a inspiré le film, avait séparé son bateau en morceaux et l'avait transporté d'un affluent à l'autre, un siècle auparavant. Le réalisateur allemand lui, fait passer le bateau à vapeur de 300 tonnes par-dessus la montagne...
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Ecoutez Jochen Gerner lire un extrait de la Conquête de l'inutile (la page 151) :

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Jochen Gerner lit un extrait des "Conquêtes de l'inutile" de Werner Herzog

L'invraisemblable projet de Werner Herzog de faire traverser une montagne à un bateau à vapeur de 300 tonnes...
L'invraisemblable projet de Werner Herzog de faire traverser une montagne à un bateau à vapeur de 300 tonnes... © Getty / jean-Louis Atlan

Aller plus loin

Pour en savoir plus sur le réalisateur Werner Herzog :

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Et pour en savoir plus sur le dessinateur Jochen Gerner :

  • Dans ce reportage d'Arte, l'artiste explique sa façon d'aborder le travail graphique (8 minutes) :
  • LIRE | De Jochen Gerner Stockholm, un journal de voyage inspiré de ses errances dans la capitale suédoise - un travail étonnant et (toujours) très graphique à partir de cartes postales. Un travail à découvrir aussi sur Paris à la galerie Anne Barrault jusqu'au 28 juillet 2018
  • LIRE | Toujours de Jochen Gerner, découvrez TNT en Amérique, un album expérimental qui propose une relecture de Tintin en Amérique : l'oeuvre d'Hergé avait été recouverte d'une épaisse couche d'encre noire, de façon à ne laisser apparaître que les mots et les symboles graphiques relatifs à la violence (étoiles autour du personnage lors d'un choc, éclairs pour la colère, tourbillons pour indiquer le mouvement...) - en camouflant la ligne claire, la violence de l'album saute aux yeux. 
  • LIRE | Le minimalisme, publié dans la Petite Bibliothèque des savoirs 
  • ECOUTEZ Chaque dimanche, écoutes les Remèdes à la mélancolie présenté par Eva Bester
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